Le 17 août, sur Fox News, Donald Trump a promis dans un langage ordurier de « bombarder » Oman si le sultanat venait à « se mettre en travers du chemin ». Ce n'était pas une première. Fin mai déjà, le président américain avait parlé de « faire sauter » ceux qui prétendraient contrôler le détroit d'Ormuz avec l'Iran, et le département d'État avait confirmé qu'il visait bien Mascate. Le grief tient en quelques milles nautiques. Depuis l'été, les diplomates omanais négocient avec Téhéran les conditions de passage dans ce goulet par lequel transite une bonne part du pétrole mondial, et que la guerre déclenchée fin février a presque fermé : un week-end d'août, cinq navires marchands seulement l'ont franchi, contre trente et un le week-end précédent, selon la société d'analyse Kpler. Le 26 août, les deux voisins ont annoncé un corridor provisoire large de sept milles, dont l'entrée se trouve dans les eaux iraniennes et que les navires ne pourront emprunter qu'avec l'autorisation de Téhéran.
L'homme qui porte cette diplomatie à haut risque n'a jamais cherché la lumière. Haïtham ben Tariq Al Saïd est né le 11 octobre 1955 à Mascate, selon sa biographie officielle publiée par le gouvernement omanais et reprise par le ministère de la Défense (plusieurs notices étrangères le font naître un an plus tôt, le 13 octobre 1954, sans que l'on sache d'où vient l'écart). Il fête aujourd'hui ses 71 ans. Son père, Tariq ben Taïmour, oncle du futur sultan Qabous, avait dû s'exiler en Allemagne de l'Ouest en 1958 pour avoir critiqué son frère, le sultan Saïd ben Taïmour. Quand Qabous renverse ce dernier en 1970, il rappelle Tariq et en fait son premier chef de gouvernement.
Le fils suit une scolarité de famille régnante tournée vers l'extérieur. École saïdiya de Mascate, lycée de Broumana au Liban, puis l'Angleterre à partir de 1972, jusqu'au programme de formation diplomatique de Pembroke College, à Oxford, dont il sort en 1979. Il entre au ministère des Affaires étrangères, y devient sous-secrétaire chargé des affaires politiques en 1986, puis secrétaire général de 1994 à 2002. Au milieu des années 1980, il préside aussi la fédération omanaise de football, passion qu'il n'a pas abandonnée : il reste président d'honneur du club d'Al-Seeb, dans la banlieue de la capitale.
En mars 2002, Qabous le nomme ministre du Patrimoine et de la Culture. Il y restera dix-huit ans. Le portefeuille passait pour honorifique, et l'on aurait tort d'y voir une antichambre du pouvoir, mais il lui vaut de présider le comité chargé de rédiger Oman Vision 2040, le plan qui doit sevrer le pays de sa dépendance aux hydrocarbures.
Le 10 janvier 2020, Qabous meurt à 79 ans, après un demi-siècle de règne, sans avoir jamais désigné publiquement d'héritier. La Loi fondamentale prévoit qu'à défaut d'accord de la famille royale sous trois jours, le conseil de défense installe la personne désignée dans une lettre du défunt. La famille choisit de ne pas attendre et d'ouvrir le pli scellé, devant la télévision d'État, dès le lendemain. Le nom qui en sort surprend une partie des observateurs, qui voyaient d'autres cousins mieux placés. Haïtham prête serment le 11 janvier au palais d'Al-Bustan et promet de poursuivre la ligne de son prédécesseur, fondée sur « la coexistence pacifique entre les nations et les peuples » et sur le refus de s'ingérer dans les affaires intérieures des autres.
Il hérite d'un pays endetté.
Le nouveau sultan fait ce que Qabous avait longtemps différé, et il le fait vite. Le plan budgétaire à moyen terme lancé en 2020 gèle les embauches publiques, hors postes jugés critiques, et ramène la masse salariale de l'État de 12 % à 9 % du PIB, d'après la Banque mondiale. Une TVA de 5 % entre en vigueur en 2021, les subventions à l'électricité et aux carburants sont peu à peu recentrées sur les ménages modestes, et un impôt sur le revenu des plus aisés, au taux de 5 %, est programmé pour 2028, une première dans le Golfe. La dette publique, qui dépassait 68 % du PIB en 2020, est tombée autour de 36 % en 2025. En décembre dernier, Fitch a relevé la note souveraine à BBB moins, rendant au sultanat la catégorie « investissement » auprès des trois grandes agences. Les recettes hors pétrole, elles, ont à peine bougé. Pour un monarque absolu, le pari consistait à faire accepter l'austérité sans concéder davantage de pouvoir politique, et il l'a jusqu'ici gagné. Il a aussi réglé la question qui avait plané sur tout le règne de Qabous : un amendement à la Loi fondamentale, en janvier 2021, institue un prince héritier, en l'occurrence son fils aîné Theyazin, né en 1990.
Reste la politique étrangère, que son ministre Badr Al-Busaidi conduit au plus près du palais. Mascate a arbitré en 2025 plusieurs rondes de pourparlers indirects entre Washington et Téhéran, puis un cessez-le-feu entre les États-Unis et les Houthis du Yémen. Le 6 février dernier encore, Steve Witkoff et Jared Kushner faisaient la navette, dans la capitale omanaise, avec le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi. Trois semaines plus tard, les frappes américano-israéliennes tuaient le guide suprême Ali Khamenei. Al-Busaidi a dit publiquement sa consternation de voir la négociation ainsi sabotée. Puis les drones iraniens se sont abattus sur Oman, à Duqm, à Salalah et à Sohar, où deux personnes ont été tuées le 13 mars. Le sultanat n'a pas riposté militairement ; fin avril, le sultan recevait même Araghchi en personne pour parler médiation.
Faut-il y voir de la faiblesse ou une constance têtue ? Téhéran a nié avoir ordonné ces attaques. Son chef de la diplomatie a évoqué des unités militaires agissant de leur propre chef. Washington, de son côté, a imposé en juillet un droit de douane de 12,5 % sur les produits omanais, en invoquant du travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement.
À Londres, une boutique éphémère baptisée Future Store a ouvert fin septembre sur Oxford Street pour vanter aux investisseurs britanniques des logements à Duqm et dans la future Sultan Haitham City, à l'ouest de la capitale. Le sultan est attendu à Windsor du 20 au 22 octobre pour une visite d'État. La dernière d'un souverain omanais remontait à 1982, quand Qabous avait été reçu par Elizabeth II.