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MOTS DE CAMPAGNE

Présidentielle 2007 - Marie-George Buffet : "Une gauche courageuse, ça change la vie !"

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Il y a, dans ce slogan, un mot de fierté et un écho de mémoire. « Une gauche courageuse, ça change la vie ! » : le courage revendiqué contre la tiédeur, et cette formule finale, « changer la vie », qui ranime la vieille promesse socialiste des années Mitterrand. Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste et première femme à conduire ce parti à une présidentielle, veut incarner en 2007 la gauche de conviction, celle qui n'a pas peur de ses idées. Elle va connaître, à la place, la plus dure des sanctions.

Le sens du slogan repose sur cette double affirmation. « Une gauche courageuse » se définit par opposition : courageuse là où l'autre gauche, celle du Parti socialiste et de Ségolène Royal, serait timide, gestionnaire, tentée par le social-libéralisme. Le courage, ici, c'est la fidélité aux convictions, le refus du compromis, l'antilibéralisme assumé. « Ça change la vie » ajoute la promesse concrète et convoque tout un héritage : « Changer la vie » fut le titre du programme socialiste des années 1970, le mot d'ordre de l'espérance transformatrice de la gauche unie. Buffet se le réapproprie, comme pour dire que la vraie gauche, la courageuse, est seule capable de tenir cette promesse trahie par les autres. Le message adressé aux électeurs est clair : seule une gauche qui ne renonce pas améliore réellement l'existence des gens ; le reste n'est qu'accommodement. Le choix stratégique consiste à rassembler l'électorat communiste et antilibéral, à se distinguer du PS jugé mou et à tenir tête à la concurrence de l'extrême gauche.

La genèse de la candidature est celle d'un échec collectif. Buffet avait espéré devenir la candidate unique de toute la « gauche antilibérale », portée par les collectifs unitaires nés du « non » au référendum européen de 2005. Mais ces collectifs ne parvinrent jamais à s'accorder sur un nom, et l'espoir d'une candidature commune se fracassa sur les rivalités d'ego et d'appareils. Buffet se retrouva donc à porter les seules couleurs du Parti communiste, dans une campagne marquée par l'amertume de cette unité manquée. Le slogan « Une gauche courageuse, ça change la vie ! » tentait de transformer ce repli en affirmation de principe. L'affiche reprenait les codes du parti ; mais rien ne masquait la fragilité d'une candidature née d'une désunion.

L'épreuve de la campagne fut celle d'un effondrement historique. Prise en tenaille entre le vote utile en faveur de Ségolène Royal, qui aspirait l'électorat de gauche soucieux de battre la droite, et la vitalité médiatique d'Olivier Besancenot sur sa gauche, Buffet ne recueillit qu'un peu moins de deux pour cent des voix — le plus bas score jamais atteint par le Parti communiste à une présidentielle. Le courage revendiqué par le slogan fut puni plutôt que récompensé : dans une élection dramatisée, l'électorat communiste lui-même se dispersa. La formule « ça change la vie » sonnait cruellement à l'heure du dépouillement, tant elle ne changeait, cette fois, presque rien. La candidate ne subit pas de détournement ; elle subit l'effacement, ce sort silencieux des forces qui déclinent. Buffet appela à voter Royal au second tour, achevant de confirmer que le communisme n'était plus qu'un appoint.

La postérité de la formule est celle d'un point bas. Les 1,93 % de Marie-George Buffet marquèrent le fond de la longue chute communiste, entamée en 1981 et poursuivie de scrutin en scrutin. Le choc fut tel que le Parti communiste renonça, pour les deux présidentielles suivantes, à présenter un candidat, se ralliant au Front de gauche puis à Jean-Luc Mélenchon, avant de tenter un retour autonome en 2022. « Une gauche courageuse, ça change la vie ! » restera comme le slogan d'un parti au plus bas, et comme le témoignage d'une gauche de conviction convaincue que sa fidélité serait un jour récompensée. Buffet, elle, aura marqué l'histoire autrement : première femme à diriger le Parti communiste français et à porter ses couleurs dans la course à l'Élysée. Le courage qu'elle revendiquait n'a pas changé la vie des urnes ; il aura, au moins, ouvert une place aux femmes à la tête d'un vieux parti d'hommes.

Au soir du premier tour, le 22 avril 2007, Marie-George Buffet recueille 1,93 % des suffrages — le plus faible score de l'histoire du Parti communiste à une présidentielle. Éliminée, elle appelle à voter pour Ségolène Royal au second tour, remporté le 6 mai par Nicolas Sarkozy. La gauche courageuse n'avait pas changé la vie ; elle avait mesuré, une fois de plus, le prix de la division.