Après « La France libre » en 2012, le mot revient, mais autrement chargé. En 2022, pour sa troisième candidature présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, choisit un slogan qui résonne d'un écho très particulier au sortir de la crise sanitaire : « Choisir la liberté ». La liberté, cette fois, n'est plus seulement celle de la souveraineté nationale ; c'est aussi, et peut-être surtout, celle des individus face aux contraintes imposées durant la pandémie, thème qui aura marqué toute sa campagne.
Le sens du slogan tient dans le mot « liberté », entendu en plusieurs sens conjugués. Il y a d'abord la liberté au sens sanitaire et civil : Dupont-Aignan s'était fait, durant la crise du Covid, l'un des opposants les plus constants aux confinements, au passe sanitaire et à l'obligation vaccinale, dénonçant ce qu'il présentait comme des atteintes graves aux libertés individuelles. Il y a ensuite la liberté au sens souverainiste, fidèle à sa ligne de toujours : l'indépendance de la France face à Bruxelles, à l'euro, à la mondialisation. « Choisir la liberté », c'est inviter les électeurs à refuser à la fois la contrainte sanitaire et la soumission supranationale, à reprendre le contrôle de leur vie et de leur nation. Le message adressé aux électeurs se veut un appel au sursaut, contre les restrictions et les renoncements. Le choix stratégique consiste à capter l'électorat des déçus de la gestion de la crise et des tenants d'un souverainisme de droite, dans un espace politique saturé.
La genèse de la candidature s'inscrit dans un parcours mouvementé. Depuis sa candidature de 2012, Dupont-Aignan avait connu un tournant majeur : en 2017, entre les deux tours, il avait scellé une alliance retentissante avec Marine Le Pen, se posant en Premier ministre pressenti — geste qui avait brouillé la frontière qu'il avait longtemps maintenue avec l'extrême droite. En 2022, il repart en solitaire, sous la bannière de Debout la France. La crise sanitaire, entre-temps, lui avait offert un nouveau terrain d'expression, celui de la défense des libertés contre les mesures gouvernementales. Le slogan « Choisir la liberté » traduit cette réorientation, où le souverainisme historique se double d'un combat contre les contraintes sanitaires. La campagne, aux moyens modestes, mobilise l'imagerie tricolore habituelle et mise sur la constance du candidat et sur sa visibilité acquise durant la pandémie.
L'épreuve de la campagne fut, de nouveau, celle de l'étouffement dans un espace surpeuplé. La droite de la droite comptait, en 2022, plusieurs prétendants : Marine Le Pen, solidement installée, et le nouveau venu Éric Zemmour, qui occupait bruyamment le terrain identitaire et souverainiste. Coincé entre ces deux figures dominantes, Dupont-Aignan peina à faire entendre sa singularité. Le « vote utile » au sein de ce camp, la concentration sur les candidats les mieux placés, laminèrent sa candidature. Il recueillit un score modeste, supérieur à deux pour cent, en léger progrès sur 2012 mais loin d'une percée. Le slogan « Choisir la liberté », malgré la résonance du thème sanitaire, ne suffit pas à imposer une candidature écrasée par des concurrents plus visibles. La campagne ne subit pas de détournement notable ; elle souffrit de l'invisibilité relative réservée aux candidats de second rang dans un camp encombré.
La postérité de la formule tient à ce qu'elle capta un moment particulier. « Choisir la liberté » restera comme l'un des slogans emblématiques de l'après-crise sanitaire, quand la question des libertés individuelles face aux contraintes de l'État avait profondément travaillé la société française et rebattu certaines cartes politiques. Dupont-Aignan aura été l'un des candidats à cristalliser ce ressentiment, mêlant défense des libertés et souverainisme. Mais l'espace politique qu'il occupait demeurait étroit, disputé par des figures plus puissantes, et sa candidature confirma la difficulté d'un souverainisme de droite indépendant à exister face au pôle lepéniste. Le slogan restera comme le témoin d'une époque où le mot « liberté » avait pris, en France, une couleur nouvelle, marquée par la mémoire des confinements et des passes sanitaires. Le choix de la liberté qu'il proposait ne fit pas sa fortune électorale ; il aura nommé un malaise réel, né de deux années de crise.
Au soir du premier tour, le 10 avril 2022, Nicolas Dupont-Aignan recueille 2,06 % des suffrages. Éliminé, il assiste au second tour qui, le 24 avril, voit Emmanuel Macron réélu face à Marine Le Pen. La liberté qu'il appelait à choisir n'avait pas rassemblé les foules ; le sentiment qui l'inspirait, lui, continuerait de travailler la société bien après le scrutin.