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MACAO - LÉGISLATIVES DU 14 SEPTEMBRE

Élections sous contrôle : Macao face à son avenir

MACAO - LÉGISLATIVES DU 14 SEPTEMBRE

Un scrutin sous surveillance patriote

Lors de ce 14 septembre 2025, Macao n'organisera pas une simple élection. La campagne se déroule dans la ville-casinos, où la législature comprend 33 sièges : 14 sont attribués au suffrage direct, 12 par les constituantes professionnelles et 7 sont désignés par le chef de l'exécutif. Au début de l'été, 84 candidats répartis en huit listes avaient déclaré leur intention d'entrer en lice. En juillet, la Commission pour la sauvegarde de la sécurité nationale (CSNS), présidée par Ho Iat Seng, a éliminé deux listes entières jugées insuffisamment patriotes, laissant seulement six listes en compétition. Cette commission, créée en 2020 et rattachée au Bureau de liaison de Pékin, dispose d'un pouvoir sans appel pour évaluer la "loyauté" et refuser toute candidature.

La révision de la loi électorale adoptée en 2024 encadre ce scrutin. Désormais, tout candidat doit signer une déclaration de loyauté envers la Basic Law et jurer de défendre le système de Macao. Les amendements interdisent de porter des vêtements ou de brandir des banderoles jugées "provocatrices" au parlement et prohibent la divulgation des délibérations des commissions. Un article punit l'incitation à l'abstention ou au vote blanc et rappelle que le vote est un devoir, non un droit facultatif. Dans la presse locale, des hauts fonctionnaires expliquent que ces mesures empêchent l'ingérence étrangère et garantissent la stabilité. Les fonctionnaires de l'administration ont reçu des instructions pour aller voter, et les médias officiels insistent sur la nécessité de participer.

L'atmosphère de la campagne s'en ressent. Les listes disqualifiées avaient promis davantage d'emplois et de formation pour les travailleurs non liés aux casinos et s'étaient montrées critiques envers certaines politiques sociales. Leur exclusion rappelle celle de 2021, lorsque toutes les listes non alignées furent écartées et que les partis pro-Pékin remportèrent les 14 sièges, entraînant un taux de participation historiquement bas de 42,38% et des milliers de bulletins blancs ou invalides. En 2025, la commission électorale espère un meilleur score et vante la reprise touristique et les aides financières. Les sondages indépendants demeurent inexistants : l'opinion publique circule surtout sur les réseaux sociaux, sous la surveillance constante des autorités.

Le calendrier officiel de la campagne est réduit à douze jours, du 1er au 12 septembre. Pendant cette période, chaque liste peut distribuer des tracts, organiser des réunions et bénéficier d'un temps d'antenne strictement réparti. La veille et le jour du scrutin, toute publicité est interdite. Le non-respect des règles entraîne des amendes, voire l'invalidation du résultat. La commission insiste sur le respect de la "harmonie sociale" : les rassemblements sont surveillés, les articles critiques rapidement retirés et les commentaires sur la loyauté des candidats modérés. Les sondages indépendants sont inexistants en raison du poids de l'administration et de la difficulté à mesurer un électorat silencieux.

Dans ce contexte, beaucoup d'habitants se demandent quelle marge d'autonomie il leur reste. Depuis la rétrocession de 1999, le principe "un pays, deux systèmes" promettait de préserver les libertés civiles et l'ordre juridique. Vingt-cinq ans plus tard, l'équilibre s'est déplacé vers la sécurité et la loyauté. La CSNS, investie d'un rôle politique, acte un retour sous l'aile de Pékin. Les partisans de cette orientation soulignent que Macao a échappé aux troubles ayant secoué Hong Kong et que la priorité est la relance économique après la pandémie. Les critiques estiment au contraire que la légitimité de l'Assemblée pâtira de l'absence d'opposition et que l'injonction à voter relève davantage d'une mise en scène que d'une véritable consultation.

