Elle avait remporté la primaire de son camp avec la promesse de réunir la droite et de reconquérir l'Élysée ; elle allait connaître l'une des plus lourdes déroutes de son histoire. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, candidate des Républicains en 2022, avait choisi un slogan censé incarner la détermination et l'action : « Le courage de faire ». Trois mots pour opposer, à la parole et aux promesses, la vertu du passage à l'acte — une formule qui, au terme d'une campagne ratée, sonnerait comme une amère ironie.
Le sens du slogan tient dans le verbe « faire ». Face à ce qu'elle présentait comme les renoncements et l'immobilisme du quinquennat écoulé, Valérie Pécresse voulait incarner la candidate de l'action concrète, des réformes assumées, du volontarisme. « Le courage de faire », c'était la promesse de trancher, de réformer l'État, de restaurer l'autorité, de remettre le pays au travail — par opposition à la communication et aux effets d'annonce. Le message adressé aux électeurs visait à rassembler l'électorat de droite autour d'une figure de gestionnaire sérieuse et énergique, à la fois libérale sur l'économie et ferme sur les questions régaliennes. Le choix stratégique était celui d'une droite classique de gouvernement, cherchant à exister entre un président sortant qui lui avait pris une partie de son électorat et une extrême droite dédoublée entre Marine Le Pen et Éric Zemmour. Le slogan misait sur le courage et la compétence pour incarner l'alternance.
La genèse de la candidature est celle d'une reconquête espérée. Vainqueure-surprise du congrès des Républicains fin 2021, Valérie Pécresse avait un moment fait figure de menace sérieuse pour Emmanuel Macron, les sondages la créditant d'une possible qualification au second tour. Le slogan « Le courage de faire » accompagnait cette dynamique initiale. L'affiche, dévoilée en début de campagne, la présentait dans une posture de fermeté et de sérieux, aux couleurs sobres de la droite républicaine. Mais la campagne s'enraya vite : peinant à trouver sa ligne entre le centre et une droite plus dure, Pécresse vit son électorat se déliter, aspiré des deux côtés. Un meeting au Zénith de Paris, en février, marqua un tournant funeste, sa prestation étant jugée ratée, et une expression malheureuse empruntée au vocabulaire de l'extrême droite acheva de brouiller son image.
L'épreuve de la campagne fut celle d'un effondrement historique. Le parti héritier du gaullisme et de toute la droite de gouvernement, qui avait donné à la France plusieurs présidents, s'écroula sous la barre des cinq pour cent. Valérie Pécresse recueillit moins de cinq pour cent des voix, résultat catastrophique qui la privait du remboursement public de ses frais de campagne et la plongeait dans de graves difficultés financières, au point de devoir lancer un appel aux dons pour éponger une dette personnelle. Le slogan « Le courage de faire » se retourna cruellement contre elle, tant la campagne avait paru hésitante et empruntée. La candidature ne subit pas tant de détournement qu'elle ne devint le symbole d'une droite en pleine décomposition, écartelée entre le macronisme et l'extrême droite, incapable de faire entendre une voix propre. L'humiliation du chiffre, sous la barre fatidique, résuma l'ampleur du désastre.
La postérité de la formule tient à ce qu'elle accompagna un effondrement de portée historique. Le score de 2022 consacra la quasi-disparition, à l'échelle présidentielle, d'une droite de gouvernement qui avait dominé la Ve République. « Le courage de faire » restera comme le slogan de cette débâcle, celui d'un parti qui, faute d'avoir trouvé sa place dans le nouveau paysage tripartite — bloc central, gauche, extrême droite —, sombra dans les urnes. Valérie Pécresse retrouverait la présidence de sa région mais s'effacerait de la scène nationale. La question qu'avait ouverte sa défaite — que reste-t-il de la droite classique quand ses électeurs se répartissent entre Macron et Le Pen ? — allait hanter la vie politique des années suivantes, jusqu'aux crises et recompositions ultérieures de ce camp. Le courage de faire n'avait pas suffi ; c'est la capacité même de la vieille droite à exister qui, ce soir-là, avait été mise en cause.
Au soir du premier tour, le 10 avril 2022, Valérie Pécresse recueille 4,78 % des suffrages, sous la barre des cinq pour cent. Éliminée, elle appelle à faire barrage à l'extrême droite ; Emmanuel Macron est réélu le 24 avril face à Marine Le Pen. La candidate du « courage de faire » avait surtout mesuré, à ses dépens, combien il était devenu difficile, pour sa famille politique, de simplement exister.