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MOTS DE CAMPAGNE

Présidentielle 2017 - Jean-Luc Mélenchon : "La force du peuple"

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Il avait quitté la présidentielle de 2012 avec l'étiquette d'un tribun flamboyant mais divisé ; il revient en 2017 transfiguré, à la tête d'un mouvement neuf et d'une candidature qui frôle le second tour. Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, choisit un slogan qui dit à la fois son socle et son ambition : « La force du peuple ». Trois mots pour opposer, à la puissance de l'argent et des élites, la seule légitimité qui vaille à ses yeux, celle du nombre souverain.

Le sens du slogan tient dans le mot « force ». Face aux puissances établies — la finance, les médias, les partis de gouvernement, l'oligarchie qu'il ne cesse de dénoncer —, Mélenchon oppose la force collective du peuple rassemblé. « La force du peuple », c'est l'affirmation qu'une majorité populaire, si elle prend conscience d'elle-même et s'unit, peut renverser l'ordre des choses et reprendre le pouvoir sur son destin. Le message adressé aux électeurs mêle la tradition républicaine, l'appel à la souveraineté populaire, et un programme de rupture, « L'avenir en commun » : planification écologique, VIe République, partage des richesses, sortie des traités européens libéraux. Le choix stratégique est décisif : là où le candidat de 2012 s'inscrivait dans le Front de gauche et l'alliance avec le PCF, celui de 2017 s'émancipe des partis, se veut le mouvement du peuple lui-même, par-delà les vieilles structures. Le slogan condense ce pari populiste, au sens premier du terme : faire du peuple le sujet et la force de l'Histoire.

La genèse de la candidature est celle d'une réinvention. Après 2012, Mélenchon tire les leçons de la dépendance aux appareils et fonde en 2016 La France insoumise, mouvement gazeux, numérique, organisé autour de sa personne et d'une base militante mobilisée en ligne. La campagne de 2017 est une démonstration de modernité : usage virtuose des réseaux sociaux, chaîne vidéo suivie par des centaines de milliers d'abonnés, et le spectaculaire recours à l'hologramme, qui lui permet d'apparaître simultanément dans plusieurs villes. Le slogan « La force du peuple » s'incarne dans cette esthétique de la puissance rassemblée. L'affiche et l'imagerie adoptent la symbolique de la lettre grecque phi, sobre et identitaire, rompant avec l'iconographie classique de la gauche pour créer une marque nouvelle. Tout, dans le dispositif, cherche à donner à voir un mouvement populaire en marche, dynamique et victorieux.

L'épreuve de la campagne fut celle d'une ascension fulgurante. Longtemps cantonné autour de dix pour cent dans les sondages, Mélenchon connut dans les dernières semaines une poussée spectaculaire, porté par ses performances de tribun et de débatteur, jusqu'à apparaître un moment en position de se qualifier pour le second tour. « La force du peuple » semblait sur le point de bousculer tout le jeu. Au soir du premier tour, il échoua de peu, quatrième d'un quatuor extraordinairement serré. La candidature ne subit pas tant de détournement qu'elle ne suscita l'enthousiasme d'un électorat jeune et populaire, et l'inquiétude de ses adversaires. Le résultat, proche de vingt pour cent, était le meilleur de la gauche radicale depuis des décennies. Mais l'entre-deux-tours fut marqué par une controverse : le refus de Mélenchon de donner une consigne claire de vote contre Marine Le Pen, qui lui fut vivement reproché.

La postérité de la formule est considérable. « La force du peuple » installa Mélenchon comme la figure dominante de la gauche française, reléguant le Parti socialiste effondré au rang de force secondaire. Son score de 2017 fonda une hégémonie qu'il confirmerait en 2022 en frôlant, cette fois encore, le second tour, et qui ferait de La France insoumise le pivot des recompositions à gauche. Le slogan reste comme l'acte de naissance d'un populisme de gauche à la française, misant sur le peuple contre les élites, sur le mouvement contre les partis, sur la personnalité charismatique contre les appareils. Cette stratégie, longtemps contestée, redessina durablement le paysage. La force du peuple qu'il invoquait ne le porta pas à l'Élysée ; elle fit de lui, pour une décennie, le maître d'œuvre de la gauche de rupture, et le meilleur candidat que ce camp ait présenté à une présidentielle depuis longtemps.

Au soir du premier tour, le 23 avril 2017, Jean-Luc Mélenchon recueille 19,58 % des suffrages, tout près des trois candidats qui le devancent. Éliminé de justesse, il assiste au second tour qui, le 7 mai, voit Emmanuel Macron l'emporter largement sur Marine Le Pen. La force du peuple n'avait pas suffi cette fois ; elle avait, en revanche, changé de mains le leadership de toute la gauche.