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MÉMOIRE D'URNES

25 septembre 2022 : Italie, Giorgia Meloni et la droite la plus dure depuis 1945

MÉMOIRE D'URNES Photo : EPOC - création IA

Quatre ans plus tôt, son parti pesait à peine plus de 4 % et passait pour un vestige. Le 25 septembre 2022, Giorgia Meloni conduisit Fratelli d'Italia à 26 % des voix, en faisait la première formation du pays et s'apprêtait à devenir la première femme à diriger un gouvernement italien. Dans son symbole, la flamme tricolore héritée du Mouvement social italien, le parti néofasciste fondé en 1946 par des nostalgiques de Mussolini, brûlait toujours. L'Italie venait de se donner l'exécutif le plus à droite depuis la fin de la guerre.

Le scrutin dessinait une droite triomphante et une gauche pulvérisée. La coalition réunissant Fratelli d'Italia, la Lega de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi rassemblait 43,79 % des suffrages, de quoi rafler une majorité absolue dans les deux chambres : 237 sièges sur 400 à la Chambre des députés, 115 sur 200 au Sénat. Le Parti démocrate d'Enrico Letta plafonnait à 19,07 %, le Mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte à 15,43 %. Au sein même du camp vainqueur, la hiérarchie s'était inversée : Salvini, naguère homme fort de la droite, tombait à 8,77 %, à peine devant les 8,11 % d'un Berlusconi vieillissant. Meloni régnait sur ses alliés autant que sur ses adversaires.

La participation, elle, racontait une autre histoire. Avec 63,85 % de votants, l'Italie enregistrait la plus faible affluence de l'histoire de sa République pour des législatives, loin des 72,9 % de 2018. Le triomphe de Meloni s'était bâti sur une abstention record, signe d'un pays lassé autant que polarisé.

La bascule tenait à un calcul patient. À l'été 2022, le gouvernement d'union nationale de Mario Draghi, l'ancien président de la Banque centrale européenne appelé pour redresser le pays, avait implosé. Draghi avait présenté sa démission le 21 juillet, et le président Sergio Mattarella avait dissous le Parlement le jour même. Or, dans cette large coalition qui avait rassemblé presque toutes les forces politiques, Fratelli d'Italia avait fait un choix solitaire : rester dans l'opposition. Meloni fut la seule dirigeante d'un grand parti à n'avoir jamais soutenu Draghi, et elle en récolta les fruits. Tout le vote de rupture, toute la colère contre les gouvernements de technocrates et de coalitions se reporta sur elle.

Restait à conjurer les craintes. Élue sur un programme souverainiste, hostile à l'immigration et méfiant envers Bruxelles, Meloni avait passé la campagne à rassurer les chancelleries européennes, jurant sa fidélité à l'OTAN et son soutien à l'Ukraine agressée. Elle prêta serment le 22 octobre 2022 au palais du Quirinal, première femme à s'installer au Palazzo Chigi, siège de la présidence du Conseil, à la tête d'une coalition où Salvini et Antonio Tajani devenaient vice-présidents. Les commentateurs annonçaient un gouvernement de plus dans un pays coutumier des exécutifs éphémères, une soixantaine depuis 1946.

Ils se trompaient. Loin de s'effondrer, le gouvernement Meloni s'est installé dans la durée, déjouant la réputation d'ingouvernabilité de la péninsule. Le 4 septembre 2026, il est devenu le plus durable de l'histoire de la République italienne, atteignant 1 413 jours de mandat continu, dépassant d'une journée le deuxième gouvernement Berlusconi. Meloni a saisi l'occasion pour lancer sa campagne en vue des législatives de 2027. La présidente du Conseil que ses adversaires attendaient au tournant s'est muée en pilier de la vie politique italienne et en interlocutrice centrale des Européens sur le dossier migratoire.

Ce dossier reste pourtant son terrain le plus miné. L'accord conclu avec l'Albanie, censé transférer vers des centres situés sur le sol albanais les migrants interceptés en Méditerranée pour y examiner leurs demandes d'asile, s'est heurté à répétition aux tribunaux. Des juges italiens ont ordonné le retour de migrants transférés, bloquant le dispositif dès 2024. Le 1er août 2025, la Cour de justice de l'Union européenne, réunie en grande chambre, a rendu un arrêt imposant un contrôle juridictionnel sur la désignation des « pays d'origine sûrs », un coup dur pour l'architecture du protocole albanais, salué par ses détracteurs comme un frein aux ambitions de Rome.

La coalition de 2022, elle, a perdu l'un de ses fondateurs. Silvio Berlusconi, quatre fois président du Conseil et figure inévitable de la vie politique italienne pendant trois décennies, est mort à Milan le 12 juin 2023, à 86 ans, quelques mois seulement après avoir contribué à porter au pouvoir celle qui avait débuté sa carrière dans son ombre. Salvini, de son côté, a vu la Lega décliner, dépassée par la femme qu'il pensait naguère dominer.

Quatre ans après le scrutin qui l'avait portée au pouvoir, Giorgia Meloni prépare déjà le suivant. Le parti né dans les marges de la République, héritier assumé d'une histoire que beaucoup jugeaient infréquentable, en est devenu le centre de gravité. La flamme tricolore n'a pas quitté son logo, et la prochaine échéance électorale est fixée à 2027. À Rome, plus personne ne parie sur une chute rapide.