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Présidentielle 2017 - Nathalie Arthaud : "Faire entendre le camp des travailleurs"

MOTS DE CAMPAGNE Photo : EPOC - Archives

Le slogan de Nathalie Arthaud en 2017 commence par un verbe qui dit tout de son ambition réelle : « Faire entendre ». Non pas conquérir, non pas gouverner, mais faire entendre. La candidate de Lutte ouvrière ne feint pas de croire à sa victoire ; elle assume, dès les premiers mots de son affiche, que sa candidature est une candidature de porte-voix. « Faire entendre le camp des travailleurs » : c'est une profession d'honnêteté autant qu'un mot d'ordre.

Le sens du slogan tient dans ce déplacement du but. Là où presque tous les candidats promettent l'action, le pouvoir, le changement, Arthaud promet une chose plus modeste et plus franche : que la voix des salariés, des ouvriers, des précaires, résonne dans un débat qui, sans elle, l'ignorerait. Le « camp des travailleurs » reste la ligne de classe immuable du mouvement, cette frontière entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent du capital ; mais « faire entendre » en précise l'usage électoral. L'élection présidentielle est comprise comme une tribune, un moment rare où une parole d'ordinaire inaudible peut atteindre des millions de personnes. Le message adressé aux électeurs est donc dénué d'illusion : voter Arthaud, ce n'est pas parier sur l'Élysée, c'est prêter sa voix pour que celle des travailleurs porte. Le choix stratégique découle de la doctrine constante de Lutte ouvrière — se compter, témoigner, transmettre —, mais il l'énonce ici avec une clarté presque désarmante, en inscrivant la modestie du projet dans le slogan lui-même.

La genèse de la formule s'inscrit dans une filiation et une fidélité. Nathalie Arthaud, professeure d'économie, a succédé en 2008 à Arlette Laguiller comme porte-parole et visage électoral du mouvement, et elle en perpétue scrupuleusement la grammaire : la même ligne, les mêmes mots, la même absence revendiquée de marketing. Le slogan de 2017 n'est qu'une déclinaison du « camp des travailleurs » que le parti brandit depuis des décennies, avec cette nuance du « faire entendre » qui en explicite la fonction. L'affiche reprend les codes rouges immuables de Lutte ouvrière, le portrait sobre, la typographie franche, tout ce qui signale la continuité plutôt que la nouveauté. Rien ne cherche à séduire ; tout revendique une constance. Le visuel dit, comme la formule, que la candidate n'est pas là pour se vendre, mais pour porter une parole.

L'épreuve de la campagne fut celle de l'inaudibilité, précisément là où la formule promettait de « faire entendre ». En 2017, la gauche protestataire trouva un autre porte-voix, autrement plus puissant : la poussée de Jean-Luc Mélenchon, qui rassembla la colère et le vote utile de gauche, ne laissa qu'un espace résiduel aux candidatures d'extrême gauche traditionnelles. Le slogan d'Arthaud se heurta à ce paradoxe cruel : vouloir faire entendre une voix dans un vacarme où une autre voix, plus forte, occupait déjà tout l'espace. Le score s'en ressentit, tombant à un niveau très bas. La formule ne subit aucun détournement — on ne caricature pas une candidate sincère et sans prétention au pouvoir —, seulement l'indifférence, ce silence qui est, pour qui veut « faire entendre », la plus dure des sanctions. La tribune était dressée ; l'auditoire s'était tourné ailleurs.

La postérité de la formule tient à ce qu'elle dit d'une conception rare de l'élection. « Faire entendre le camp des travailleurs » restera comme l'énoncé le plus explicite de la stratégie de Lutte ouvrière : non pas gagner, mais témoigner ; non pas prendre le pouvoir, mais maintenir vivante une parole de classe que le mouvement juge nécessaire, quel que soit le score. Le slogan n'est pas entré dans la mémoire collective comme une phrase célèbre, mais il incarne une fidélité qui, à force de constance, force une forme de respect. Arthaud le reprendra, à peine modifié, d'élection en élection, imperturbable, indifférente aux modes et aux résultats. Dans un paysage politique obsédé par la victoire, elle aura été la candidate qui assumait de ne pas la chercher — seulement de se faire entendre, ne serait-ce qu'un peu.

Au soir du premier tour, le 23 avril 2017, Nathalie Arthaud recueille 0,64 % des suffrages et se classe avant-dernière des onze candidats. Éliminée, elle n'accède pas au second tour, remporté le 7 mai par Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Le camp des travailleurs s'était, une fois encore, à peine fait entendre — mais Lutte ouvrière n'avait jamais mesuré sa fidélité à l'aune du bruit qu'elle faisait.