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KOSOVO - JOUR DE VOTE

Kosovo : trois urnes, aucune sortie

KOSOVO - JOUR DE VOTE Photo : EPOC - création IA

Le Kosovo vote, encore. Pour la troisième fois en dix-huit mois, les bureaux ont ouvert ce dimanche matin, et les affiches d'Albin Kurti n'avaient pas eu le temps de pâlir sur les murs de Pristina que ses partisans en collaient déjà de nouvelles par-dessus. 2,1 millions d'électeurs inscrits, vingt-deux formations, 38 municipalités, 36 pays de vote — et une facture de douze millions d'euros pour un scrutin que personne, à proprement parler, n'avait demandé.

L'élection anticipée découle d'un blocage institutionnel que la Cour constitutionnelle a mis des semaines à trancher. En mars, l'Assemblée avait échoué à élire une présidente : la candidate de Vetëvendosje, Feride Rushiti, n'avait réuni que 63 voix, loin des quatre-vingts exigées par la Constitution. La présidente sortante, Vjosa Osmani, avait décréé la dissolution, aussitôt suspendue par la Cour le 9 mars, puis annulée le 25 mars — les juges accordant aux députés trente-quatre jours supplémentaires pour trouver un accord. Ils n'y parvinrent pas. Le 28 avril, la dissolution fut prononcée pour de bon, et la présidente par intérim, Albulena Haxhiu, fixa le scrutin au 7 juin.

Kurti aborde ce vote en position de force. En décembre 2025, Vetëvendosje avait recueilli 51,1 % des suffrages — de quoi gouverner seul dans un système à la proportionnelle. Le Parti démocratique du Kosovo de Bedri Hamza suivait à 20 %, la Ligue démocratique du Kosovo à 13 %, l'Alliance pour l'avenir de Ramush Haradinaj autour de 5,5 %. La Liste serbe, soutenue par Belgrade, avait raflé neuf des dix sièges réservés à la communauté serbe. Le Premier ministre démissionnaire ne cache pas ses ambitions pour ce troisième tour : plus de 500 000 voix, un nouveau record, une majorité assez large pour élire enfin un président et sortir du cycle. Sa campagne s'est construite autour du slogan « Un État pour tous, tous pour l'État » et de la candidature de Rushiti, médecin et militante des droits humains qui dirige le Centre kosovar de réhabilitation des victimes de la torture.

L'opposition mise sur une recomposition qui a, au moins, le mérite de la clarté. La Ligue démocratique du Kosovo, conduite par Lumir Abdixhiku, a accueilli sur sa liste Vjosa Osmani, l'ancienne présidente que Vetëvendosje avait refusé de reconduire. Le retour d'Osmani, jadis membre de cette même Ligue avant de fonder son propre mouvement et de s'allier à Kurti en 2021, réénergise un camp longtemps réduit à un rôle de blocage. Le Parti démocratique du Kosovo, lui, a résumé sa campagne en trois mots : « Arrêtez la crise ».

Quant aux chances que Kurti perde, elles semblent minces. « En quelques mois, l'opinion bouge peu au Kosovo », juge Uran Haxha, journaliste au portail K2.0. La chercheuse Donika Emini, de l'université de Graz, est plus nuancée : elle reconnaît que disposer de plus de 50 % dans un système multipartite constitue « une position très forte », mais souligne que la volonté de contrôler aussi la présidence sans coalition négociée a eu « un effet délétère sur la recherche de compromis ». Le perdant de cette séquence, avertit Haxha, risque surtout d'être le citoyen, condamné à l'instabilité et aux scrutins à répétition.

Un facteur avait longtemps semblé défavorable à Kurti : le calendrier. La diaspora kosovare, l'un de ses réservoirs électoraux les plus fidèles, rentre traditionnellement au pays fin juin ou début juillet. En convoquant le scrutin le 7 juin, les institutions paraissaient le priver d'une fraction significative de ses voix. Mais les chiffres de la Commission électorale centrale racontent une autre histoire. À la clôture des inscriptions, le 17 mai, 142 803 demandes avaient été déposées depuis l'étranger — un record. Près de 81 900 électeurs ont opté pour le vote par correspondance. La diaspora n'attend plus l'été pour peser : elle vote par la poste, et son bulletin est déjà dans l'urne.

La campagne, ouverte le 28 mai pour dix jours seulement, s'est jouée dans un climat de polarisation affective que les observateurs jugent plus intense que jamais — un référendum sur les deux votes précédents davantage qu'un débat sur l'avenir du pays. Cet avenir, précisément, attend. Les bailleurs internationaux réclament la ratification de prêts de l'Union européenne et de la Banque mondiale pour un milliard d'euros, suspendue à la formation d'un gouvernement. Le Kosovo, dont la population ne dépasse pas 1,6 million d'habitants quand sa diaspora en compte presque autant, continue de vouloir rejoindre l'Union européenne sans parvenir à se doter d'un président.

Les bureaux ferment à 19 heures. Rien ne garantit que le verdict des urnes suffise : si aucune majorité ne réunit les quatre-vingts voix nécessaires à l'élection présidentielle, le Kosovo pourrait reprendre, à l'automne, le chemin des urnes pour la quatrième fois.