Douze ans après sa première candidature, Dominique Voynet revient en 2007 avec un mot d'ordre autrement plus ambitieux que le « ça change tout » de 1995 : « La révolution écologique ». Ancienne ministre de l'Environnement, l'écologiste ne parle plus de simple changement, mais de bouleversement. Le mot est grand ; le score, lui, sera l'un des plus petits jamais obtenus par l'écologie à une présidentielle.
Le sens du slogan tient dans le choix du mot « révolution ». Il place l'écologie non plus comme un correctif, un supplément d'âme ajouté aux politiques existantes, mais comme une transformation radicale et globale : changer le modèle de production, de consommation, de développement, refonder le rapport de la société à la nature. Le message adressé aux électeurs est celui d'une urgence de civilisation : face aux dérèglements qui s'annoncent, il ne suffit plus d'aménager, il faut renverser la logique dominante. Le choix stratégique consiste à réaffirmer la radicalité et l'ambition de l'écologie politique, à lui redonner un souffle après des années de participation gouvernementale qui l'avaient banalisée. « La révolution écologique » veut réveiller la cause, la sortir de la gestion pour la ramener au projet. Mais la formule porte un risque : promettre une révolution quand on pèse quelques pour cent expose au contraste cruel entre l'ampleur du mot et la modestie des moyens.
La genèse de la candidature est celle d'un retour difficile. Dominique Voynet, qui fut ministre de l'Environnement de 1997 à 2001 dans le gouvernement de la gauche plurielle, reprend en 2007 le flambeau présidentiel des Verts, au terme d'une désignation interne contestée et dans un climat de divisions. La campagne s'annonce compliquée : sondages bas, difficulté à mobiliser, concurrence féroce. Le slogan « La révolution écologique » cherche à réinsuffler de l'ambition à une candidature en manque de dynamique. L'affiche décline les codes verts du mouvement. Mais l'énergie n'y est pas, et le contexte se révèle impitoyable pour une petite candidature de conviction.
L'épreuve de la campagne fut celle de l'écrasement. En 2007, l'élection se polarise à l'extrême autour de trois figures — Sarkozy, Royal, Bayrou — qui aspirent l'essentiel de l'attention et des voix. Le « vote utile », en particulier le report vers Ségolène Royal de l'électorat de gauche sensible à l'écologie, ne laisse presque rien aux Verts. Voynet recueillit à peine plus d'un pour cent et demi des suffrages, en net recul par rapport à sa propre candidature de 1995, et loin du score record que Noël Mamère avait obtenu en 2002. La « révolution écologique » sonnait comme un slogan trop grand pour une candidature réduite à la portion congrue. La formule ne subit pas de détournement ; elle souffrit du silence et de l'indifférence, l'écologie se trouvant, cette année-là, laminée par la mécanique bipolaire.
La postérité de la formule illustre le dilemme récurrent de l'écologie politique française. « La révolution écologique » restera comme l'exemple d'un décalage : celui d'un projet immense porté par une force électorale minuscule, condamnée à osciller entre l'ambition du discours et la faiblesse des résultats. La candidature de 2007 marqua un point bas dans le parcours présidentiel des Verts, entre le record de Mamère et les scores heurtés des campagnes suivantes. Voynet renonça ensuite aux ambitions nationales, se consacrant à ses mandats locaux. Quant au mot « révolution », il continua de hanter l'écologie, tiraillée entre la radicalité qui la distingue et le pragmatisme qui pourrait la faire gagner — le même écartèlement que Voynet avait déjà éprouvé, autrement, en 1995. La révolution écologique promise en 2007 n'eut pas lieu dans les urnes ; l'urgence qu'elle proclamait, elle, ne cessa de croître.
Au soir du premier tour, le 22 avril 2007, Dominique Voynet recueille 1,57 % des suffrages, l'un des plus faibles scores de l'écologie à une présidentielle. Éliminée, elle appelle à voter pour Ségolène Royal au second tour, remporté le 6 mai par Nicolas Sarkozy. La révolution écologique attendrait encore ; elle n'avait pas trouvé, cette année-là, les électeurs de son ambition.