En septembre, les électeurs devront donc trancher entre six listes toutes alignées sur le mot d'ordre "amour de la patrie et de Macao". La plupart d'entre eux n'ont jamais connu de pluralisme politique. Dans les quartiers périphériques, des affiches montrent des candidats souriants promettant des logements abordables, des aides familiales et un développement économique. Dans les cafés du centre historique, certains discutent de la possibilité de voter blanc en signe de protestation malgré la menace de sanctions. D'autres, désabusés par l'absence d'alternative, songent à ne pas se déplacer. L'élection du 14 septembre, placée sous surveillance patriotique, ne changera pas la couleur politique de l'Assemblée mais révélera si les Macanais acceptent ou rejettent ce nouveau contrat social où la stabilité prime sur la diversité. Seule certitude : les casinos continueront de briller tandis que le pluralisme s'estompe.

 

Des listes à l'heure des choix

Au coeur de cette élection se trouvent six listes. La plus ancienne, l'Association des citoyens unis de Macao (ACUM), est l'outil électoral de la communauté fujianaise et de l'Alliance pour le progrès de Macao. Ses dix candidats, dont la députée sortante Song Pek Kei et son colistier Nick Lei, promettent de créer un fonds d'investissement dont les dividendes seraient versés à tous les résidents, de relancer les subventions de consommation, de rendre permanent le partage de la richesse, d'exiger que l'industrie du jeu emploie au moins 85% de locaux, de mettre en place une assurance santé universelle et d'augmenter la subvention aux seniors à 15 000 patacas.

Face à eux, la liste Nouvelle Esperance, dirigée par Jose Pereira Coutinho, défend un programme plus volontariste. Ses seize propositions incluent l'attribution d'un logement public à chaque résident, la priorité d'embauche pour les locaux, l'extension de l'allocation chômage à 120 jours, des sanctions contre les licenciements abusifs, une hausse de 10% du salaire minimum chaque année, une distribution annuelle de 15 000 patacas, une carte électronique de 10 000 patacas, la gratuité des soins primaires et des études universitaires, une extension du congé maternité à 90 jours et des mesures pour améliorer les conditions de travail dans les casinos. Coutinho promet aussi de rendre les commissions parlementaires transparentes.

L'Union pour la promotion du progrès (UPP) place la diversification économique au coeur de son discours. Dirigée par l'ingénieur Leong Hong Sai et le banquier Ngan Iek Hang, son manifeste propose de moderniser les infrastructures, de renouveler les quartiers anciens, d'améliorer le réseau de transport, de soutenir les PME et d'encourager les industries émergentes pour créer des emplois de qualité. UPP souligne la nécessité d'équilibrer la croissance avec la protection des travailleurs.

L'Alliance pour un foyer heureux met l'accent sur la famille. Ses candidats, en majorité trentenaires, veulent relever la prime de naissance à 20 000 patacas, prolonger la subvention de garde d'enfants jusqu'à six ans, allonger le congé maternité à 90 jours et instaurer dix jours de congé de paternité. Ils proposent aussi de revaloriser les pensions, les prestations de handicap et l'allocation des aidants familiaux, de soutenir les familles multigénérationnelles et de créer des zones commerciales conviviales.

L'Union Macao-Guangdong (UMG) défend l'intégration régionale. Sous le slogan "Un Macao plus heureux", elle décline un programme en cinq axes : vivacité économique, niveau de vie durable, coopération régionale, espoir pour la jeunesse et meilleure gouvernance. Elle propose d'indexer les pensions sur le coût de la vie, d'augmenter les allocations aux personnes âgées, d'étendre la portabilité des prestations sociales avec le continent, de réduire les temps d'attente dans les hôpitaux, d'instaurer une subvention mensuelle de 5 000 patacas pendant dix-huit mois pour l'emploi des jeunes et de réduire les primes d'assurance des véhicules transfrontaliers. UMG mise sur la coopération avec le Guangdong et la zone de Hengqin pour attirer des entreprises.

L'Union pour le développement (UPD), affiliée à la Fédération syndicale, présente douze candidats et s'adresse aux travailleurs. Ses leaders Ella Lei et Leong Sun Iok rappellent que leur mouvement a remporté au moins un siège à chaque élection depuis 1992. Le programme vise à diversifier l'économie, à améliorer le bien-être des résidents, à promouvoir la formation des jeunes et à créer des emplois durables. Il réclame des subventions de logement plus élevées et des réglementations pour protéger les conditions de travail.

