Moins de quarante-huit heures après la fermeture des bureaux de vote, dans une salle du Congrès des députés, Pedro Sanchez et Pablo Iglesias se sont donné l'accolade devant les caméras. Le texte qu'ils venaient de parapher tenait en dix points. Il annonçait un gouvernement de coalition, le premier en Espagne depuis la Seconde République, avec le chef de Podemos au poste de vice-président. Les deux hommes avaient passé l'été à échouer sur ce même marché. Entre-temps, il avait fallu renvoyer aux urnes près de trente-sept millions d'électeurs, six mois et demi après le scrutin précédent.
Au printemps, le PSOE avait pourtant gagné. Il avait obtenu cent vingt-trois sièges sur 350, loin des 176 qui font une majorité absolue, et sous les fenêtres du siège socialiste, rue Ferraz, des militants avaient scandé « Avec Rivera, non ! » pour dissuader leur chef de s'entendre avec le centre droit de Ciudadanos. Le candidat socialiste n'en avait pas l'intention, Albert Rivera encore moins.
Restait Podemos. Le chef du gouvernement sortant a d'abord exigé qu'Iglesias renonce à entrer au Conseil des ministres, ce que l'intéressé a accepté, puis les discussions ont buté sur le contenu des portefeuilles. Iglesias a refusé au dernier moment, en juillet, une vice-présidence chargée des affaires sociales, la Santé, le Logement et l'Égalité, parce qu'aucun de ces ministères ne touchait à l'économie ni au travail. Le Congrès a refusé deux fois l'investiture à Sanchez. En septembre, sur le plateau de La Sexta, il a expliqué qu'il ne dormirait pas la nuit avec des ministres de Podemos, « comme 95 % des citoyens ». Personne n'a plus rien proposé. La Constitution a fait le reste : faute de président investi deux mois après le premier vote, les Cortes ont été dissoutes d'office.
Pour cette quatrième élection générale en quatre ans, la loi ne prévoyait qu'une campagne de huit jours, réservée aux scrutins répétés, mais l'automne s'est chargé de l'occuper. Le Tribunal suprême avait condamné à la mi-octobre Oriol Junqueras, l'ancien vice-président catalan, à treize ans de prison pour sédition et détournement de fonds publics, et Barcelone a connu plusieurs nuits de barricades incendiées, tandis que des milliers de manifestants bloquaient l'aéroport d'El Prat. Dix jours plus tard, un hélicoptère a sorti le cercueil de Francisco Franco du Valle de los Caidos pour le transporter au cimetière de Mingorrubio, près de Madrid, où repose sa femme. Le gouvernement l'avait promis dès l'été 2018. Au seul débat télévisé de la campagne, Albert Rivera a montré aux téléspectateurs un pavé, ramassé selon lui dans une rue de Barcelone.
Les résultats ont ressemblé à ceux du printemps, en plus dur. Avec 28 % des voix, le PSOE a perdu trois sièges et en a conservé 120. Le Parti populaire de Pablo Casado est remonté à 89. Unidas Podemos est tombé de 42 à 35 députés, et Mas Pais, la formation qu'Inigo Errejon avait lancée en septembre contre son ancien allié, n'en a obtenu que trois avec ses partenaires régionaux. En passant de 24 à 52 élus, avec environ 15 % des suffrages, Vox s'est installé au troisième rang et il est arrivé en tête dans la région de Murcie. La participation a reculé de plus de cinq points, à 66 %. Ciudadanos n'a sauvé que dix de ses cinquante-sept sièges.
Le lendemain matin, Albert Rivera a démissionné, en renonçant à son siège et à la vie politique.
Combien de ses électeurs sont partis vers le PP, combien vers Vox, combien sont restés chez eux ? Les enquêtes de l'époque ne le disent pas.
C'est la poussée de Vox qui a rendu possible en deux jours l'accord impossible de juillet, parce que les deux partis de gauche sortaient affaiblis d'un scrutin qu'ils se reprochaient mutuellement. L'explication la plus simple tient : une troisième élection aurait coûté plus cher à chacun que la vice-présidence d'Iglesias. Additionnés, les sièges du PSOE et de Podemos ne donnaient que 155, et le préaccord n'y changeait rien.
Il a fallu encore deux mois, l'abstention des indépendantistes catalans d'ERC et des Basques de Bildu, et la voix d'un homme venu de Teruel. Tomas Guitarte avait été élu sous l'étiquette Teruel Existe, une plateforme de citoyens qui réclamaient depuis la fin des années 1990 des routes et des trains pour leur province, sans parti national derrière lui, et il avait reçu des menaces et des appels à se retirer. Il a voté oui. Pedro Sanchez a été investi en janvier 2020, par 167 voix contre 165.
La législature suivante, née des élections de juillet 2023, n'est pas allée à son terme. Un vendredi, au début d'octobre, le Congrès a rejeté deux décrets sur le logement, avec les voix du PP, de Vox, de l'UPN navarraise et de Junts. Pedro Sanchez a annoncé trois jours plus tard la dissolution des Cortes et des élections générales anticipées, fixées au 29 novembre, neuf mois avant l'échéance. « Pour faire plus, nous avons besoin de renouveler et d'élargir le soutien des gens », a-t-il déclaré. Alberto Nunez Feijoo, le chef du PP, oppose déjà corruption et décence. L'ouverture de la campagne officielle est fixée au 13 novembre, et elle durera quinze jours cette fois.