Peu d’anciens chefs d’État consacrent leurs vieux jours à l’inventaire des scandales financiers de leur propre pays. Mais Antonio Carattoni l’a fait. Quinze ans après sa Régence, en 2021, il a publié « Gli scandali finanziari nella storia del Piccolo Stato », une histoire des affaires d’argent de Saint-Marin écrite par un homme qui a siégé au conseil d’administration de l’Istituto di Credito Sammarinese. Le Piccolo Stato du titre compte environ 34 000 habitants sur 61 kilomètres carrés, enclavés dans l’Italie entre l’Émilie-Romagne et les Marches. Depuis une vingtaine d’années, sa place bancaire a dû sortir des listes de juridictions surveillées et éponger des faillites. L’auteur connaissait la maison de l’intérieur.
Le Congrès d’État, le gouvernement saint-marinais, a annoncé jeudi sa mort, survenue dans la nuit après une longue maladie. Il avait 80 ans et en aurait eu 81 ce dimanche. Les secrétaires d’État lui reconnaissent dans leur communiqué « un apport déterminant au développement législatif et administratif de la République », puis adressent leurs condoléances à sa famille, en particulier à son fils Enrico, conseiller au Grand Conseil général.
On connaît bien ce nom au Titan. Enrico Carattoni a exercé à son tour la Régence à l’automne 2017, avec Matteo Fiorini, au nom d’une autre formation de gauche, Sinistra Socialista Democratica. Entre les deux mandats, onze ans. Le père et le fils ont donc tenu la même charge, celle que se partagent deux capitaines-régents élus pour un semestre par les soixante membres du Grand Conseil, dans un pays qui change de chefs d’État deux fois par an. Ensemble, les deux régents président le Grand Conseil comme le gouvernement, et aucun ne peut être réélu avant trois ans.
C’est le 1er octobre 2006 que le tour du père est venu. Ce jour-là, au Palais public, le nonce apostolique a pris la parole avant les deux régents élus, Antonio Carattoni et Roberto Giorgetti. Carattoni portait les couleurs du Parti des socialistes et des démocrates, né l’année précédente de la fusion du Parti socialiste saint-marinais et du Parti des démocrates. Le moment lui était favorable. Aux élections de juin, les électeurs avaient porté au pouvoir une coalition du PSD, d’Alleanza Popolare et de Sinistra Unita. Arrivée en tête, la Démocratie chrétienne avait malgré tout fini dans l’opposition. Il a rendu la main au printemps suivant, une fois le semestre écoulé, comme le veut la règle.
La Régence est venue tard.
C’est au Grand Conseil général qu’Antonio Carattoni avait fait le plus gros de sa carrière publique, en deux temps. Il y est entré en 1978, y est resté dix ans, puis l’a quitté pour y revenir en 1993, jusqu’en 1998. Les notices de cette semaine taisent les cinq années d’intervalle. Entre 1983 et 1986, il a dirigé le département de l’Industrie et de l’Artisanat, avec le titre de député que la République donnait alors à certains membres de son gouvernement. Il a représenté Saint-Marin auprès du Conseil de l’Europe et de l’OSCE pendant son second passage à l’assemblée, dans deux enceintes où le pays pèse le poids d’une voix et non celui de ses habitants. Mais il a mené sa vie d’économiste en libéral. Son nom revient dans les deux chantiers que le gouvernement associe à sa mémoire, la réforme de la comptabilité publique et celle du système fiscal, ces textes arides dont dépend le fonctionnement ordinaire d’un État. On mesure mal de l’extérieur ce que pèse ce type de travail dans un pays aussi petit, où le même homme peut préparer une réforme fiscale, siéger au conseil d’une banque et administrer la télévision publique.
Restent les livres, dont le premier, consacré à la Confédération saint-marinaise du travail, date de 1980. Son auteur siégeait alors depuis deux ans au Grand Conseil, ce qui n’a pas l’air de l’avoir dissuadé de faire l’histoire du principal syndicat du pays. Il a aussi signé « Novecento, memoria e futuro », un autre récit consacré à la même centrale. Deux ouvrages sur une même organisation. Faut-il y voir une fidélité ? Les communiqués n’en disent rien et rangent ces travaux sous l’étiquette prudente de la recherche historique, à côté des études sur l’économie du Titan.
Antonio Carattoni n’était pas né à Saint-Marin. Il avait vu le jour à Sant’Agata Feltria, de l’autre côté de la frontière, dans un bourg du Montefeltro aujourd’hui rattaché à la province italienne de Rimini.
Le communiqué du Congrès d’État a été mis en ligne jeudi à 11 h 47 sur le site de San Marino RTV, la télévision publique dont il avait été administrateur.