DERNIÈRES ACTUALITÉS

SLOVAQUIE - JOUR DE VOTE

À l'ouverture des bureaux, la Slovaquie vote sur la rente de Fico sans y croire

SLOVAQUIE - JOUR DE VOTE Photo : EPOC - création IA

Les bureaux de vote slovaques ont ouvert à 7 heures ce samedi 4 juillet, et la question qui domine la journée n'est pas celle imprimée sur le bulletin. Avant de savoir si les électeurs veulent abolir la « rente à vie » dont pourrait bénéficier le premier ministre Robert Fico, Bratislava en attend une autre, arithmétique : combien de Slovaques franchiront la porte d'un bureau de vote avant 22 heures. De cette réponse seule dépend la validité du dixième référendum organisé depuis l'indépendance du pays.

Les électeurs se prononcent sur deux questions. La première demande la suppression de la « rente à vie » versée à certains anciens responsables constitutionnels, prévue par l'article 24a de la loi 120/1993, et que pourrait toucher Robert Fico à la fin de ses mandats. La seconde porte sur le rétablissement du Parquet spécial et de l'Agence nationale de la criminalité, deux institutions anticorruption supprimées par le gouvernement en 2024. Le scrutin découle d'une pétition portée par le parti d'opposition Demokrati, qui a déposé plus de 384 000 signatures au palais présidentiel le 23 mars, dont plus de 363 000 ont été validées après contrôle, bien au-delà du seuil légal de 350 000. Les initiateurs réclamaient un vote dès le 27 juin ; le président Peter Pellegrini l'a fixé au 4 juillet, en plein été.

Une troisième question figurait dans la pétition. Elle demandait le raccourcissement du mandat du gouvernement, autrement dit des élections anticipées. Pellegrini l'a écartée, la jugeant contraire à la Constitution. Les Demokrati ont dénoncé une manœuvre et annoncé un recours devant la Cour constitutionnelle. « Il a saboté le référendum, non seulement en refusant la première question, mais aussi en le plaçant en plein été », a accusé leur chef Jaroslav Nad, qui parle d'un « relent de méciarisme », référence aux pratiques autoritaires des années 1990. Le même parti appelle malgré tout les citoyens à voter, y voyant l'occasion d'adresser au gouvernement un message sur la nécessité d'un « État juste » et rappelant que Fico s'est vu garantir sa rente au moment même où disparaissaient les organes chargés d'enquêter sur la grande corruption.

Le premier ministre, lui, ne se déplacera pas. Fico dit respecter l'institution du référendum et assure qu'il ne dissuadera personne, mais il a fait savoir qu'il l'ignorerait. Il le décrit comme « le sondage d'opinion le plus cher jamais organisé en Slovaquie », une opération de publicité offerte à l'opposition aux frais du contribuable. Les chiffres nourrissent son argument. Le coût du scrutin atteint près de 12,4 millions d'euros, dont 10 474 045 euros pour le ministère de l'Intérieur, qui rémunère les commissions électorales, imprime les bulletins et équipe les bureaux, et 1 918 903 euros pour l'Office statistique, chargé du dépouillement. La rente visée, elle, représente environ 2,7 millions.

L'histoire électorale du pays penche du même côté. Pour être valide, un référendum slovaque exige la participation de plus de la moitié des inscrits, soit plus de 2,2 millions d'électeurs, un plafond que la Slovaquie n'a franchi qu'une fois en neuf tentatives. C'était en mai 2003, sur l'adhésion à l'Union européenne : 52,15 % de votants, et 92,46 % de « oui », porté par un rare consensus de presque toute la classe politique. Aucune enquête publiée ce printemps n'annonce une telle mobilisation. L'institut Ipsos crédite la participation d'environ 26,5 %, à peu près un quart du corps électoral. Le politologue Jozef Koziak, cité par le site Startitup, anticipe un « fiasco » et juge l'invalidation quasi certaine.

Le calendrier joue contre le vote. Le 4 juillet tombe en pleine période de vacances scolaires, lorsqu'une partie de l'électorat urbain déserte les villes. L'aéroport de Bratislava vit ces jours-ci une affluence telle que des passagers ont manqué leur vol à cause de la lenteur des contrôles. La Coupe du monde de football, dont les huitièmes de finale se disputent ce week-end, capte une autre part de l'attention. Sur le terrain, les préparatifs ont avancé dans une relative indifférence : la télévision publique STVR rapportait un intérêt inhabituellement faible pour siéger dans les commissions électorales, et à Stará Turá, la veille du vote, une employée municipale préparait l'urne mobile destinée aux électeurs qui ne peuvent se déplacer, geste ordinaire d'un scrutin dont peu attendent grand-chose.

Les premières estimations de participation sont espérées dans la journée. L'Office statistique publiera les résultats officiels une fois les bureaux fermés et les voix traitées. Quelle que soit l'issue, l'opposition sait qu'une victoire arithmétique est hors de portée et compte transformer le vote en démonstration de force. Le contexte lui offre un point d'appui : un sondage Focus publié début juillet place le mouvement Progresivne Slovensko légèrement devant le Smer de Fico, tandis que le parti d'extrême droite Republika progresse. Le référendum sur la rente devient, pour les Demokrati, un thermomètre du mécontentement avant les prochaines échéances.

Le climat politique reste tendu. Fico, revenu au pouvoir fin 2023, a survécu en mai 2024 à une tentative d'assassinat, avant de multiplier les affrontements avec Bruxelles sur l'Ukraine et l'État de droit. La rente aujourd'hui contestée avait précisément été instaurée après cet attentat, au nom de la sécurité des dirigeants, et son montant équivaut au salaire mensuel d'un député. La suppression du Parquet spécial, la même année, avait provoqué des manifestations et inquiété la Commission européenne.

Les bureaux fermeront à 22 heures. Avant même que soit connu le sort des deux questions, le dépouillement répondra à la seule qui compte vraiment ce samedi : combien de Slovaques se seront déplacés pour un vote dont les organisateurs eux-mêmes redoutent qu'il ne compte pas.