Du désert de Sonora aux forêts tropicales du Chiapas, du haut plateau central cerné de volcans aux plages des Caraïbes, le Mexique déploie une diversité géographique à la mesure de sa superficie. Avec près de deux millions de kilomètres carrés, il est le troisième plus grand pays d'Amérique latine et l'un des plus peuplés au monde, comptant environ 130 millions d'habitants. Deux longues chaînes montagneuses, la Sierra Madre occidentale et la Sierra Madre orientale, encadrent un vaste plateau où se concentrent l'altitude, la population et l'histoire. C'est là, à plus de deux mille mètres, que s'élève Mexico, l'une des plus grandes mégapoles de la planète, bâtie sur les vestiges de la capitale aztèque et sur un ancien lac asséché dont l'instabilité fait lentement s'enfoncer certains quartiers. Le pays s'étire entre deux océans, le Pacifique à l'ouest et l'Atlantique à l'est, et partage au nord une frontière de plus de trois mille kilomètres avec les États-Unis, ligne de démarcation parmi les plus fréquentées et les plus surveillées du monde.
Cette terre fut le berceau de civilisations parmi les plus brillantes du continent américain. Les Olmèques, puis les cités mayas de la péninsule du Yucatán, la métropole de Teotihuacan et ses pyramides colossales, enfin l'empire aztèque et sa capitale Tenochtitlan édifiée sur les eaux, témoignent d'une profondeur historique que peu de pays égalent. En 1519, l'arrivée des conquistadors espagnols menés par Hernán Cortés bouleversa cet ordre. En deux ans, l'empire aztèque s'effondra, terrassé autant par les armes que par les maladies importées d'Europe, contre lesquelles les populations autochtones n'avaient aucune défense. Trois siècles de domination coloniale espagnole suivirent, façonnant la langue, la religion catholique et une société profondément métissée, tout en organisant l'extraction des richesses minières, l'argent en particulier, au profit de la couronne.
L'indépendance, arrachée en 1821 après une décennie de lutte, ouvrit un XIXe siècle tourmenté. Le jeune État perdit près de la moitié de son territoire au profit des États-Unis à l'issue de la guerre de 1846-1848, cédant le Texas, la Californie et de vastes régions du sud-ouest américain, blessure toujours présente dans la mémoire nationale. Le pays connut ensuite une brève intervention française et l'éphémère empire de Maximilien, avant la longue présidence autoritaire de Porfirio Díaz. En 1910, la Révolution mexicaine, soulèvement d'une ampleur et d'une violence considérables, emporta ce régime et fit surgir des figures devenues légendaires comme Emiliano Zapata et Pancho Villa. De cette décennie de convulsions naquit la Constitution de 1917, texte avancé pour son époque en matière de droits sociaux et de réforme agraire.
La vie politique du XXe siècle fut dominée par une institution singulière : le Parti révolutionnaire institutionnel, le PRI, qui exerça le pouvoir sans discontinuer pendant soixante et onze ans. Ce système, mélange de clientélisme, de cooptation et d'élections dont l'issue ne faisait guère de doute, assura une stabilité que l'écrivain Mario Vargas Llosa qualifia de « dictature parfaite ». L'alternance ne survint qu'en 2000, avec la victoire de Vicente Fox, marquant l'entrée du pays dans une démocratie pluraliste effective. Les décennies suivantes virent alterner au pouvoir la droite du Parti action nationale et un PRI renouvelé, avant l'irruption d'une nouvelle force à gauche.
En 2018, Andrés Manuel López Obrador, longtemps figure de l'opposition, remporta une victoire écrasante à la tête du mouvement Morena qu'il avait fondé. Sa présidence, marquée par un discours de rupture avec les élites, une priorité affichée aux programmes sociaux et un style de gouvernement personnel, redessina le paysage politique. En 2024, sa dauphine Claudia Sheinbaum lui succéda, entrant en fonction le 1er octobre et devenant la première femme à présider le Mexique, dans un pays où la violence machiste demeure un fléau. Ancienne maire de Mexico, scientifique de formation, elle a poursuivi l'orientation de son prédécesseur tout en imposant progressivement sa marque, et bénéficie d'un niveau de popularité exceptionnel, avoisinant les 80 % de soutien après une année de mandat.
Le défi le plus lourd de la présidence reste la sécurité. Depuis le lancement d'une « guerre contre la drogue » au milieu des années 2000, le pays est ravagé par la violence des cartels, organisations criminelles puissantes qui se disputent le contrôle des routes du trafic vers le nord et infiltrent l'économie légale comme les institutions. Les homicides se comptent chaque année par dizaines de milliers, et le nombre de personnes disparues dépasse l'entendement. Cette insécurité s'entremêle à la question migratoire : le Mexique est à la fois pays d'émigration, de transit pour les migrants d'Amérique centrale et du Sud aspirés vers les États-Unis, et désormais de destination.
La relation avec le voisin du nord domine l'agenda extérieur. Économiquement, les deux pays sont intimement liés par un accord de libre-échange et par des chaînes de production intégrées qui font des États-Unis le premier partenaire commercial du Mexique. Politiquement, la donne s'est tendue avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, dont les menaces sur les droits de douane, les expulsions de migrants et la lutte contre le trafic de fentanyl placent Claudia Sheinbaum en position d'équilibriste. En janvier 2026, la présidente répliquait à Washington en affirmant que « l'Amérique n'appartient ni à une doctrine, ni à une puissance », défendant la souveraineté de son pays face à la pression américaine.
Le Mexique de 2026 offre ainsi un visage contrasté. Puissance émergente à l'économie diversifiée, riche d'une culture rayonnante et d'un poids démographique considérable, il demeure entravé par les inégalités, la corruption et l'emprise du crime organisé. En juillet 2026, alors que le pays coorganisait la Coupe du monde de football, sa présidente s'apprêtait à assister à la finale, image d'un Mexique tourné vers la scène mondiale mais toujours aux prises avec ses démons intérieurs.