La déclaration d'indépendance que David Ben Gourion a lue au musée de Tel-Aviv, le 14 mai 1948, ne trace aucune frontière. Elle fixe en revanche une échéance : une assemblée constituante élue devait adopter une constitution avant le 1er octobre suivant. Personne ne l'a jamais écrite. Faute d'accord entre religieux et laïques sur la place de la loi juive, les premiers députés ont préféré bâtir le droit constitutionnel par morceaux, à coups de lois dites fondamentales. On en est toujours là, à la veille des législatives du 27 octobre.
Vingt-deux mille kilomètres carrés, à peine, soit moins que la Bretagne. Entre la mer et la Cisjordanie, la plaine côtière où vit la majorité des habitants ne dépasse guère 15 kilomètres de large à hauteur de Netanya. Au nord, la Galilée et le lac de Tibériade ; au sud, le Néguev, plus de la moitié du territoire, jusqu'à la mer Rouge. Et la mer Morte recule. Pompé en amont par Israël, la Jordanie et la Syrie, le Jourdain ne l'alimente presque plus. Son niveau baisse d'environ un mètre par an, et des milliers de dolines ont englouti routes et palmeraies sur ses rives. L'eau du robinet vient aujourd'hui en majorité du dessalement de la mer.
Environ 1 200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées le 7 octobre 2023 quand des commandos du Hamas ont franchi la clôture de Gaza pour attaquer des kibboutz, des villes et un festival de musique, et 251 autres ont été emmenées en otages. Jamais autant de Juifs n'avaient été tués en une journée depuis la Shoah. La riposte a dévasté la bande de Gaza. Au moment du cessez-le-feu conclu un an plus tard sous l'égide de Washington, le ministère de la Santé local, que contrôle le Hamas, recensait plus de 67 000 morts sans distinguer civils et combattants, un décompte que les agences de l'ONU avaient jugé globalement fiable lors des guerres précédentes. Le Hezbollah, puis l'Iran, ont été frappés à leur tour.
Le projet sioniste remonte à Theodor Herzl, journaliste viennois qui avait couvert à Paris l'affaire Dreyfus et réuni à Bâle, à la fin du XIXe siècle, le premier congrès sioniste. De son roman Altneuland vient la phrase « Si vous le voulez, ce ne sera pas une légende ». Pendant la Première Guerre mondiale, Londres s'est engagé à favoriser un « foyer national » juif en Palestine. Sous le mandat britannique qui a suivi, l'immigration juive a grossi en même temps que les heurts avec la population arabe. Accepté par les dirigeants juifs, le plan de partage voté à l'ONU, qui prévoyait deux États, a été refusé par le camp arabe, et la guerre a suivi. Quelque 700 000 Palestiniens ont fui ou ont été chassés pendant les combats. Ils appellent cet exode la Nakba, la catastrophe, et le sort de leurs descendants reste l'un des nœuds de toute négociation de paix.
Six jours de guerre en juin 1967 ont mis entre les mains d'Israël le Sinaï égyptien, Gaza, la Cisjordanie avec Jérusalem-Est et le plateau syrien du Golan.
Le Sinaï a été rendu à l'Égypte en échange de la paix, la première conclue avec un pays arabe. Gaza n'a été évacuée qu'au milieu des années 2000, puis soumise à un blocus après la prise du pouvoir par le Hamas. Annexés, Jérusalem-Est et le Golan ne le sont aux yeux de presque aucun État, sinon des États-Unis pour le Golan depuis le premier mandat de Donald Trump. En Cisjordanie vivent environ un demi-million de colons, hors Jérusalem-Est, parmi près de trois millions de Palestiniens. L'ONU tient leurs implantations pour illégales, ce que contestent les gouvernements israéliens. Deux ans après les accords d'Oslo, un soir de novembre, Yitzhak Rabin venait de chanter un chant pour la paix avec la foule réunie sur une place de Tel-Aviv. Un étudiant d'extrême droite hostile aux accords l'a abattu alors qu'il rejoignait sa voiture. Dans la poche de sa veste, on a retrouvé la feuille des paroles, tachée de sang. La place porte son nom.
Pourquoi tant d'élections ? La Knesset compte 120 députés élus à la proportionnelle intégrale, avec un seuil de 3,25 %, et aucun parti n'a jamais obtenu seul les 61 sièges de la majorité. Les coalitions dépendent donc de petites formations, ultraorthodoxes en tête, qui monnaient leur soutien. Entre 2019 et 2022, les Israéliens ont voté cinq fois. Resté plus longtemps qu'aucun autre au pouvoir, Benyamin Netanyahou est jugé pour corruption. Sa dernière coalition l'a lié à l'extrême droite religieuse de Bezalel Smotrich et d'Itamar Ben Gvir, et sa réforme judiciaire, qui voulait restreindre le contrôle de la Cour suprême sur l'exécutif, a fait défiler des centaines de milliers de manifestants chaque samedi soir, des mois durant. La Cour en a annulé la pièce maîtresse. Jamais elle n'avait invalidé un amendement à une loi fondamentale. Elle a aussi privé de base légale la dispense de service militaire des étudiants des écoles talmudiques, et faute d'obtenir une loi qui la rétablisse, les partis ultraorthodoxes ont poussé au printemps à la dissolution.
Un peu plus de dix millions de personnes vivent en Israël, et environ un citoyen sur cinq est arabe, musulman, chrétien ou druze. « Une complète égalité de droits sociaux et politiques » : la déclaration de 1948 la leur garantissait. Une loi fondamentale adoptée en 2018 a pourtant défini Israël comme l'État-nation du peuple juif et ramené l'arabe, jusque-là langue officielle, à un « statut spécial ».
La Liste commune s'est reconstituée cet été, sans Ra'am, le parti de Mansour Abbas. Tous deux ont fait campagne sur la criminalité dans les villes arabes, que la police elle-même qualifie d'urgence nationale. Cette Knesset est la première depuis 1988 à aller au bout de son mandat. Ancien chef d'état-major, dont le fils a été tué à Gaza, Gadi Eisenkot a fondé son propre parti, Yashar. Naftali Bennett, lui, s'est allié à Yaïr Lapid. En juillet, un sondage de la chaîne 12 plaçait Yashar en tête avec 23 sièges, un de plus que le Likoud, sans majorité pour aucun des deux camps. On ne connaîtra les résultats définitifs que le 4 novembre, et former une coalition a souvent demandé des semaines de plus.