Sept ans plus tôt, il avait redonné au Parti communiste des couleurs et un visage souriant ; en 2002, il allait présider à l'une de ses plus lourdes déroutes. Robert Hue, secrétaire national du PCF, se présente pour la seconde fois à l'élection présidentielle avec un slogan chaleureux et populaire : « La France, c'est vous ». Une formule tournée vers les gens, vers le peuple des travailleurs et des oubliés, censée renouer le lien entre le communisme et une France qui, pourtant, se détournait de lui.
Le sens du slogan tient dans ce « vous » adressé aux Français ordinaires. « La France, c'est vous », c'est l'affirmation que le pays réel, ce sont les travailleurs, les employés, les habitants des quartiers et des villes populaires, et non les élites ni les puissants. Le message adressé aux électeurs se veut proche, humain, rassembleur : le communisme rénové que Robert Hue avait entrepris d'incarner voulait tendre la main, s'ouvrir, parler à tous ceux qui se sentaient méprisés ou abandonnés. Le choix stratégique prolongeait la « mutation » engagée depuis le milieu des années 1990, cette tentative de moderniser le PCF, de le rendre plus avenant, plus ouvert, participant au gouvernement de la « gauche plurielle » de Lionel Jospin. Le slogan « La France, c'est vous » traduisait cette volonté d'un communisme populaire et accueillant. Mais il portait aussi, en creux, le dilemme d'un parti tiraillé entre sa participation au pouvoir et sa vocation protestataire.
La genèse de la candidature s'inscrit dans une trajectoire de déclin que Hue avait cherché à enrayer. Devenu secrétaire national en 1994, il avait obtenu en 1995 un résultat honorable, redonnant espoir à un parti en recul continu depuis les années 1980. Mais la participation du PCF au gouvernement Jospin, de 1997 à 2002, l'avait usé et brouillé : comment incarner la contestation sociale tout en cogérant une politique jugée décevante par une partie de l'électorat populaire ? Le slogan « La France, c'est vous » tentait de réaffirmer l'ancrage populaire du parti. La campagne mobilisait l'image d'un Robert Hue bonhomme et sympathique, éloigné de l'austérité des dirigeants communistes d'antan. Mais l'affaiblissement était profond, et la concurrence de l'extrême gauche trotskiste, en pleine ascension, siphonnait le vote protestataire.
L'épreuve de la campagne fut celle d'un effondrement historique. Robert Hue recueillit à peine plus de trois pour cent des voix, moins de la moitié de son score de 1995. Le Parti communiste, qui avait pesé jusqu'à un cinquième de l'électorat dans ses années fastes, se trouvait laminé, dépassé par les candidatures trotskistes d'Arlette Laguiller et d'Olivier Besancenot, qui captaient désormais le vote de la colère ouvrière. Le slogan « La France, c'est vous » sonnait comme un appel resté sans réponse : cette France populaire à laquelle il s'adressait s'était, en partie, tournée vers d'autres — l'extrême gauche, l'abstention, ou l'extrême droite. La candidature ne subit pas de détournement ; elle sombra dans la débâcle, symptôme de la crise profonde du communisme français. La dispersion du premier tour, ce 21 avril, allait d'ailleurs contribuer au séisme de la qualification de Jean-Marie Le Pen.
La postérité de la formule est celle d'un tournant douloureux. Le désastre de 2002 marqua une étape décisive dans le déclin du Parti communiste comme force présidentielle autonome. Robert Hue passerait bientôt la main, et le PCF, incapable d'enrayer son recul, choisirait en 2007 une autre candidate, Marie-George Buffet, avant de renoncer, lors des scrutins suivants, à présenter son propre candidat pour se rallier à Jean-Luc Mélenchon. Le slogan « La France, c'est vous » restera comme l'ultime tentative d'un communisme rénové et souriant de renouer avec le peuple, à un moment où ce peuple, précisément, lui échappait. La question qu'il posait — à qui parle encore la gauche populaire, et qui la représente ? — allait dominer les recompositions des décennies suivantes. La France que Robert Hue disait incarner s'était éloignée de lui ; le communisme municipal et militant survivrait, mais son grand rôle présidentiel, lui, s'achevait.
Au soir du premier tour, le 21 avril 2002, Robert Hue recueille 3,37 % des suffrages, très loin de son résultat de 1995. Éliminé, il assiste à un second tour bouleversé, où Jacques Chirac écrase Jean-Marie Le Pen, le 5 mai, avec plus de 82 % des voix. La France populaire n'avait pas répondu « c'est nous » ; le Parti communiste venait d'entrer dans une nouvelle et rude étape de son long déclin.