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MOTS DE CAMPAGNE

Présidentielle 2012 - Nathalie Arthaud : la défense du camp des travailleurs et l'indexation des salaires

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Elle avait hérité d'une figure et d'un flambeau : après trente ans de présidentielles portées par Arlette Laguiller, c'est une autre militante de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, professeure d'économie et de gestion, qui reprend en 2012 la candidature du mouvement. Pour cette première campagne, elle ne s'appuie pas sur un slogan taillé pour l'opinion, mais sur des thèmes hérités et constants : la défense du « camp des travailleurs », l'indexation des salaires sur les prix, l'interdiction des licenciements — la grammaire immuable d'une extrême gauche fidèle à elle-même.

Il faut le préciser : Nathalie Arthaud, en 2012, ne fait pas campagne autour d'une formule publicitaire. Sa démarche prolonge celle de Lutte ouvrière, portant des thèmes précis et répétés. Au premier rang figure l'affirmation du « camp des travailleurs », cette loyauté de classe absolue qui refuse tout compromis avec le patronat et les partis de gouvernement. À cela s'ajoutent des revendications concrètes, martelées face à la crise : l'indexation automatique des salaires, des pensions et des minima sociaux sur la hausse des prix, pour préserver le pouvoir d'achat, et l'interdiction des licenciements dans les entreprises qui réalisent des profits. Cette matière revendicative tient lieu de programme et de message.

Le sens de cette candidature tient dans la transmission d'une tradition. Nathalie Arthaud reprenait, en la faisant sienne, la ligne intransigeante d'Arlette Laguiller : maintenir vivante une expression politique authentiquement ouvrière, indépendante de la gauche de gouvernement jugée compromise. Le contexte de 2012, marqué par les suites de la crise financière de 2008, par le chômage et par la précarité, donnait à ses revendications une acuité particulière. Le message adressé aux électeurs mêlait la solidarité de classe, la défense du pouvoir d'achat et la dénonciation d'un capitalisme qui faisait payer la crise aux travailleurs. Le choix de porter des thèmes plutôt qu'un slogan correspondait à la nature militante et pédagogique de sa démarche : professeure, elle expliquait et démontrait, plus qu'elle ne cherchait à séduire par une formule.

La genèse de la candidature s'inscrit dans une transition symbolique. Arlette Laguiller, après avoir incarné Lutte ouvrière à six présidentielles, passait le relais à une nouvelle génération. Nathalie Arthaud, plus jeune, enseignante, devenait le nouveau visage du mouvement, chargée de perpétuer une présence électorale sans discontinuité. La difficulté principale fut, comme pour toutes les petites candidatures militantes, celle des parrainages, obstacle devenu redoutable. Une fois la candidature validée, la campagne, aux moyens dérisoires, misa sur la fidélité aux thèmes historiques du mouvement et sur la sincérité de la nouvelle porte-parole. L'imagerie et la mise en scène comptaient peu ; l'essentiel se jouait dans la continuité d'une parole de classe.

L'épreuve de la campagne fut celle d'une marginalité accentuée. Dans un scrutin de 2012 dominé par le duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, et par la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon qui captait puissamment le vote de gauche protestataire, l'espace pour l'extrême gauche trotskiste se réduisait fortement. Le « vote utile » en faveur de Mélenchon, le mieux placé à gauche, lamina les candidatures de Lutte ouvrière et du Nouveau Parti anticapitaliste. Nathalie Arthaud recueillit un score très faible, inférieur à un pour cent, loin des résultats qu'Arlette Laguiller avait pu atteindre dans ses meilleures années. Les thèmes qu'elle portait, si constants fussent-ils, se perdirent dans une campagne qui se jouait ailleurs. La candidature ne subit pas de détournement moqueur ; elle souffrit surtout de l'effacement réservé aux petites candidatures et de la concurrence de Mélenchon sur le terrain de la radicalité.

La postérité de cette candidature tient à ce qu'elle assura : la permanence. En reprenant le flambeau, Nathalie Arthaud garantit la continuité de la présence de Lutte ouvrière à l'élection présidentielle, qu'elle poursuivrait aux scrutins suivants, en 2017 et 2022, avec la même constance et des scores tout aussi modestes. Le « camp des travailleurs », l'indexation des salaires, l'interdiction des licenciements : ces thèmes hérités continueraient d'être portés, immuables, dans un paysage où le vote ouvrier se dispersait entre l'abstention, la gauche radicale et l'extrême droite. Le slogan lui manquait, mais la doctrine était intacte, transmise d'une génération à l'autre. Nathalie Arthaud n'approcha jamais le pouvoir ; elle assura la survie d'une voix, celle d'une extrême gauche fidèle à sa grammaire de classe, dans une société qui ne cessait de changer.

Au soir du premier tour, le 22 avril 2012, Nathalie Arthaud recueille 0,56 % des suffrages. Éliminée, elle assiste au second tour qui, le 6 mai, porte François Hollande à la présidence face à Nicolas Sarkozy. Le camp des travailleurs n'avait pas pesé sur l'issue ; le flambeau, lui, était passé de main en main sans jamais s'éteindre.