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Présidentielle 2022 - Philippe Poutou : "Nos vies valent plus que leurs profits"

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Il est ouvrier, syndicaliste, ancien de l'usine Ford de Blanquefort qu'il s'est battu pour sauver, et il apporte à la présidentielle une voix rare : celle, authentique, d'un travailleur en bleu de chauffe. Pour sa troisième candidature, en 2022, Philippe Poutou, porté par le Nouveau Parti anticapitaliste, reprend le mot d'ordre emblématique de son courant : « Nos vies valent plus que leurs profits ». Sept mots pour opposer, à la logique froide du capital, la valeur irréductible des existences humaines.

Le sens du slogan tient dans cette confrontation entre « nos vies » et « leurs profits ». D'un côté, les travailleurs, les précaires, les gens ordinaires, dont la santé, le travail, la dignité, l'avenir sont sans cesse sacrifiés ; de l'autre, une minorité de possédants dont l'unique boussole serait le rendement financier. « Nos vies valent plus que leurs profits », c'est l'affirmation que l'humain doit primer sur l'argent, que la logique capitaliste, en subordonnant tout au gain, détruit les existences et la planète. Le message adressé aux électeurs est celui d'une révolte de classe, mais aussi d'une critique écologique et sociale globale : contre les licenciements, contre la casse des services publics, contre la destruction de l'environnement au nom du profit. Le choix stratégique reste celui du témoignage anticapitaliste, porté par un candidat qui tire sa force de son authenticité ouvrière, de sa parole directe et de son refus des codes convenus de la politique. Le slogan, hérité du mouvement, condense cette opposition frontale entre la vie et l'argent.

La genèse de la formule s'inscrit dans la continuité du courant que Poutou incarne. Le mot d'ordre « Nos vies valent plus que leurs profits » avait déjà servi d'étendard aux candidatures d'Olivier Besancenot, figure médiatique de la Ligue communiste révolutionnaire puis du NPA. Poutou en hérite et le fait sien, y ajoutant le poids de sa propre expérience : celle d'un ouvrier qui a mené, dans son usine menacée de fermeture, un combat syndical acharné. Sa singularité tient à cette incarnation concrète du monde du travail, rare dans une campagne présidentielle. Il s'était fait remarquer en 2017 par ses interventions percutantes lors des débats, refusant les usages feutrés de la classe politique et lançant qu'il n'y avait, pour lui, « pas d'immunité ouvrière ». En 2022, il reprend le combat avec la même franchise. La campagne, aux moyens dérisoires, mise tout sur cette authenticité et sur la force du slogan.

L'épreuve de la campagne fut celle d'une marginalité persistante. Dans une élection dominée par la réélection annoncée d'Emmanuel Macron, la poussée de l'extrême droite et la quasi-qualification de Jean-Luc Mélenchon, l'espace pour l'extrême gauche anticapitaliste se réduisit encore. Le « vote utile » à gauche, la concentration sur Mélenchon le mieux placé, laminèrent les petites candidatures de ce bord. Poutou peina même à réunir ses parrainages, obstacle devenu récurrent pour les candidatures militantes. Il recueillit un score très faible, inférieur à un pour cent, en net recul. Le slogan « Nos vies valent plus que leurs profits », si juste fût-il aux yeux de ses partisans, ne put contrer cette dynamique d'effacement. La candidature ne subit pas de détournement moqueur ; elle conserva le capital de sympathie attaché à la sincérité du personnage, mais son audience électorale se réduisit à presque rien.

La postérité de la formule dépasse de loin les scores modestes de ceux qui la portèrent. « Nos vies valent plus que leurs profits » est devenu l'un des mots d'ordre les plus repris des mobilisations sociales et des manifestations, scandé bien au-delà du cercle du NPA, dans les luttes ouvrières, écologistes et sanitaires. La pandémie, en particulier, lui donna une résonance nouvelle, quand la question de faire primer la santé sur l'économie se posa à l'échelle du monde. Le slogan aura ainsi connu une vie militante autrement plus vaste que sa carrière électorale. Philippe Poutou, lui, resta la figure attachante de l'ouvrier candidat, preuve vivante qu'un travailleur pouvait porter sa parole jusque dans l'arène présidentielle. Le combat entre « nos vies » et « leurs profits » ne fut pas tranché dans les urnes ; il continua, sous cette bannière, d'animer les rues et les usines.

Au soir du premier tour, le 10 avril 2022, Philippe Poutou recueille 0,77 % des suffrages. Éliminé, il appelle à faire barrage à l'extrême droite ; Emmanuel Macron est réélu le 24 avril face à Marine Le Pen. Les profits n'avaient pas cédé le pas aux vies dans les urnes ; le mot d'ordre, lui, continuerait de résonner partout où l'on se bat.