C'est le 23 janvier 1972, dans la commune de Haro, capitale viticole de la Rioja Alta, que naît Gonzalo Capellán de Miguel. Cette date, apparemment anodine, s'inscrit dans la période crépusculaire du franquisme, annonçant une génération qui grandira avec la Transition démocratique espagnole, un moment charnière où les vieilles loyautés se transforment en nouvelles légitimités électorales. Dès ses premiers souffles, l'enfant est plongé dans une atmosphère où la chose publique est omniprésente, non pas comme une abstraction théorique, mais comme une pratique quotidienne, incarnée par la figure paternelle. Il fête aujourd'hui ses 54 ans.
L'histoire de Gonzalo ne peut se comprendre sans évoquer l'ombre tutélaire de son père, Patricio Capellán. Figure inamovible, véritable baron local, Patricio fut le maire de Haro pendant près de trois décennies. Il incarne ce conservatisme rural, enraciné, fait de proximité et de réseaux, qui constitue le socle sociologique de l'Alliance Populaire puis du Parti Populaire dans cette région du nord de l'Espagne. Le jeune Gonzalo grandit donc dans les coulisses du pouvoir municipal, observant la gestion des hommes et des dossiers, apprenant sans doute, par osmose, que la politique est avant tout une affaire de terrain et de persévérance. Cependant, là où le père tirait sa légitimité de la terre et de la tradition, le fils cherchera la sienne dans le savoir et l'analyse intellectuelle. Il s'agit là d'une évolution classique des élites européennes de la fin du XXe siècle, où l'héritier doit, pour s'affirmer, passer par l'onction universitaire.
Son parcours académique témoigne d'une volonté de s'extraire du simple atavisme familial pour construire une compétence propre. Étudiant brillant, il se tourne vers l'histoire et la géographie, disciplines qui permettent de saisir les mouvements profonds des sociétés. Il obtient son doctorat en Histoire Moderne et Contemporaine avec une thèse remarquée sur le krausisme espagnol et la figure de Gumersindo de Azcárate. Ce choix de sujet n'est pas neutre : le krausisme, courant de pensée libéral et rationaliste, a profondément marqué l'intellectualité espagnole, prônant une modernisation par l'éducation et l'éthique. En étudiant ces réformateurs, Gonzalo Capellán forge sa propre culture politique, celle d'un libéralisme tempéré, intellectuel, éloigné des excès passionnels. Devenu professeur titulaire à l'Université de La Rioja, il s'inscrit dans cette lignée d'universitaires qui ne conçoivent pas l'histoire comme un refuge, mais comme une grille de lecture du présent.
L'appel de la politique active ne tarde pourtant pas à se faire entendre, comme une force gravitationnelle irrésistible ramenant l'historien vers l'arène publique. Toutefois, son entrée ne se fait pas par la porte du combat électoral direct, mais par celle de l'administration culturelle, domaine où sa légitimité technique est incontestable. En 2003, il est nommé Directeur Général de la Culture au sein du gouvernement régional de La Rioja. C'est l'époque de l'hégémonie du Parti Populaire dans la région, sous la présidence de Pedro Sanz. Capellán y apprend les rouages de l'administration régionale, la complexité des budgets et la nécessité de traduire des idées en politiques publiques. Il n'est encore qu'un technocrate éclairé, un serviteur de l'État régional, mais il démontre une capacité d'adaptation qui ne passe pas inaperçue.
L'ascension se poursuit en 2011, une année marquée par un triomphe électoral du Parti Populaire dans toute l'Espagne. Gonzalo Capellán franchit un cap décisif en devenant Conseiller à l'Éducation, à la Culture et au Tourisme. Ce portefeuille est stratégique : il touche à la formation des esprits, à l'identité régionale et à l'économie viticole et touristique, poumon de La Rioja. Durant ce mandat, il doit gérer les contraintes de l'austérité budgétaire post-crise de 2008 tout en maintenant la cohésion du système éducatif. Son style tranche avec la rudesse de certains barons locaux ; il apporte une touche plus urbaine, plus modérée, presque britannique dans sa flegme. C'est un homme de dossier qui préfère le consensus à l'affrontement, une qualité qui sera sa marque de fabrique mais qui peut aussi être perçue comme un manque de mordant politique par les tenants d'une droite plus combattive.
Pourtant, la carrière politique est faite de flux et de reflux. En 2014, il quitte la scène régionale pour une mission diplomatique et éducative de premier plan : il est nommé Conseiller à l'Éducation auprès de l'Ambassade d'Espagne au Royaume-Uni et en Irlande. Cet "exil" londonien est fondamental dans sa biographie. Il lui permet de prendre du recul, de parfaire son profil international et de s'immerger dans une autre culture politique, celle du parlementarisme britannique, faite de débats courtois et de pragmatisme. Durant six années, jusqu'en 2020, il œuvre au rayonnement de la langue espagnole, gérant les programmes éducatifs et les relations universitaires. Cette expérience lui confère une stature d'homme d'État, capable de dialoguer au-delà des frontières de sa petite région natale. Il revient en Espagne avec une aura de compétence technocratique renforcée, mais retrouve une Université de La Rioja où il reprend ses enseignements, semblant avoir tourné la page de la politique active.
