C’est le 12 janvier 1963 que naît Franck Leroy à Boulogne-sur-Mer. Cette date n’est pas anodine ; elle inscrit sa venue au monde au cœur des années de stabilité gaullienne, une période où la France, sortant des tourments de la décolonisation, se reconstruit sur une administration forte et une vision aménageuse du territoire. Si le Pas-de-Calais est sa terre natale, imprégnée de la culture industrielle et maritime du Nord, c’est pourtant loin des côtes de la Manche que cet homme d’État allait forger son destin. Il fête aujourd'hui ses 63 ans.
Il appartient à cette génération qui n’a pas connu les guerres coloniales mais qui a grandi avec l’idée que la puissance publique, par le droit et l’aménagement, pouvait transformer le réel. Son parcours universitaire témoigne de cette foi dans les institutions : diplômé de droit et de l’Institut d’études politiques de Paris, il s’oriente très tôt vers la chose publique, non par la tribune, mais par le dossier. C’est le cursus classique des serviteurs de l’État qui choisissent, à un moment donné, de passer de l’ombre à la lumière, de la gestion administrative à l’incarnation politique.
L’entrée dans la vie active de Franck Leroy se fait sous le signe de la discrétion et de l’apprentissage auprès de figures tutélaires. Il n’est pas de ceux qui briguent les suffrages dès leur majorité ; il est d’abord un collaborateur, une « plume », un organisateur. En 1983, il devient assistant parlementaire, mais c’est véritablement son arrivée en Champagne-Ardenne qui scelle son destin géographique et politique. Il y découvre une terre de traditions, de négoce et de modération, très éloignée des passions radicales. La Champagne est une région où le compromis est une vertu cardinale, dictée par les impératifs du commerce international du vin. Franck Leroy s’y intègre parfaitement. Il travaille d’abord à la Région, apprenant les arcanes de la décentralisation naissante, avant de devenir, en 1990, le directeur de cabinet de Bernard Stasi à la mairie d’Épernay.
Cette rencontre avec Bernard Stasi est fondamentale. Elle place Franck Leroy dans une filiation spirituelle précise : celle du centrisme social, de la démocratie chrétienne ouverte, européenne et humaniste. Stasi est une figure nationale, un homme de convictions qui a payé cher son refus des alliances contre-nature. Auprès de lui, Leroy apprend que la politique locale n’est pas une simple gestion de voirie, mais une manière d’incarner des valeurs universelles sur un territoire donné. Lorsque Stasi doit quitter ses fonctions, c’est aussi auprès de François Baroin, à Troyes, que Leroy parfait sa formation de 1996 à 2000. Il côtoie ainsi deux générations de la droite modérée : l’ancienne, issue de la Résistance et du MRP, et la nouvelle, chiraquienne et pragmatique. Il se situe, par tempérament et par formation, à la confluence de ces deux droites, ce qui, selon la typologie des familles politiques, le classerait sans doute parmi les orléanistes modernes : libéral en économie, attaché aux libertés parlementaires et locales, et méfiant envers les excès idéologiques.
L’année 2000 marque la rupture dans cette trajectoire de l’ombre. Franck Leroy succède à Bernard Stasi à la mairie d’Épernay. Le passage de témoin se fait sans heurts, dans la continuité républicaine. Devenir maire d’Épernay, c’est bien plus qu’administrer une ville moyenne de la Marne ; c’est devenir le gardien de la « Capitale du Champagne », une cité dont le nom résonne dans le monde entier. Durant plus de deux décennies, Franck Leroy va s’attacher à transformer cette ville, à la moderniser tout en préservant son patrimoine exceptionnel. Son mandat est marqué par une transformation urbaine visible, mais surtout par une vision stratégique du territoire. Il comprend très vite que l’avenir des communes passe par l’intercommunalité. Il sera l’artisan patient de la communauté d’agglomération « Épernay, Coteaux et Plaine de Champagne ». Sous sa magistrature, l’avenue de Champagne est réaménagée, et surtout, il accompagne le dossier du classement des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de l’UNESCO, obtenu en 2015. Ce succès est emblématique de sa méthode : un travail de fond, collectif, technique, qui aboutit à une reconnaissance internationale.
Sur le plan de la vie privée, Franck Leroy cultive la même discrétion que dans ses premières années professionnelles. Marié et père, il maintient une frontière étanche entre sa sphère intime et ses responsabilités publiques, une attitude qui tranche avec la "peopolisation" croissante de la vie politique au tournant du XXIe siècle. Il reste l’homme du dossier, l’avocat — profession qu’il a embrassée tardivement en 2008 — plutôt que l’homme de la mise en scène. Cette pudeur est aussi une marque de fabrique de cette droite provinciale qui considère que l’autorité ne se décrète pas par l’exposition médiatique, mais se gagne par la compétence et la durée.
L’année 2015 constitue un tournant majeur pour l’organisation territoriale de la France, et par ricochet, pour Franck Leroy. La réforme territoriale fusionne l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne pour créer le Grand Est. Cette création administrative, souvent contestée, notamment en Alsace où l’identité régionale est forte, oblige les élus à changer d’échelle. Franck Leroy, déjà conseiller régional, s’investit pleinement dans cette nouvelle entité. Il devient l’un des piliers de l’exécutif dirigé par Jean Rottner. En tant que vice-président chargé notamment des transports, il gère l’un des budgets les plus lourds et les plus stratégiques de la Région. Les transports sont le nerf de la guerre de l’aménagement du territoire : ils relient les métropoles aux zones rurales, ils permettent aux travailleurs transfrontaliers de rejoindre le Luxembourg ou l’Allemagne. Leroy s’y révèle un technicien hors pair, négociant avec la SNCF, poussant à l’ouverture à la concurrence pour améliorer le service, et défendant les petites lignes.
