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ÉTATS UNIS - ANNIVERSAIRE

Bill Lee, dernier automne d'un gouverneur éleveur

ÉTATS UNIS - ANNIVERSAIRE Photo : Facebook du GOV

Sur les quelque 400 hectares du Triple L Ranch, à Franklin, au sud de Nashville, paissent des Hereford, ces bovins à face blanche que la famille Lee élève depuis la génération des grands-parents du gouverneur, et c'est sur cette ferme, d'après sa biographie officielle, que Bill Lee vit avec son épouse Maria.

Le gouverneur du Tennessee est né le 9 octobre 1959 à Franklin, dans le comté de Williamson, septième génération d'une famille installée dans l'État. Il fête aujourd'hui ses 67 ans.

Quand il annonce sa candidature, au printemps 2017, il fait figure d'outsider. Il n'a jamais exercé le moindre mandat. La primaire républicaine l'oppose à une élue du Congrès, Diane Black, à la présidente de la Chambre de l'État, Beth Harwell, et à l'homme d'affaires Randy Boyd, ancien responsable du développement économique. Pendant que Black et Boyd s'étrillent à coups de spots négatifs, le patron de Franklin sillonne les quatre-vingt-quinze comtés de l'État avec Maria et grimpe dans les sondages. Le 2 août 2018, il l'emporte avec près de 37 % des voix, puis, en novembre, il bat le démocrate Karl Dean, ancien maire de Nashville, avec près de 60 % et succède à Bill Haslam, première passation entre deux républicains de l'histoire de l'État. Quatre ans plus tard, sans adversaire à la primaire, il sera réélu avec 65 % face à Jason Martin. Aucune défaite, donc.

Ingénieur en mécanique formé à Auburn, en Alabama, dont il sort diplômé en 1981, il avait rejoint la Lee Company, entreprise de construction et de services pour l'habitat fondée en 1944 par son grand-père. Il la préside à partir de 1992. Sous sa direction, la société familiale dépasse les 1 200 salariés, et il n'en abandonne la direction générale qu'en 2016, un an avant de se lancer en politique.

En 2000, sa première épouse, Carol Ann, rencontrée lors d'une randonnée dans le parc de Yellowstone et mère de leurs quatre enfants, meurt des suites d'un accident de cheval. Bill Lee prend alors ses distances avec l'entreprise pour élever Jessica, les jumeaux Jacob et Caleb, et Sarah Kate. Des années plus tard, devant les élèves d'une école chrétienne, il a raconté que ce deuil, au lieu de l'éloigner de Dieu, l'avait conduit à « aller beaucoup plus profond » avec lui. Il se remarie en 2008 avec Maria.

Cette foi, affichée sans complexe, façonne l'homme public, engagé auprès du ministère carcéral Men of Valor, qui a créé au sein de son administration un bureau consacré aux initiatives confessionnelles et proclamé plusieurs journées de prière et de jeûne, dont une en septembre 2024, alors que l'ouragan Helene ravageait l'est de l'État et qu'il tardait à réclamer l'état d'urgence.

Dès 2019, il fait voter un premier programme de comptes d'épargne éducation, déclaré inconstitutionnel par un juge en 2020 avant même d'avoir servi. Il revient à la charge en 2025 avec l'Education Freedom Scholarship Act, qui finance 20 000 bourses de 7 500 dollars destinées à payer une école privée, texte adopté de justesse contre les démocrates et une partie des républicains ruraux. En mai, le programme a été porté à 35 000 places. Plus de 56 000 familles avaient déposé un dossier, et quelque 17 000 restent sur liste d'attente, selon le département de l'Éducation. « Bien avant de devenir gouverneur, je croyais qu'une éducation de qualité peut changer la trajectoire d'une vie d'enfant », a glissé Lee en signant la loi. Il est trop tôt pour juger des effets sur les résultats des élèves, le dispositif n'ayant qu'une année pleine derrière lui.

Le 27 mars 2023, la fusillade de l'école Covenant, à Nashville, a frappé le couple de près : parmi les six victimes figurait Cindy Peak, une amie de Maria Lee, attendue le soir même à dîner à la résidence du gouverneur. Lee a ensuite renforcé par décret les vérifications d'antécédents avant l'achat d'une arme et convoqué en août une session extraordinaire consacrée à la sécurité publique, qui s'est achevée sans loi de protection d'urgence.

En matière de mœurs, sa ligne n'a guère varié. Il a soutenu l'interdiction quasi totale de l'avortement entrée en vigueur après l'arrêt Dobbs, sans exception pour le viol ou l'inceste, promulgué en 2021 le port d'arme sans permis dès 21 ans, signé en 2023 une loi restreignant les spectacles de drag en public et, l'année suivante, un texte autorisant des officiers publics à refuser de célébrer un mariage pour motif de conscience. Aucune de ces lois ne lui a coûté dans les urnes, où il a même emporté en 2022 le comté de Haywood, l'un des deux du Tennessee où les Afro-Américains sont majoritaires.

À Memphis, la task force mêlant forces fédérales et locales, lancée fin septembre 2025 avec le renfort de la Garde nationale déployée à la demande de Donald Trump, revendique plus de 12 000 arrestations. « Les meilleures statistiques de la criminalité à Memphis depuis vingt-cinq ans », s'est félicité le gouverneur à la mi-septembre, lors d'un déplacement à Knoxville. Il a rappelé que le Tennessee figure parmi les cinq finalistes pour accueillir un campus du ministère fédéral de l'Énergie consacré au cycle du combustible nucléaire. « Il reste beaucoup de travail. »

Son dernier budget, voté au printemps, atteint 58,3 milliards de dollars et porte le fonds de réserve à 2,2 milliards, un record pour l'État. Le 3 novembre, les électeurs lui choisiront un successeur entre la sénatrice républicaine Marsha Blackburn, largement favorite, et la conseillère municipale démocrate de Memphis Jerri Green. Pendant la primaire, Bill Lee avait refusé de prendre parti.

Les contrats d'hébergement des gardes nationaux déployés à Memphis expirent le 13 octobre ; le gouverneur, qui quittera ses fonctions à la mi-janvier 2027, assure n'avoir « aucune raison de croire » à un changement imminent du partenariat avec Washington.