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UN JOUR, UN PAYS

Eswatini, les vingt et un

UN JOUR, UN PAYS Photo : EPOC - création IA

Combien en reste-t-il ? Vingt et un, sur les trente et un étrangers expulsés par les États-Unis vers le petit royaume depuis l'été 2025, a fait savoir au début d'octobre la porte-parole du gouvernement d'Eswatini, interrogée par le quotidien sud-africain Daily Maverick. Les dix autres ont été rapatriés. Rentrés en Jamaïque, au Laos, au Yémen ou en République démocratique du Congo, ils ont probablement transité par Johannesburg, a reconnu un responsable, sans que les autorités nomment les pays de passage. Aucun nouvel arrivant n'est attendu « pour le moment ».

Sur l'argent, la même porte-parole s'en est tenue à une phrase : « ce n'était pas une transaction ». Mbabane avait pourtant confirmé en novembre 2025 avoir reçu 5,1 millions de dollars de Washington, et quatre nouveaux expulsés sont arrivés en mars après un second versement du même montant. Les Américains, assure le gouvernement, couvrent l'assistance et les rapatriements. Qui sont ces gens ? À l'arrivée du premier vol, le département américain de la Sécurité intérieure avait présenté les cinq premiers, venus de Cuba, de Jamaïque, du Laos, du Vietnam et du Yémen, comme des condamnés pour meurtre ou viol d'enfant. Tous n'avaient pas de casier, répond Mbabane, sans détails. Amnesty International a documenté cet été des détentions arbitraires et un accès aux avocats très restreint. L'accord, jamais publié, est attaqué devant la Haute Cour par trois organisations qui invoquent l'article 238 de la Constitution, lequel soumet les traités au Parlement.

Trois côtés du pays touchent l'Afrique du Sud. Le Mozambique ferme le quatrième, derrière les monts Lubombo. Sur un peu plus de 17 000 kilomètres carrés, le relief descend par paliers depuis les hautes terres plantées de pins autour de Mbabane, la capitale administrative, jusqu'au Lowveld, plaine chaude livrée à la canne à sucre irriguée. C'est le sucre qui reste la première exportation, avec les concentrés pour boissons gazeuses qu'une usine du groupe Coca-Cola fabrique sur place. Un lilangeni vaut un rand.

C'est un chef du clan Dlamini, Ngwane III, qui a conduit au XVIIIe siècle son peuple au nord du fleuve Pongola, sur les terres de l'actuel royaume. Mswati II, au siècle suivant, a laissé son nom aux Swazis. Les concessions accordées aux colons blancs, pour le pâturage comme pour les mines, couvraient à la fin du XIXe siècle la quasi-totalité du territoire. Londres a fait du pays un protectorat après la guerre des Boers, puis l'a laissé partir le 6 septembre 1968 sous Sobhuza II, proclamé roi avant son premier anniversaire. Cinq ans plus tard, le souverain a suspendu la Constitution laissée par les Britanniques et interdit les partis politiques. Il a gouverné par décret.

Sa mort, en 1982, a clos un règne de quatre-vingt-deux ans, le plus long qu'on ait pu dater avec certitude.

Mswati III a été couronné en 1986, à dix-huit ans. Il nomme le Premier ministre et peut dissoudre le Parlement. Le système dit tinkhundla, gravé dans la Constitution de 2005, fait élire les 59 députés de circonscription à titre individuel. Depuis ce texte, les partis ne sont plus interdits, mais aucun ne peut présenter de candidat. C'est contre ce verrou que des milliers de jeunes sont descendus dans la rue au printemps 2021, après la mort d'un étudiant en droit que ses proches imputaient à la police. Fin juin, des commerces ont brûlé à Manzini et à Matsapha. L'armée a tiré. Le bilan exact n'a jamais été établi, les organisations de défense des droits humains parlent de plusieurs dizaines de morts. Mais c'est un autre meurtre qui hante l'opposition, celui de l'avocat Thulani Maseko, abattu chez lui devant sa femme et ses enfants en janvier 2023 par un tireur que l'enquête n'a pas identifié.

Lai Ching-te a fini par se poser en Eswatini le 2 mai, après le refus de plusieurs États africains de laisser son avion survoler leur territoire. Le président taïwanais a rendu visite au dernier pays du continent qui reconnaît Taipei plutôt que Pékin, fidélité entretenue par des bourses d'études et une coopération médicale et agricole. On aurait tort d'y voir de l'idéalisme. La reconnaissance de Taïwan, comme l'accueil des expulsés américains, permet à un royaume de 1,2 million d'habitants de se rendre utile à des puissances qui, sans cela, n'auraient guère de raisons de ménager sa monarchie absolue.

Pretoria s'était inquiété dès l'été 2025 de voir ces hommes arriver à sa porte. Des médias, reprenant le site critique Swaziland News, ont affirmé ces dernières semaines que certains avaient été relâchés de nuit vers l'Afrique du Sud par des passages clandestins. Mbabane et Pretoria démentent. Le royaume importe d'Afrique du Sud la plus grande partie de ce qu'il consomme et vit pour une large part des recettes de l'Union douanière d'Afrique australe que Pretoria redistribue. Plus de la moitié des habitants sont pauvres, selon la Banque mondiale.

Un adulte sur quatre environ est porteur du VIH, la proportion la plus forte au monde. On y administre depuis mars le lénacapavir, une injection préventive à renouveler tous les six mois, et le pays figure parmi les premiers d'Afrique à la proposer.

En avril, Mswati III a passé quarante ans sur le trône. Son Premier ministre, Russell Mmiso Dlamini, nommé fin 2023, porte le même nom de clan que la plupart de ses prédécesseurs. Et le dialogue national réclamé par l'organisation régionale, la SADC, après les violences de 2021 n'a jamais pris la forme que voulaient les partis d'opposition. Aux législatives attendues en 2028, les candidats se présenteront une fois encore sans étiquette.