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Présidentielle 2017 - François Asselineau : "Un choix historique"

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Pour sa première candidature, François Asselineau ne propose pas une politique, mais une bifurcation de l'Histoire. « Un choix historique » : le fondateur de l'Union populaire républicaine, apôtre du « Frexit », dramatise l'élection jusqu'à en faire un moment de destin national. Rester dans l'Union européenne ou en sortir : à l'entendre, il n'y aurait pas, en 2017, de décision plus lourde de conséquences pour l'avenir du pays.

Le sens du slogan tient dans l'adjectif « historique ». Asselineau refuse de présenter le scrutin comme une élection ordinaire ; il en fait une fourche du destin, comparable aux grandes décisions qui ont scellé le sort de la nation. Le « choix » qu'il met en avant est unique et obsessionnel : la sortie de la France de l'Union européenne, de l'euro et de l'OTAN, au nom de la souveraineté retrouvée. Le message adressé aux électeurs est celui d'un basculement : soit la France demeure dans un ensemble supranational qui, selon lui, la dissout et la condamne au déclin, soit elle recouvre son indépendance par le « Frexit ». La grandeur du mot « historique » vise à hisser une candidature marginale au niveau des enjeux de civilisation, et à flatter l'électeur en le désignant comme acteur d'un tournant. Le choix stratégique est celui du candidat mono-thématique : tout ramener à la question européenne, érigée en clé de tous les problèmes.

La genèse de la candidature est une singularité de l'ère numérique. Ancien haut fonctionnaire, Asselineau a bâti son mouvement, l'UPR, non par les meetings ou les médias traditionnels, mais par internet : de longues vidéos didactiques diffusées sur les plateformes, une communauté en ligne fidèle et active, une réputation de « candidat du web ». Après avoir échoué à réunir les parrainages en 2012, il parvient en 2017 à franchir la barre des cinq cents signatures et à accéder au scrutin. Le slogan « Un choix historique » couronne cette entreprise de longue haleine. Faute de moyens classiques, sa campagne repose sur cette machine numérique et sur la dénonciation constante d'un « black-out médiatique » qui l'empêcherait, dit-il, de porter son message. L'affiche et l'imagerie restent sobres ; l'essentiel se joue sur les écrans.

L'épreuve de la campagne fut celle du grand écart entre l'audience et les urnes. Fort de vidéos vues par centaines de milliers d'internautes, Asselineau escomptait un résultat à la hauteur de sa notoriété numérique. Il recueillit moins d'un pour cent des voix. Le décalage entre le succès en ligne et le score réel illustra une leçon que le numérique n'a cessé de vérifier : une communauté active sur le web ne se convertit pas mécaniquement en bulletins. Les médias traitèrent le candidat en marginal, certains soulignant la tonalité complotiste de certaines de ses analyses ; lui y vit la confirmation de l'ostracisme dénoncé. Le slogan « choix historique » sonnait grandiose face à un résultat minuscule. La bifurcation annoncée n'eut pas lieu ; l'Histoire, cette fois, ne prit pas le chemin qu'il indiquait.

La postérité de la formule et du candidat tient à ce qu'ils ont préfiguré. Asselineau restera comme le pionnier du micro-parti bâti sur internet, la démonstration que l'on peut fédérer une communauté militante par la seule force des vidéos, mais aussi que cette communauté se heurte à un plafond électoral. Le « Frexit » qu'il portait ne prit jamais en France, d'autant que les difficultés du Brexit britannique refroidirent l'idée d'une sortie de l'Union. Le slogan « Un choix historique » restera comme l'exemple d'une dramatisation extrême au service d'une candidature confidentielle — la grandeur du mot contre la modestie du nombre. Asselineau, incapable de réunir ses parrainages au scrutin suivant, retomba dans la marginalité d'où le web l'avait un temps extrait. Le choix qu'il présentait comme historique n'aura, pour l'Histoire, guère pesé.

Au soir du premier tour, le 23 avril 2017, François Asselineau recueille 0,92 % des suffrages, parmi les derniers des onze candidats. Éliminé, il assiste à la victoire d'Emmanuel Macron, le 7 mai, face à Marine Le Pen — c'est-à-dire au triomphe du candidat le plus européen de tous, exact contraire du choix qu'il appelait de ses vœux. L'Histoire avait tranché, mais dans l'autre sens.