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CURAÇAO - ANNIVERSAIRE

Gilmar Pisas, le policier de Soto

CURAÇAO - ANNIVERSAIRE Photo : Facebook du PM

« On m'a sous-estimé toute ma vie. » Gilmar Pisas avait lancé la phrase à la presse pendant la campagne législative de 2021, quand beaucoup le tenaient pour un chef de parti par défaut. Elle sonnait comme un défi. Le Premier ministre de Curaçao fête ses 55 ans ce mercredi 28 octobre, à la tête d'un gouvernement formé par son seul parti, le Mouvement pour l'avenir de Curaçao (MFK).

Né le 28 octobre 1971 à Curaçao, Gilmar Simon Pisas a peu parlé de son enfance, et les portraits publiés ne précisent pas son village natal. Il a grandi à Soto, dans le Banda Abou, campagne sèche de l'ouest de l'île, au sein d'une famille pauvre. Policier, il a été repéré par une ancienne ministre du Parti national du peuple (PNP), Ersilia de Lannooy, qui l'a inscrit sur une liste. Les électeurs de sa région ont suivi, mais les promesses de développement faites au Banda Abou n'ont pas été tenues, et le scénario s'est répété, raconte-t-il, lors de son passage au MAN. C'est Gerrit Schotte qui l'a ensuite recruté au MFK et en a fait son numéro deux.

Treize sièges sur vingt et un. Aucune formation n'avait encore obtenu seule la majorité absolue au Parlement de l'île avant le scrutin de mars 2025, qui a donné au MFK 41 638 voix, soit 55 % des suffrages, avec une participation tombée à 68 %. Pisas a promis quatre années de progrès supplémentaires. Le PAR et le MAN, qui avaient longtemps dominé la vie politique locale, n'ont sauvé que deux élus chacun. Selon ses adversaires, la reprise économique dont il se réclame devait davantage à la levée des restrictions sanitaires qu'à son action. Mais l'argument n'a guère pesé.

Le parti revenait de loin, puisque son fondateur avait été incarcéré de la fin 2018 à novembre 2020 pour blanchiment et corruption, et Pisas en avait pris la tête, simple gardien de la maison aux yeux de certains en attendant le retour du patron. Le jour des législatives de 2021, il devait voter à seize heures dans le Banda Abou. Arrivé à dix-sept heures, retardé par la caravane de ses partisans qui avançait au pas, il a vu le MFK remporter neuf sièges, deux de moins que l'objectif qu'il avait lui-même fixé. Mais c'était le meilleur score d'un parti depuis 1990. Il a complété sa majorité avec les quatre élus du PNP.

L'île qu'il a reçue en juin 2021 sortait exsangue de la pandémie, avec des milliers d'emplois perdus, des familles réduites à l'aide alimentaire et une raffinerie à l'arrêt depuis un an et demi. Elle dépendait de l'aide de La Haye, conditionnée à un organisme de contrôle, le COHO, que Pisas jugeait attentatoire à l'autonomie, et à une baisse d'un quart du salaire des ministres. Ton apaisé, malgré tout. « Nous ne sommes pas venus nous quereller avec les Pays-Bas, mais trouver des solutions pour Curaçao dans le respect mutuel », a assuré le nouveau chef du gouvernement.

Quatre ans plus tôt, il avait tenu un autre langage. Président du Parlement, il avait été assermenté Premier ministre par intérim au printemps 2017, après la chute du gouvernement de Hensley Koeiman, avec l'appui de douze députés sur vingt et un. Des élections anticipées étaient déjà fixées. Pisas avait demandé à la gouverneure, Lucille George-Wout, de les annuler, puisqu'une nouvelle majorité rendait selon lui le scrutin inutile, mais elle avait refusé de signer la résolution du Parlement au nom de la sécurité juridique, et le Conseil des ministres du royaume l'avait chargée d'organiser elle-même le vote. Une requête devant la Cour européenne des droits de l'homme n'y a rien changé. On l'a entendu alors accuser les Pays-Bas de partialité. Le vote a eu lieu à la date prévue, et il a quitté son poste.

Au bout de trois ans de coalition, le PNP est parti, après une querelle sur l'intégrité du ministre des Finances, Javier Silvania. Le gouvernement n'a retrouvé une majorité de onze voix qu'avec le ralliement d'un élu isolé, celui du KEM, et d'une députée indépendante, Zita Jesus-Leito. Et Silvania a fini en tête des voix individuelles en 2025, avant de rester aux Finances. Quand les trois commissaires de l'autorité des jeux d'argent ont démissionné en septembre 2025, c'est pourtant le bureau du Premier ministre qui a repris la supervision du secteur, alors que le ministre censé en avoir la tutelle n'assistait pas à la réunion.

Assermenté en juin 2025 au palais du gouverneur, le troisième cabinet Pisas ne compte que des membres du MFK, sept ministres et un ministre plénipotentiaire à La Haye. Faut-il y voir une force ou une fragilité ? Tout dépend de la capacité du chef à tenir ses propres troupes, et l'épisode Silvania a montré que l'exercice n'allait pas de soi.

Le discours, lui, a changé de registre. Pour le Nouvel An, Pisas a appelé à l'unité, reconnu que la réforme administrative exigée par La Haye prenait du retard faute de moyens, et annoncé une croissance tirée par le tourisme, la construction et l'énergie. Il a insisté aussi sur la neutralité de l'île face aux tensions entre les États-Unis et le Venezuela, et sur la protection de son espace aérien. En mai, à l'approche d'une visite du chef du gouvernement néerlandais, il a parlé d'un moment « historique ». L'homme qui accusait les Pays-Bas de partialité reçoit aujourd'hui leurs dirigeants en partenaire.

Saluée par son Premier ministre comme une fierté nationale, la qualification de Curaçao pour la Coupe du monde de football a donné à l'année un air de fête. Un nouvel accord sur la pension de vieillesse a été signé, mais les chantiers restent lourds, de l'hôpital public en difficulté financière aux listes d'attente des spécialistes.

Pisas a jusqu'en 2029 pour en venir à bout.