Daniel Ortega l'a dit le 19 juillet à Managua, depuis la tribune dressée pour le 47e anniversaire de la révolution sandiniste : « Il n'y aura plus d'élections ici. » L'opposition, a-t-il ajouté, ne doit pas pouvoir « attraper le pouvoir », alors qu'un scrutin général reste inscrit au calendrier pour novembre de l'an prochain. Il n'a rien précisé d'autre.
Ce mercredi, Daniel Ortega Saavedra fête ses 81 ans. Il est né le 11 novembre 1945 à La Libertad, bourg minier du département de Chontales. Son épouse, Rosario Murillo, partage la présidence avec lui depuis une réforme constitutionnelle votée il y a près de deux ans qui a fait d'elle une « coprésidente » et porté le mandat à six ans. En deux époques, il a dirigé le pays plus de trente ans.
C'est dans le cercle des fondateurs que les purges frappent désormais. Humberto Ortega, son frère cadet et ancien chef de l'armée, avait confié au printemps 2024 au site Infobae qu'il ne voyait pas de successeur à Daniel. Il est mort à l'automne, assigné à résidence. Bayardo Arce a combattu Somoza aux côtés du président avant d'en devenir le conseiller économique. L'ancien commandant a été arrêté fin juillet 2025, puis condamné en janvier pour blanchiment après une procédure où le parquet évoque près de 3 milliards de dollars d'origine illicite. On ignore la peine : le gouvernement a annoncé la condamnation sans la préciser. Son nom figure parmi les 72 prisonniers politiques que recense fin octobre l'Association mémoire et justice pour le Nicaragua, une organisation en exil qui compte 33 disparus dans ce total.
Ortega a connu la prison bien avant le pouvoir. Il avait rejoint le Front sandiniste de libération nationale au début des années soixante et a été arrêté après le braquage d'une agence bancaire de Managua, destiné à financer la guérilla contre la famille Somoza. Sept ans de cellule. Il n'en est sorti qu'à la fin de décembre 1974 : un commando sandiniste avait pris en otages les invités d'une fête de Noël chez un ancien ministre du dictateur et obtenu en échange la libération de plusieurs détenus, aussitôt conduits par avion à Cuba. Ortega était du nombre.
Le régime d'Anastasio Somoza Debayle est tombé à l'été 1979. Ortega, 33 ans, a pris la coordination de la junte de reconstruction nationale. Cinq ans plus tard, les électeurs l'ont porté à la présidence avec 67 % des voix, alors que les contras financés par l'administration Reagan harcelaient le pays depuis le Honduras. Le principal candidat de l'opposition, Arturo Cruz, s'était retiré du scrutin.
Mais en février 1990, Violeta Barrios de Chamorro l'a battu par 55 % contre 41 %, et le commandant a reconnu sa défaite sans lâcher pour autant le Front, dont il est devenu le secrétaire général l'année suivante. Six ans après, Arnoldo Aleman l'a de nouveau écarté, puis Enrique Bolanos au scrutin suivant. Trois échecs de suite.
Le retour, seize ans après la chute, est passé par un arrangement avec Aleman, son ancien adversaire libéral. C'est leur pacte qui a abaissé à 35 % le seuil permettant d'être élu dès le premier tour, à condition de devancer le suivant de cinq points. Ortega a gagné avec 38 % des voix. Les verrous ont sauté un à un : la Cour suprême a levé l'interdiction de deux mandats consécutifs, puis une révision constitutionnelle a autorisé la réélection sans limite. Rosario Murillo, poétesse et porte-parole du gouvernement, est entrée à la vice-présidence avec le troisième mandat consécutif de son mari. Elle avait déjà pris son parti à la fin des années quatre-vingt-dix, lorsque sa propre fille, Zoilamérica Narvaez, avait accusé Ortega d'abus sexuels. Une juge a constaté la prescription.
En avril 2018, une réforme de la sécurité sociale a jeté étudiants et retraités dans la rue, et la répression a fait plus de 300 morts selon la Commission interaméricaine des droits de l'homme.
Sept aspirants à la présidence ont été arrêtés avant l'élection de 2021 et Ortega a obtenu un cinquième mandat sans adversaire sérieux, puis 222 prisonniers politiques ont été embarqués en février 2023 dans un avion pour Washington et déchus de leur nationalité. Mais l'évêque de Matagalpa, Rolando Alvarez, avait refusé de monter à bord. Condamné le lendemain à vingt-six ans de prison, il a été expulsé vers Rome moins d'un an plus tard. La réforme constitutionnelle a fermé la porte derrière les bannis, puisqu'un candidat doit avoir vécu au Nicaragua les six années précédant l'élection, ne posséder aucune autre nationalité et ne pas avoir été déclaré « traître à la patrie ».
Dora Maria Téllez, ancienne commandante de la guérilla expulsée par ce même avion après une vingtaine de mois de détention, parle d'un « traumatisme successoral » au sein du Front, qu'elle attribue aux épurations poussées par Rosario Murillo. Dans le pays, juge-t-elle, il ne reste ni parti ni mouvement social ni média indépendant, hormis un Parti libéral constitutionnaliste qu'elle tient pour un « parasite » du Front sandiniste.
Washington a choisi de viser la famille en avril, en sanctionnant Maurice et Daniel Edmundo Ortega, deux fils du couple accusés d'avoir détourné les revenus de l'or au profit du gouvernement. Fin mai, Brooklyn Rivera, ancien député miskito de 73 ans, est mort en détention. Six de ses proches figurent toujours parmi les détenus.
Le couple a salué fin octobre la réélection de Luiz Inacio Lula da Silva, leur « frère », et souhaité continuer à « travailler ensemble pour la paix ». Ortega avait pourtant jugé « lâche », en août 2024, le refus de Lula de reconnaître la réélection proclamée de Nicolas Maduro au Venezuela. L'ambassadeur brésilien a été expulsé le même mois, et Brasilia a renvoyé à son tour celle du Nicaragua. À Managua, la diplomatie suit l'humeur du couple.
Qui tiendra le Front après lui ? L'opposant Félix Maradiaga prête au couple le projet d'une succession dynastique, par Rosario Murillo d'abord, puis par leur fils Laureano.