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MOTS DE CAMPAGNE

Présidentielle 2002 - Daniel Gluckstein : "Pour la reconquête de la démocratie"

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Dans le foisonnement record de seize candidatures qui marqua l'élection de 2002, il fut le dernier de tous, celui dont le nom resta le plus obscur. Daniel Gluckstein, porté par le Parti des travailleurs, mena une campagne discrète et rigoureuse autour d'un mot d'ordre grave : « Pour la reconquête de la démocratie ». Une formule qui disait son diagnostic — une démocratie confisquée, vidée de sa substance par les institutions européennes et les puissances de l'argent — et son remède, la restitution du pouvoir au peuple souverain et à ses représentants.

Le sens de la formule tient dans l'idée de « reconquête ». Pour Gluckstein et le courant trotskiste lambertiste qu'il incarnait, la démocratie était en péril, minée par la construction européenne, par l'euro naissant, par le transfert de souveraineté vers des instances technocratiques non élues. « Reconquérir la démocratie », c'était rompre avec les traités européens, défendre la République une et indivisible, la laïcité, les services publics, et rendre au suffrage populaire un pouvoir réel que les logiques supranationales lui auraient dérobé. Le message adressé aux électeurs mêlait la tradition ouvrière révolutionnaire et un républicanisme intransigeant, attaché à la souveraineté nationale et populaire. Le choix d'un mot d'ordre-programme, sérieux et abstrait, plutôt que d'un slogan accrocheur, correspondait à la culture de ce courant, plus soucieux de cohérence doctrinale que de séduction électorale.

La genèse de la candidature s'inscrit dans l'histoire d'un petit parti au militantisme dense. Le Parti des travailleurs, héritier du courant trotskiste animé de longue date par Pierre Lambert, disposait d'un réseau militant discipliné et d'une implantation notamment syndicale, mais d'une audience électorale confidentielle. Daniel Gluckstein, dirigeant du mouvement, en devint le porte-parole présidentiel. Le mot d'ordre « Pour la reconquête de la démocratie » traduisait la ligne du parti, mêlant défense de la classe ouvrière et souverainisme républicain. La campagne, aux moyens infimes, reposait sur ce militantisme et sur la diffusion patiente d'un message exigeant. L'imagerie et la mise en scène comptaient peu ; l'essentiel se jouait dans la fidélité à une doctrine, loin des projecteurs.

L'épreuve de la campagne fut celle de l'effacement quasi complet. Dans une élection saturée de candidatures, où l'extrême gauche elle-même se présentait divisée entre plusieurs sensibilités trotskistes, Gluckstein occupait la position la plus marginale. Il recueillit le plus faible score des seize candidats, moins d'un demi pour cent des voix. Le mot d'ordre « reconquête de la démocratie », si substantiel fût-il, se perdit dans une campagne dominée par l'insécurité, la dispersion et le duel annoncé entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. La candidature ne subit pas de détournement ; elle sombra dans l'indifférence, symptôme d'un courant au militantisme réel mais à l'audience électorale minuscule. La dispersion même du premier tour, ce 21 avril, allait produire le séisme de la qualification de Jean-Marie Le Pen, drame dont l'éclatement de l'offre politique fut l'une des causes.

La postérité de la formule tient à sa filiation. Le thème de la « reconquête de la démocratie », mêlant défense des travailleurs, souverainisme républicain et hostilité à l'Europe des traités, resurgirait cinq ans plus tard, en 2007, dans la candidature de Gérard Schivardi, issu du même Parti des travailleurs, sous une forme presque identique. Ce courant, jamais quantitativement puissant dans les urnes, exerça pourtant une influence militante durable, notamment dans certains secteurs syndicaux et laïques, et sa critique de l'Union européenne devança des débats qui deviendraient centraux. Le mot d'ordre de Gluckstein reste comme l'expression d'un républicanisme ouvrier et souverainiste, resté à la lisière du paysage électoral mais fidèle à ses convictions. La démocratie ne fut pas « reconquise » selon ses vœux ; la défiance envers l'Europe technocratique qu'il exprimait, elle, allait au contraire prospérer dans les années suivantes.

Au soir du premier tour, le 21 avril 2002, Daniel Gluckstein recueille 0,47 % des suffrages, dernier des seize candidats. Éliminé sans le moindre suspense, il assiste à un second tour bouleversé, où Jacques Chirac écrase Jean-Marie Le Pen, le 5 mai, avec plus de 82 % des voix. La reconquête de la démocratie n'avait pas commencé ; le courant qui la prônait continuerait, obstiné, à porter sa parole hors des feux de la rampe.