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31 août 1957 : Papouasie-Nouvelle-Guinée, trois sièges élus dans une assemblée conçue pour ne rien céder

MÉMOIRE D URNES Photo : EPOC - création IA

Le 31 août 1957, dans un territoire administré par l'Australie où vivent plus d'un million de personnes, trois sièges seulement sont soumis au vote. Les électeurs, presque tous européens, rejoignent par ailleurs quelques milliers de membres de la communauté chinoise, autorisés à voter à leurs côtés. La population indigène, elle, n'a pas accès aux urnes. Elle est représentée au Conseil législatif par des membres nommés, non élus. Le scrutin de ce jour-là départage donc une infime minorité, mais il retient l'attention parce qu'il marque un frémissement de vie politique dans une assemblée bâtie pour rester sous contrôle.

Le Conseil législatif de Papouasie et Nouvelle-Guinée compte alors 29 membres. Sa composition dit tout de l'équilibre voulu par Canberra. L'administrateur du territoire y siège, entouré de seize fonctionnaires et de neuf membres désignés par lui, dont trois représentants de la population indigène, trois représentants des colons européens et trois représentants des missions. Trois sièges seulement reviennent à des Européens élus. Autrement dit, sur vingt-neuf voix, vingt-six échappent au suffrage. Le vote du 31 août 1957 ne concerne que ces trois derniers mandats, répartis entre trois circonscriptions uninominales, les îles de Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Guinée continentale et la Papouasie, au scrutin préférentiel.

Le cadre juridique remonte au Papua and New Guinea Act adopté par l'Australie en 1949, qui organisa l'administration combinée du Territoire de Papouasie et du Territoire de Nouvelle-Guinée. Le second relevait du régime de tutelle des Nations unies, ce qui plaçait Canberra sous une obligation, au moins formelle, de conduire le territoire vers une autonomie croissante. Le Conseil législatif était l'un des instruments de cette promesse, mais sa physionomie de 1957 montrait à quel point le pouvoir demeurait entre les mains de l'exécutif colonial et d'une poignée de résidents européens.

Le vote n'était pas obligatoire. Une nouveauté marqua toutefois cette édition, l'introduction d'un vote postal automatique pour tous les électeurs inscrits résidant à plus de dix milles du bureau de vote le plus proche, disposition adaptée à un territoire aux distances considérables et aux infrastructures limitées. Le dispositif porta ses fruits sur le plan de la participation. Plus de 3 000 personnes prirent part au scrutin, chiffre en forte hausse par rapport aux 734 suffrages recensés lors des élections de 1954, année où l'un des sièges n'avait toutefois pas été disputé.

Les trois circonscriptions offrirent des affrontements de tenue inégale. Dans les îles de Nouvelle-Guinée, le membre sortant Don Barrett affrontait Dudley Jones, avocat de Rabaul. Contre toute attente, Jones l'emporta, seule véritable surprise de la journée. En Nouvelle-Guinée continentale, George Whittaker ne se représentait pas après avoir pris sa retraite. Le siège fut disputé entre Ian Downs, ancien commissaire de district, et Sydney Barker, dentiste et mineur établi à Wau. Downs fut élu. En Papouasie, le sortant Ernest James conserva son mandat face à Craig Kirke, avocat installé à Port Moresby.

La presse régionale suivit ces joutes de près. Le magazine Pacific Islands Monthly, principale chronique des affaires insulaires du Pacifique, rendit compte des candidatures et de la campagne dans ses livraisons d'août et de septembre 1957, soulignant l'intérêt suscité par des candidats tranchés dans un territoire où la vie électorale restait embryonnaire. Ces comptes rendus constituent aujourd'hui l'une des rares traces détaillées d'un scrutin dont les enjeux, à l'échelle du territoire, demeuraient circonscrits à la représentation des seuls résidents non indigènes.

Le renouvellement toucha aussi les sièges pourvus par nomination, où quelques figures cédèrent la place. Doris Booth, l'une des rares femmes associées à ces institutions, déclina une nouvelle désignation comme membre européen, remplacée par John Hohnen. Du côté des représentants indigènes, Merari Dickson laissa son siège à Mahuru Rarua-Rarua. Aux côtés de ce dernier siégeaient Pita Simogun et John Vuia parmi les représentants de la population autochtone, Robert Bunting, Basil Fairfax-Ross et John Hohnen parmi ceux des Européens, James Dwyer, Philip Strong et David Eric Ure parmi ceux des missions. Ces désignations, décidées par l'administrateur, restaient l'unique canal par lequel la majorité indigène du territoire trouvait une voix, fût-elle indirecte, au sein du Conseil.

La disproportion entre le nombre des habitants et l'étroitesse du corps électoral résumait la nature du système. Un territoire peuplé de plus d'un million de personnes ne mettait en jeu, ce 31 août, que trois mandats réservés à des Européens, avec l'appoint des voix chinoises. La représentation des populations autochtones passait par la seule nomination, sans que celles-ci puissent choisir leurs porte-parole. Cet écart, que les puissances de tutelle étaient théoriquement engagées à réduire, restait au cœur des critiques adressées à l'administration australienne dans les enceintes internationales.

Le scrutin de 1957 s'inscrivait dans une série d'étapes prudentes. Le Conseil législatif avait connu ses premières élections au début des années 1950, et les élargissements successifs de la représentation ne viendraient que plus tard. Il faudra attendre 1964 pour que le territoire se dote d'une Chambre d'assemblée élargie, la House of Assembly, ouvrant enfin le suffrage à la population indigène sur une base bien plus large. Le vote du 31 août 1957 ne fut donc pas une rupture. Il désigna trois hommes, Dudley Jones, Ian Downs et Ernest James, pour siéger dans une assemblée où l'essentiel des décisions continuait de se prendre ailleurs.