Le slogan pose une équation d'une audace tranquille : voter pour l'homme, c'est voter pour le pays. « Votez Villiers, votez France ». En 1995, Philippe de Villiers, vicomte vendéen, chantre de la souveraineté nationale et pourfendeur du traité de Maastricht, ne se contente pas de défendre la France : il prétend l'incarner. Entre son nom et celui de la nation, la virgule tient lieu de signe égal.
Le sens du slogan tient dans cette identification. « Votez Villiers, votez France » fond le candidat et le pays en une seule et même cause : soutenir de Villiers, ce serait soutenir la France elle-même, sa souveraineté, son identité, ses racines. La formule s'adresse à ceux qui, comme lui, refusent la construction européenne telle qu'elle s'accélère — l'euro qui s'annonce, le fédéralisme, l'effacement des frontières et des nations dans un ensemble supranational. Le message adressé aux électeurs est celui d'un patriotisme de résistance : la France serait menacée de dissolution, et lui se dresserait en rempart, dernier défenseur d'une nation attachée à ses traditions, à sa foi, à son indépendance. Le choix stratégique consiste à capitaliser sur la vague souverainiste née du référendum de 1992, où le « non » à Maastricht avait failli l'emporter, et confirmée par son beau score aux européennes de 1994. De Villiers veut occuper un créneau distinct : ni la droite de gouvernement de Chirac et Balladur, jugée trop européenne, ni l'extrême droite de Le Pen, mais un souverainisme conservateur, catholique et national.
La genèse de la candidature s'enracine dans la bataille de Maastricht. Aristocrate vendéen, fondateur du spectacle du Puy du Fou, de Villiers s'était fait connaître en menant la campagne du « non » au traité européen en 1992, puis en conduisant en 1994 une liste souverainiste qui avait dépassé les douze pour cent. Fort de cet élan, il se lance en 1995 dans la course présidentielle sous la bannière de son mouvement. Le slogan « Votez Villiers, votez France » traduit son ambition d'incarner à lui seul la cause nationale. L'affiche et la campagne mobilisent les couleurs et les symboles de la patrie, dans un registre où la défense de la souveraineté se mêle à celle des valeurs traditionnelles. Le candidat se pose en héritier d'une France éternelle que l'Europe et la modernité menaceraient d'engloutir.
L'épreuve de la campagne fut celle d'un espace disputé. De Villiers réalisa un score honorable, proche de cinq pour cent, preuve qu'un électorat souverainiste existait bel et bien, en dehors du Front national. Mais ce créneau était étroit et convoité : à sa droite, Jean-Marie Le Pen captait le gros du vote nationaliste ; à sa gauche, la droite de gouvernement récupérait les modérés. Le slogan « Votez Villiers, votez France » prêtait aussi le flanc à la critique récurrente adressée à ce type de formule : l'appropriation exclusive de la nation, comme si les autres candidats, eux, ne votaient pas « France ». Prétendre incarner le pays tout entier, quand on rassemble un électeur sur vingt, exposait au reproche d'orgueil. La candidature ne bouleversa pas le scrutin, mais elle installa durablement de Villiers dans le paysage comme la voix d'un souverainisme de droite.
La postérité de la formule tient à ce qu'elle dit d'une famille politique et d'une rhétorique. « Votez Villiers, votez France » restera comme l'expression parfaite de l'identification du candidat à la nation, procédé cher aux souverainistes et aux nationalistes, qui consiste à faire de son bulletin un acte de patriotisme. De Villiers demeura une figure durable de cette mouvance, à travers son Mouvement pour la France, ses combats contre l'Europe puis, plus tard, ses ouvrages sur l'identité et l'islam. Son électorat se dispersa au fil des ans, une partie rejoignant peu à peu l'extrême droite. Le slogan de 1995 reste comme le manifeste d'un homme qui ne concevait pas de séparer son destin de celui de son pays — au point de croire, ou de vouloir faire croire, que voter pour lui et voter pour la France étaient une seule et même chose.
Au soir du premier tour, le 23 avril 1995, Philippe de Villiers recueille 4,74 % des suffrages, un résultat notable pour une première candidature souverainiste. Éliminé, il n'accède pas au second tour, remporté le 7 mai par Jacques Chirac face à Lionel Jospin. Voter Villiers n'avait pas été, pour la France, voter Villiers : le pays avait choisi un autre, sans se sentir moins lui-même pour autant.