Deux listes supplémentaires ont été interdites : Macao Creant la Force pour les moyens d'existence, qui plaidait pour l'emploi local, la formation professionnelle et des logements publics, et Synergie de Macao, qui prônait le soutien aux PME et la rigueur budgétaire. Leur disqualification pour manque de loyauté laisse un spectre plus homogène. ACUM repose sur son ancrage communautaire pour séduire la base fujianaise tandis que Nouvelle Esperance cherche un électorat plus large et multilingue. UPP et l'Alliance pour un foyer heureux ciblent la classe moyenne et les familles urbaines, tandis que UMG séduit les partisans de l'intégration régionale et que l'UPD se veut la voix des travailleurs. Six listes encore en lice se différencient par leurs priorités sociales mais convergent sur la nécessité de respecter la ligne officielle. Les électeurs devront donc arbitrer entre les programmes de redistribution, de soutien familial, d'intégration régionale et de diversification économique, en sachant que toutes les options restent inscrites dans un cadre patriote.

 

Une campagne sans tumulte

Au debut de septembre, la ville est recouverte d'affiches. La campagne officielle dure seulement douze jours, du 1er au 12 septembre. Elle est reglee a la minute : l'ordre des listes est tire au sort (ACUM, Nouvelle Esperance, UPP, UMG, UPD, Alliance pour un foyer heureux), la publicite est interdite la veille du vote et la television publique repartit equitablement les interventions.

Cette brievete reflete l'obsession de preserver la stabilite. La loi n° 9/2025 interdit banderoles et vetements "provocateurs", impose aux elus de signer une declaration de loyaute et leur defend de reveler les discussions des commissions. Lors du premier debat, ACUM a salue cette loi comme un outil de discipline, tandis que Jose Pereira Coutinho a denonce un recul de la transparence. La dispute a montre le fosse entre ceux qui privilegient la loyaute et ceux qui reclament des assemblees publiques.

Les themes de campagne, eux, se ressemblent. ACUM veut creer un fonds pour redistribuer des dividendes a chaque resident ; Nouvelle Esperance propose un logement public garanti et une hausse reguliere du salaire minimum ; UPP milite pour des transports modernes et des industries diversifiees ; l'Alliance pour un foyer heureux defend des conges parentaux plus longs ; UMG mise sur la cooperation avec la province du Guangdong ; UPD insiste sur les droits des travailleurs. Tous evoquent le cout du logement, le chomage des jeunes, la protection sociale et la necessite de sortir de la dependance aux casinos. Personne ne s'ecarte du slogan "amour de la patrie et de Macao".

La conjoncture economique nourrit ces promesses. En juillet, le budget revise pour 2025 a reduit les previsions des recettes des jeux de 240 a 228 milliards de patacas et abaisse les taxes attendues a 79,8 milliards. Cette baisse reflete une reprise plus lente que prevu. Les candidats y voient la preuve que la diversification ne peut plus attendre. UPP et UMG parlent de developper Hengqin en zone technologique, Nouvelle Esperance veut investir dans la sante et l'education, l'Alliance pour un foyer heureux et UPD souhaitent renforcer les politiques familiales. La campagne se deroule egalement sur fond de relance touristique, de reprise des flux de visiteurs chinois et de construction du metro leger ; certains candidats promettent de creer de nouveaux itineraires de transport et de soutenir les commercants des vieux quartiers pour preserver le patrimoine. Mais tous reconnaissent que le principal levier fiscal reste le casino, dont les profits sont decides a Pekin.

Le role de la Chine continentale est omnipresent. Les affiches officielles clament que "les patriotes administrent Macao" et la Commission pour la sauvegarde de la securite nationale a deja elimine deux listes pour manque de loyaute. Les deputes Ron Lam et Jose Pereira Coutinho critiquent l'obligation de signer des declarations de fidelite et le secret impose aux travaux, mais leurs propos sont marginalises. Le gouvernement defend ces mesures comme des remparts contre l'ingerence etrangere. Pour beaucoup de Macanais, traumatises par les troubles de Hong Kong, l'argument est convaincant.