Le destin politique de Gonzalo Capellán bascule à nouveau au début des années 2020. La Rioja, fief historique de la droite, a basculé à gauche en 2019 avec l'élection de la socialiste Concha Andreu. Le Parti Populaire local est en crise, traversé par des divisions internes et des querelles de leadership qui menacent son existence même en tant que force de gouvernement. C'est dans ce contexte de déliquescence que la figure de Capellán resurgit comme une évidence. Il apparaît comme le recours idéal : un homme du sérail mais extérieur aux luttes fratricides récentes, porteur d'un nom respecté mais doté d'un CV moderne, capable de rassurer l'électorat traditionnel tout en séduisant les classes moyennes urbaines désabusées. Sa désignation comme candidat à la présidence de la région en 2022 est une opération chirurgicale de rénovation politique.
La campagne de 2023 est menée tambour battant, sur un ton de modération et de sérieux qui contraste avec la polarisation nationale. Capellán ne joue pas sur les peurs, mais sur la compétence et la nécessité de redonner à La Rioja sa stabilité perdue. Le résultat du 28 mai 2023 est sans appel : il remporte la majorité absolue, un exploit dans une Espagne fragmentée par le multipartisme. Ce triomphe valide sa stratégie du "centre large" et marque le retour de la région dans le giron conservateur, mais d'un conservatisme rénové, débarrassé des scories du passé. Son investiture en juin 2023 ouvre une nouvelle ère. Il forme un gouvernement resserré, composé de profils techniques et politiques, reflétant sa propre dualité.
Depuis son accession à la présidence, Gonzalo Capellán s'efforce de mettre en œuvre un programme axé sur la relance économique et la protection sociale. Les premières années de son mandat sont marquées par une volonté de "bonne gestion", terme cher à la droite libérale, mais qu'il teinte d'une préoccupation sociale réelle, héritage peut-être de son analyse historique des inégalités. Il met l'accent sur le renforcement des services publics, notamment la santé et l'éducation, considérés comme les piliers de l'attractivité régionale. Sa méthode de gouvernement se veut dialoguée, fuyant les polémiques stériles pour se concentrer sur les résultats tangibles. Il navigue habilement entre les exigences de son parti à Madrid et la défense des intérêts spécifiques de La Rioja, notamment en matière de financement autonome et de protection du secteur viticole, vital pour l'économie locale.
L'année 2024 et le début de 2025 ont vu le président Capellán consolider son assise. Il a su traverser les turbulences économiques nationales en maintenant le cap des investissements régionaux. Son action s'est particulièrement illustrée dans le domaine de la recherche et de l'innovation, où il a impulsé une dynamique record. En effet, conscient que l'avenir de La Rioja ne peut reposer uniquement sur l'agriculture, il a massivement soutenu les initiatives liées à la technologie et à la science, cherchant à faire de sa région un petit pôle d'excellence au nord de la péninsule. Cette vision prospective s'est concrétisée par des budgets ambitieux, brisant le plafond de verre des deux milliards d'euros, une première historique pour la communauté autonome. L'opposition, bien que critique sur certains arbitrages, peine à trouver des angles d'attaque face à un président qui occupe tout l'espace du centre et qui bénéficie d'une popularité personnelle solide, construite sur une image d'honnêteté intellectuelle et de proximité mesurée.
En ce mois de janvier 2026, alors que nous observons son action avec le recul de mi-mandat, Gonzalo Capellán apparaît comme un président installé, maîtrisant parfaitement les leviers du pouvoir régional. Les perspectives pour l'année en cours sont optimistes, portées par un budget 2025 qualifié de "spectaculaire" par son exécutif, qui met l'accent sur la santé, absorbant un tiers des ressources, et sur l'éducation. Il y a quelques jours à peine, le 14 janvier, une rencontre institutionnelle avec les directeurs de la communication du nord de l'Espagne a permis de mesurer l'importance qu'il accorde à la pédagogie de l'action publique. Pour Capellán, gouverner ne suffit pas, il faut expliquer, convaincre, tisser ce lien de confiance indispensable entre le citoyen et l'institution.
L'avenir politique de Gonzalo Capellán semble, à ce stade, dégagé. Il a réussi le pari de la succession, non pas celle de son père à la mairie de Haro, mais celle d'une certaine idée de la droite de gouvernement en Rioja. Il incarne cette synthèse, chère à René Rémond, entre la tradition orléaniste, libérale et parlementaire, et un bonapartisme régional, fondé sur l'autorité d'un chef validé par le suffrage universel direct. Son parcours, de la bibliothèque universitaire au palais du gouvernement, illustre la permanence des élites capables de se réinventer pour répondre aux défis de leur temps. En investissant massivement dans les bourses de recherche pour 2026 et en pariant sur l'intelligence de son territoire, il prépare déjà l'après, inscrivant son action non pas dans l'immédiateté du tweet, mais dans la durée de l'historien. C'est là, sans doute, sa plus grande force : avoir compris que pour écrire l'histoire, il ne suffit pas de la connaître, il faut savoir l'incarner au présent.