Née le 6 mars 1970 à Colombo, Harini Nireka Amarasuriya s’inscrit dans ce récit politique où l’érudition ne demeure pas longtemps à l’abri des vents du monde, mais finit, presque fatalement, par se mesurer aux forces nues de l’État et de la rue. Issue d’un pays où l’histoire contemporaine a longtemps imposé aux existences un rythme heurté—celui des crises, des fractures et des recommencements—elle grandit avec, déjà, cette attention obstinée portée aux vies ordinaires et aux lignes de faille qui les traversent. Elle fête aujourd'hui ses 56 ans.
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L’installation dans la capitale n’est pas seulement un décor : elle devient un horizon intellectuel. Harini Amarasuriya reçoit sa formation scolaire au Bishop’s College de Colombo, institution réputée, où s’apprend une discipline de l’esprit autant qu’une manière d’habiter le débat public. Elle bénéficie également d’une ouverture internationale précoce, passant une année aux États-Unis dans le cadre d’un échange scolaire—expérience qui élargit le champ, sans dissoudre l’ancrage.
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Lorsque vient le temps de choisir la continuité de ses études, l’itinéraire se déploie hors de l’île, comme si la pensée avait besoin, pour mieux revenir, d’un détour par d’autres foyers intellectuels. Grâce à une bourse du gouvernement indien, elle rejoint le Hindu College, rattaché à l’Université de Delhi, et y étudie la sociologie de 1991 à 1994, obtenant un BA (Hons). L’Inde lui offre alors un laboratoire : celui des sociétés postcoloniales en mouvement, de leurs hiérarchies visibles et de leurs tensions souterraines, où l’analyse sociale n’est jamais un simple exercice académique.
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De retour au Sri Lanka, elle s’inscrit au plus près des réalités du terrain, dans cette zone où les politiques publiques prennent chair—ou se dérobent—dans le quotidien des communautés. Elle est notamment liée à NEST, organisation sri-lankaise de santé communautaire, dont elle sera membre du conseil d’administration pendant de nombreuses années. Puis, de nouveau, l’appel des études : elle part en Australie, à l’université Macquarie (Sydney), où elle obtient un master en anthropologie appliquée et en “Development Studies”, menant un travail de recherche sur les travailleuses migrantes.
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L’Europe, ensuite, comme dernière étape d’un long polissage intellectuel. En 2011, elle soutient une thèse consacrée à la protection de l’enfance au Sri Lanka et obtient des doctorats en anthropologie sociale et en “International Health and Development”, en lien avec l’Université d’Édimbourg et la Queen Margaret University. Ce travail doctoral n’est pas un simple couronnement : il constitue une matrice, un regard structuré sur les institutions, leurs promesses, leurs angles morts—et sur ce que les sociétés exigent des plus vulnérables, tout en les abandonnant parfois.
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De retour au pays, elle s’ancre durablement dans l’université, là où se forgent les catégories qui permettent ensuite de nommer le réel. Pendant une décennie, elle enseigne comme “Senior Lecturer” en sociologie à l’Open University of Sri Lanka, tout en participant à la révision des programmes et à des responsabilités administratives. Elle siège également, à partir de 2016, au “Standing Committee on Gender Equality and Social Equity” de la University Grants Commission, signe d’un engagement institutionnel qui prend au sérieux la question des inégalités plutôt que de la laisser au rang des proclamations.
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Mais la vie académique, chez elle, ne se ferme pas sur elle-même : elle s’ouvre au tumulte collectif. Harini Amarasuriya s’implique dans l’action syndicale universitaire : secrétaire de l’Open University Teachers’ Association (2012–2013), puis à l’University Teachers’ Association—assistant secrétaire (2014–2015) et secrétaire (2016)—où elle mène campagne pour une hausse des budgets alloués à l’éducation. Chercheuse, elle publie sur la politique des élites, la dissidence, la justice sociale, les discriminations, la jeunesse, les familles monoparentales féminines, le travail des enfants, la prise en charge institutionnelle, le mariage précoce et le bien-être, autant de thèmes qui dessinent une même obsession : comprendre comment une société traite celles et ceux qu’elle rend invisibles. En 2014, elle est l’auteure principale du “National Human Development Report” du Sri Lanka et participe la même année à la rédaction de la “National Youth Policy”, inscrivant sa pensée dans des cadres où l’expertise engage des choix.
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La politique parlementaire, dès lors, n’est plus un saut mais une continuité. En août 2020, elle entre au Parlement comme “National List Member of Parliament” au nom du National People’s Power (NPP), apportant à l’hémicycle une voix façonnée par l’enquête, la pédagogie et les luttes sociales. À partir de septembre 2024, après l’élection présidentielle, elle est appelée à une responsabilité plus haute : elle devient Première ministre, au cœur d’un exécutif resserré, et assume simultanément un faisceau de portefeuilles majeurs—dont la justice, l’éducation, le travail, la santé, et d’autres secteurs clés—dans une configuration gouvernementale exceptionnelle par son étroitesse.
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La séquence électorale de 2024 grave ensuite son nom dans la mémoire politique récente. Aux élections législatives de novembre 2024, elle conduit le groupe NPP dans le district de Colombo et obtient un score record de 655?289 votes préférentiels, conquérant une légitimité populaire directe, massive, et politiquement décisive. Le 18 novembre 2024, elle est assermentée Première ministre—présentée comme la 17e à occuper cette fonction—et exerce également comme ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle.
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Son itinéraire—des salles de classe à la recherche, des comités universitaires aux lignes de front syndicales, puis aux responsabilités gouvernementales—incarne une figure rare : celle d’une intellectuelle pour qui le savoir n’est pas l’ornement du pouvoir, mais une méthode d’action, une discipline, parfois une austérité. Dans un pays où la défiance envers les anciennes pratiques politiques a nourri l’attente d’une rupture, elle apparaît comme l’une des incarnations possibles d’une exigence : gouverner sans renoncer à penser, et penser sans se dérober à gouverner.