Un téléphone à clapet, un courrier dicté à une assistante, une adresse électronique ouverte au nom de son mari. « Technophobe », a dit d'elle-même Myriam Spiteri Debono au moment de sa désignation. Née Miriam Zammit le 25 octobre 1952 à Victoria, le chef-lieu de l'île de Gozo que ses habitants appellent toujours Rabat, la présidente de Malte fête ses 74 ans ce dimanche.
C'est au palais de Sant'Anton, à Attard, que le commissaire électoral en chef, Joseph Camilleri, lui a remis au début de juin les résultats officiels des législatives anticipées. Dans des bureaux de vote ouverts quatre jours, près de neuf inscrits sur dix se sont présentés, et le Parti travailliste de Robert Abela a recueilli 51,8 % des premières préférences, contre un peu moins de 45 % aux nationalistes. Un écart de 21 721 voix. Jamais un parti n'avait, depuis l'indépendance, remporté quatre élections de suite dans l'archipel. Le chef de l'opposition, Alex Borg, a reconnu sa défaite en promettant de tenir les travaillistes à leurs engagements. Sur Gozo, l'île natale de la présidente, les nationalistes ont gardé l'avantage.
Le premier ministre lui avait demandé fin avril de dissoudre la Chambre, en invoquant l'instabilité géopolitique, lui qui démentait depuis des mois toute élection avancée. On ignore la teneur de leur échange. Peu avant l'annonce, le gouvernement avait conclu un accord pour reprendre l'île Manoel, dans le port de Marsamxett, longtemps confiée à un consortium privé. Sur la dissolution, aucun communiqué de la présidence n'a fait état d'une réserve.
Anthony Spiteri Debono, son mari, notaire comme elle, est mort en juillet 2025, à 78 ans. Ils avaient eu trois enfants. Quatre petits-enfants sont venus depuis. Sept mois plus tard, Léon XIV l'a reçue en audience privée au Vatican, en présence du vice-premier ministre Ian Borg et de l'ambassadeur de Malte auprès du Saint-Siège, avant un entretien avec le secrétaire d'État, le cardinal Pietro Parolin. Elle devait aussi s'arrêter à Sainte-Marie-Majeure, où repose le pape François, puis dans un centre de soins du Vatican qui accueille des étudiants maltais en médecine.
On l'avait peu entendue pendant deux décennies. Puis, chargée en 2021 du discours officiel de la fête de la Victoire, qui célèbre la levée du grand siège ottoman, elle a parlé de Daphne Caruana Galizia, la journaliste tuée par une voiture piégée quatre ans plus tôt. Une commémoration d'État s'y prête mal. Mais une enquête publique venait de conclure à la responsabilité de l'État dans ce meurtre. « Le meurtre de Daphne Caruana Galizia était différent, il était brutal et macabre », a déclaré l'ancienne présidente de la Chambre, d'après la version anglaise qu'en a publiée MaltaToday. Elle a ajouté que cette mort avait allumé les voyants d'alerte du pays, et réclamé le respect dû au journalisme d'investigation. Ce sont les nationalistes, et non son propre camp, qui ont avancé son nom en janvier 2023 pour le poste de commissaire aux normes de la vie publique. Elle a décliné. Aucune élection ne lui a donné de siège de député.
Alfred Sant a contourné l'obstacle en 1996. La Constitution maltaise permet de choisir le président de la Chambre hors de l'hémicycle, et c'est ainsi qu'une militante sans mandat est devenue en décembre la première femme à diriger les débats du Parlement. Et la législature a été rude. Les travaillistes gouvernaient avec un siège d'avance, à la merci de Dom Mintoff, ancien premier ministre de 80 ans en conflit ouvert avec Sant. Tenir le vieux dirigeant dans les règles sans céder aux militants qui attendaient d'elle une loyauté de parti : sa tâche se résumait à peu près à cela, et elle n'avait pour s'en acquitter ni l'onction du suffrage ni une majorité confortable derrière le gouvernement qui l'avait nommée. L'ancien premier ministre a fini par voter contre son propre camp, le gouvernement est tombé, et elle a quitté le perchoir à l'automne 1998.
Elle n'aura occupé le perchoir que vingt-deux mois.
Les urnes, elle les avait pourtant affrontées dès 1981, puis à plusieurs reprises, sans succès. Elle militait alors à Balzan, une petite commune voisine de Birkirkara. Le parti, dans le même temps, l'a fait monter : exécutif national, secrétariat à la propagande, présidence du conseil des coopératives, puis de la section féminine. À l'université de Malte, où tout avait commencé, l'étudiante en littérature anglaise et en linguistique avait participé à la fondation d'un groupe d'étudiants travaillistes avant d'obtenir sa licence en 1973. Sont venues ensuite quelques années d'enseignement dans des écoles secondaires publiques, des fonctions administratives au département des impôts, puis le diplôme de notaire. Elle a aussi cofondé une commission pour l'égalité entre les sexes. Sa vie d'adulte s'est déroulée en grande partie à Birkirkara, à une traversée en ferry de la Gozo de son enfance.
Que pesait ce parcours quand il a fallu trouver un successeur à George Vella ? Depuis une réforme de 2020, le chef de l'État doit réunir les deux tiers des députés, si bien qu'aucune majorité ne peut plus l'installer seule et que travaillistes et nationalistes sont tenus de s'entendre sur un nom. Aucun accord en vue au début de 2024. Et puis son nom a circulé, avant qu'un communiqué commun du gouvernement et de l'opposition le confirme. Robert Abela a vanté sa connaissance de la Constitution, Bernard Grech sa manière d'écouter. Le 27 mars 2024, vote unanime. Il faut se garder d'y lire une adhésion à sa seule personne, puisque la règle des deux tiers condamnait les deux camps à s'entendre ou à prolonger l'impasse. La fonction lui vaut, de droit, la grande maîtrise de l'ordre national du Mérite. Onzième chef de l'État de la République, première désignée selon la nouvelle règle, elle est aussi la troisième femme et la troisième Gozitaine à occuper la fonction. Le serment a suivi, le 4 avril, pour un mandat de cinq ans. Malte devra donc, en 2029, réunir à nouveau deux tiers des députés autour d'un seul nom.