Pour autant, le souvenir de 2021 plane. Ce scrutin marquait l'elimination des listes non alignees et a vu la participation chuter a 42,38% avec des milliers de bulletins blancs. La gouvernement appelle a voter en rappelant que c'est un devoir civique et que l'incitation a l'abstention est passible de sanctions. Des associations organisent des navettes pour les seniors et les candidats multiplient les promesses pour convaincre les jeunes. Mais sur les reseaux sociaux, certains declarent qu'ils glisseront un bulletin blanc pour exprimer leur desillusion, tandis que d'autres acceptent de participer par pragmatisme.

Ce qui frappe, enfin, c'est le contraste entre le discours social et la realite politique. Macao est l'une des villes les plus riches du monde, mais les loyers flambent, le marche du travail est polarise et la pauvrete des travailleurs migrants reste invisible. Les listes rivalisent de projets sociaux dans un paysage ou la loyaute politique conditionne la candidature et ou l'election ne remet pas en cause l'alliance avec Pekin. Des analystes locaux remarquent que la gestion des recettes par Pekin limite la marge de manoeuvre budgetaire et que les promesses sociales ne seront tenables que si l'economie du jeu reste florissante. Le 14 septembre, les habitants voteront plus pour exprimer leur niveau de confiance dans ce contrat social que pour trancher entre des visions opposees.

 

Histoire et puissance centrale : le cadrage de Pekin

A la suite de la retrocession de 1999, Macao a obtenu une autonomie partielle sous le principe "un pays, deux systemes". L'Assemblee legislative comprend 33 membres dont seulement 14 sont elus par la population, tandis que 12 proviennent des associations professionnelles et 7 sont nommes par le chef de l'executif. Pendant deux decennies, ce modele a assure la predominance des milieux d'affaires et un debat public limite.

Le processus s'est durci en 2021. Tous les candidats juges non patriotes ont ete disqualifies ; les sieges ont ete remportes par des listes pro-establishment et la participation a chute a 42,38% avec un nombre record de bulletins blancs. Cette etape a marque la fin de l'opposition tolee et a introduit la notion de loyaute obligatoire.

En 2024, la loi electorale a ete renforcee. Les candidats doivent signer une declaration de fidelite a la Basic Law et jurer de defendre la ville. Le Comite pour la sauvegarde de la securite nationale (CSNS), dirige par le chef de l'executif et compose de representants de Pekin, a ete investi du pouvoir de valider ou d'annuler les candidatures sans appel. La nouvelle loi interdit de faire campagne pour l'abstention ou le vote blanc, bannit les banderoles et vetements juges offensants et impose aux elus de garder secrets les debats des commissions. Ces mesures, expliquent les autorites, servent a empecher l'ingerence etrangere et a preserver l'ordre.

Les medias proches du pouvoir insistent depuis lors sur le principe "les patriotes gouvernent Macao", arguant qu'il garantit la stabilite et la prosperite. Les editoriaux affirment que les decisions du CSNS sont legales et irrevocables. Les critiques, peu relayees, estiment qu'une telle interpretation restreint la liberte d'expression et la capacite de debat. Aucune instance judiciaire ne peut contester les decisions du CSNS, ce qui renforce le controle central.

La politique de loyaute a ete illustree en juillet 2025 : deux listes ont ete disqualifiees et douze candidats exclus pour manque d'allegeance. Il ne reste donc que six listes, toutes alignees sur la ligne pro-Pekin. Les formations interdites portaient des revendications socio-economiques (emploi local, formation, transparence budgetaire), montrant que toute critique peut etre interpretee comme antipatriote. Cette filtration reduit la pluralite et envoie un signal clair : l'offre electorale est decidee en amont.

Le systeme institutionnel de Macao favorise deja les elites et les secteurs professionnels. Les sieges indirects representant le commerce, l'industrie, le travail, les services sociaux, la culture et l'education donnent un poids considerable aux associations proches de Pekin. Les sept nominations par le chef de l'executif completent ce controle. L'extension des pouvoirs du CSNS confere au gouvernement local, en coordination avec le Bureau de liaison de Pekin, une mainmise quasi totale sur le processus electoral.

Cette recentralisation s'inscrit dans une strategie plus large d'integration a la Grande Baie. Pekin encourage Macao a diversifier son economie au-dela des casinos