Sa position au sein du Conseil régional est celle d’un numéro deux loyal et efficace. Il n’apparaît pas comme un rival pour Jean Rottner, mais comme un complément indispensable. Rottner, l’urgentiste alsacien, médiatique et tranchant ; Leroy, l’avocat champenois, calme et consensuel. Pourtant, la politique réserve toujours des surprises, ces événements imprévus qui, comme l’histoire l’a souvent montré, bousculent les hiérarchies établies. En décembre 2022, Jean Rottner annonce sa démission surprise de la présidence de la Région pour des raisons personnelles et professionnelles. Le choc est rude pour la majorité régionale. Il faut un successeur capable de maintenir l’unité d’un territoire immense et hétéroclite, de rassurer les Alsaciens inquiets pour leur statut, et de poursuivre les chantiers engagés.
C’est tout naturellement vers Franck Leroy que les regards se tournent. Le 13 janvier 2023, il est élu président du Conseil régional du Grand Est. Cette élection consacre la victoire du « notable » au sens noble du terme : celui qui a fait ses preuves à tous les échelons, de la mairie à l’agglomération, puis à la vice-présidence régionale. Son discours d’investiture est à son image : sobre, pragmatique, tourné vers l’action. Il ne cherche pas à imiter le style de son prédécesseur. Il impose sa propre marque, faite d’écoute et de dialogue. Il se définit lui-même comme un homme de consensus, refusant les postures politiciennes stériles. Bien qu’issu de la droite (UDI, puis divers droite), il entretient des relations constructives avec le pouvoir central, incarnant cette volonté de dépasser les clivages partisans pour l’intérêt du territoire, une démarche qui le rapproche des positions d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe.
Depuis son accession à la présidence, Franck Leroy s’attelle à consolider l’identité du Grand Est. Il sait que cette région est une construction administrative qui doit encore devenir une réalité affective pour ses habitants. Pour cela, il mise sur des politiques concrètes. La transition écologique est au cœur de son action, non par idéologie punitive, mais par pragmatisme économique. Il soutient la bioéconomie, dont le Grand Est est un leader européen, et investit massivement dans les lycées et la formation professionnelle. Mais c’est sur le dossier des transports qu’il imprime le plus sa marque. Il est convaincu que le train est l’avenir de la mobilité régionale. Il se bat pour la qualité du service ferroviaire, n’hésitant pas à suspendre les paiements à la SNCF lorsque la régularité n’est pas au rendez-vous, geste d’autorité qui renforce sa crédibilité auprès des usagers excédés.
En juin 2024, sa stature nationale se confirme lorsqu’il est nommé président de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFIT France). Cette nomination n’est pas seulement honorifique ; elle place le président du Grand Est au cœur du réacteur des investissements nationaux. Elle reconnaît son expertise en la matière et lui donne un levier puissant pour peser sur les grands arbitrages de l’État. C’est la reconnaissance que le pouvoir, en France, ne réside plus uniquement à Paris, mais aussi dans ces grandes baronnies régionales qui ont su développer une ingénierie politique et technique de haut niveau. Franck Leroy incarne cette décentralisation mature, où les élus locaux ne sont plus des solliciteurs, mais des partenaires, voire des contre-pouvoirs constructifs face à l’État central.
L’année 2025 aura été marquée par une autre étape importante de son affirmation politique : son élection à la présidence de l’Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) en mars. Pour l’ancien maire d’Épernay, c’est un retour aux sources, une manière de lier son destin régional à l’histoire viticole qui a façonné sa carrière. Cela lui permet aussi de porter la voix des terroirs viticoles à Bruxelles, dans une Europe où les normes agricoles sont souvent vécues comme des contraintes par les producteurs. Franck Leroy y défend une viticulture durable mais économiquement viable, fidèle à sa ligne de conduite libérale-sociale.
Nous voici donc au 9 janvier 2026. Franck Leroy préside aux destinées du Grand Est depuis trois ans maintenant. La région a changé. Les tensions initiales entre les anciennes entités se sont apaisées, diluées dans la gestion quotidienne des projets communs, même si la question de l’autonomie alsacienne reste un bruit de fond que le président gère avec diplomatie. La réouverture de lignes ferroviaires comme celle de Nancy-Contrexéville est devenue le symbole de sa présidence : recoudre les territoires, lutter contre le sentiment d’abandon de la France périphérique. En ce début d’année 2026, alors que les défis budgétaires s’accumulent pour les collectivités locales face à un État endetté qui cherche à réduire ses dotations, Franck Leroy fait figure de pôle de stabilité.
Il n’est pas devenu un tribun populiste, ni une star des réseaux sociaux. Il est resté cet homme de dossiers, ce juriste rigoureux, cet élu de terrain qui connaît le prix du mètre carré de vigne et le coût d’un kilomètre de voie ferrée. Son parcours illustre la persistance, dans la vie politique française, d’une tradition tempérée, celle des notables administrateurs qui, loin des éclats de voix de l’Assemblée nationale, font tourner la machine administrative et assurent la continuité du service public. À l’heure où les extrêmes polarisent le débat public, la trajectoire de Franck Leroy rappelle que la politique est aussi, et peut-être surtout, l’art du possible et de la gestion de la cité sur le temps long. En ce 9 janvier 2026, il continue de parcourir cette immense région, de Strasbourg à Reims, de Troyes à Metz, tissant inlassablement les liens qui font d’un découpage administratif une communauté de destin. Son histoire n’est pas celle d’une conquête brutale, mais d’une sédimentation patiente, à l’image des sols de cette Champagne qu’il a tant servie.