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ISLANDE - ANNIVERSAIRE

Halla Tomasdottir, présidente d'une Islande coupée en deux

ISLANDE - ANNIVERSAIRE Photo : Facebook de la PR

Peut-on apprendre à être en désaccord avec élégance ? La question, Halla Tomasdottir l'a posée le 14 septembre à des chefs d'établissement et à des élèves du secondaire et du supérieur, réunis pour en débattre avec elle. Deux semaines plus tôt, le 29 août, les Islandais avaient refusé par 52,8 % des voix, avec une participation de 82,5 %, de rouvrir les négociations d'adhésion à l'Union européenne gelées depuis 2013, au terme d'une campagne qui a dressé la capitale, favorable au oui (plus de 57 % dans la circonscription de Reykjavik Nord), contre des régions rurales arc-boutées sur leurs droits de pêche.

La présidente de l'Islande, élue sur la promesse de rassembler les groupes et les générations, préside désormais un pays qui vient de se compter.

Elle fête aujourd'hui ses 58 ans. Halla Tomasdottir est née le 11 octobre 1968 à Reykjavik et a grandi à Kopavogur, la commune voisine, avec deux sœurs, auprès d'une mère éducatrice spécialisée, Kristjana Sigurdardottir, et d'un père plombier, Tomas Björn Þorhallsson, mort en 2008. Après une année d'échange aux États-Unis, elle achève ses études secondaires en Islande puis repart outre-Atlantique : licence de gestion à l'université Auburn de Montgomery, en Alabama, puis MBA à la Thunderbird School of Global Management, en Arizona. Elle travaille ensuite aux États-Unis dans les ressources humaines chez Mars et chez Pepsi.

De retour au pays, elle participe en 1999 à la création de l'université de Reykjavik, où elle enseigne et dirige un programme de formation des cadres. En janvier 2006, elle prend la tête de la Chambre de commerce islandaise. Le programme que l'organisation publie l'année suivante plaide pour une fiscalité basse et uniforme, la suppression des droits de douane et la privatisation d'établissements scolaires et hospitaliers ; elle confiera bien plus tard au site Heimildin être aujourd'hui en désaccord avec une bonne partie de ce qu'elle défendait alors. Elle part au bout d'un an. Avec Kristin Pétursdottir, elle fonde en 2007 Audur Capital, une société d'investissement qui entend introduire des « valeurs féminines » dans la finance. Le pari paie. Quand les grandes banques du pays s'effondrent en octobre 2008, Audur préserve l'argent de ses clients, et lance deux mois plus tard un fonds d'amorçage avec la chanteuse Björk. La fondatrice en tirera une conférence TED, en décembre 2010, sur une « réponse féminine » au krach islandais.

Après la faillite du pays, elle coorganise en 2009 le Þjodfundur, une assemblée de 1 500 citoyens tirés au sort pour dire sur quelles valeurs rebâtir. En 2016, partie de très bas dans les sondages, elle se hisse au fil des débats télévisés jusqu'à la deuxième place de la présidentielle, avec 27,9 % des voix, derrière l'historien Gudni Johannesson, qui sera réélu en 2020 avant de renoncer à un troisième mandat. Elle racontera avoir perdu l'élection mais être devenue « présidente de sa propre vie ».

Entre-temps, elle avait rencontré le cuisinier et entrepreneur Björn Skúlason lors d'une soirée Eurovision, en 1999 ; ils se sont mariés en 2004 et ont deux enfants, Tomas Bjartur et Audur ina. À partir de 2018, elle dirige The B Team, l'organisation fondée par Richard Branson et Jochen Zeitz, l'ancien patron de Puma, pour pousser les entreprises vers des pratiques plus soucieuses du climat et des personnes, et se souvient d'une question décisive du milliardaire britannique lors de son recrutement : « Que voulez-vous faire ? »

Au début de la campagne de 2024, les sondages la créditaient d'environ 5 %. Elle promettait, si elle était élue, de convoquer une nouvelle assemblée citoyenne sur le modèle de 2009. Le 1er juin, face à un nombre record de candidats, elle l'emporte avec 34,1 % des voix et distance d'une dizaine de points Katrin Jakobsdottir, qui avait quitté la tête du gouvernement pour se présenter. Elle prête serment le 1er août 2024 et devient la deuxième femme à occuper la présidence après Vigdis Finnbogadottir. Les débuts sont laborieux. En septembre 2024, un sondage ne lui accordait que 45 % d'opinions favorables, le niveau le plus bas jamais mesuré pour un chef de l'État en exercice.

La fonction, largement protocolaire, ne donne guère de prise sur les grands dossiers, hormis le droit de soumettre une loi à référendum en refusant de la signer, qu'olafur Ragnar Grimsson avait exercé à trois reprises. Halla Tomasdottir a choisi un autre terrain, l'intelligence artificielle. Le sujet figurait déjà dans ses vœux du Nouvel An, où elle souhaitait aux Islandais une année de « solidarité, de courage et de chaleur humaine ». Le 9 juillet, à Genève, lors du dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA organisé par l'Union internationale des télécommunications et les Nations unies, elle a lancé qu'« aucun pays ni aucun acteur ne peut gouverner seul l'intelligence artificielle ». Elle a rejoint le même mois une commission consultative internationale consacrée au sujet et publiait encore, le 21 septembre, une tribune plaidant pour une technologie au service de la société plutôt que l'inverse.

Le 22 août, soir de la Nuit de la culture, plus d'un millier de visiteurs ont franchi les portes de Bessastadir, la résidence présidentielle posée sur la presqu'île d'Alftanes.

Le 8 septembre, après l'office traditionnel à la cathédrale, la présidente a ouvert la session de l'Althing par un discours intitulé « Choisissons le dialogue », où elle est revenue sur le vote d'août et a rappelé qu'une société démocratique ne va jamais de soi. Le jour même, le Morgunbladid titrait sur une autre de ses phrases : personne n'a le monopole de l'amour pour l'Islande. Rien ne dit qu'ils portent au-delà du public déjà acquis. La Première ministre, Kristrún Frostadottir, a fait savoir que le dossier de l'adhésion ne reviendrait pas avant la fin de son mandat, en 2028. Celui de la présidente expire lui aussi cette année-là, le 31 juillet.