Aujourd'hui 2 mai 2025, Édouard Balladur est âgé de 96 ans.
Édouard Balladur est né le 2 mai 1929 à Smyrne (aujourd'hui Izmir, en Turquie), dans une famille d'origine arménienne catholique ayant fui les persécutions et les conséquences du génocide arménien au début du XXème siècle. Son père était commerçant et la famille était francophile, ce qui les conduit à s'installer en France au début des années 1930. Installée à Marseille, puis à Paris, la famille Balladur obtient la nationalité française en 1938. Cette intégration réussie marque dès l'enfance l'attachement d'Édouard Balladur aux valeurs républicaines françaises.
Il effectue de brillantes études au lycée Stanislas à Paris, un établissement catholique exigeant où il se distingue par son goût pour l’histoire, la philosophie et les lettres classiques. Brillant élève, il y forge une rigueur intellectuelle et une discipline de travail qui marqueront toute sa carrière. Il poursuit ses études à Sciences Po, où il se passionne pour les questions institutionnelles, l’économie publique et la sociologie politique. Il y noue aussi ses premiers liens avec les milieux administratifs et politiques parisiens. Après avoir réussi le concours d’entrée, il intègre l’École nationale d'administration (ENA), dont il sort en 1957 dans la promotion "France combattante". Cette formation d’excellence le prépare aux plus hautes fonctions de l’administration française. Il rejoint alors le Conseil d’État, où il fait rapidement preuve de grandes qualités juridiques et administratives, se forgeant une réputation de haut fonctionnaire compétent, discret et efficace.
Sa carrière politique commence véritablement lorsqu'il devient collaborateur de Georges Pompidou, alors Premier ministre du général de Gaulle. Il joue un rôle essentiel dans la coordination des dossiers gouvernementaux et dans les relations entre Matignon et l'Élysée. De 1969 à 1974, lorsque Pompidou devient président de la République, Balladur est nommé secrétaire général adjoint de l'Élysée, puis devient rapidement son directeur de cabinet. Dans ce poste-clé, il supervise la stratégie politique, pilote les arbitrages interministériels et veille à la cohérence de l'action gouvernementale. Proche confident du chef de l'État, il agit en coulisses pour gérer les tensions entre les courants de la majorité, conseiller le président sur les grandes orientations économiques et sociétales, et maintenir l'équilibre entre modernisation et continuité gaulliste. Cette période forge son rôle de stratège politique et d’homme de l’ombre influent, reconnu pour sa discrétion, sa méthode et son sens aigu des institutions.
Pendant quelques années, Balladur quitte la scène politique active pour rejoindre le secteur privé. Il intègre la banque Paribas, où il occupe des fonctions de direction au sein du département des affaires internationales. Cette expérience dans la haute finance lui permet d'approfondir sa connaissance des mécanismes économiques mondiaux, de se familiariser avec les enjeux du marché et d'élargir son réseau dans les cercles d'influence économiques. Son profil de haut fonctionnaire compétent et de technocrate expérimenté attire de nouveau l'attention des responsables politiques dans un contexte marqué par l'alternance. À partir du début des années 1980, il reprend progressivement pied dans les affaires publiques, publiant des tribunes et conseillant discrètement plusieurs leaders de la droite. En 1986, dans un contexte de cohabitation, il est élu député de Paris sous l'étiquette RPR. Peu après, Jacques Chirac le nomme ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation, lui confiant un portefeuille clé dans un gouvernement chargé de mettre en place les premières grandes réformes économiques libérales de la V° République.
En tant que ministre, il joue un rôle crucial dans les grandes opérations de privatisation qui marquent le virage libéral de la France dans les années 1980. Sous son impulsion, plusieurs entreprises publiques emblématiques sont cédées au secteur privé : Saint-Gobain, Suez, la Compagnie Générale d'Électricité (CGE), TF1, ou encore la Société Générale. Il mène ces opérations avec une méthode rigoureuse, mettant en place un cadre législatif et financier permettant de garantir la transparence des transactions tout en favorisant l'actionnariat populaire. Balladur entend ainsi moderniser l'économie française, réduire la présence de l'État dans les secteurs concurrentiels, et renforcer la compétitivité des entreprises. Sa gestion est saluée par les milieux d'affaires pour son orthodoxie budgétaire, son souci de réduction du déficit public et sa volonté de restaurer la confiance des marchés. Toutefois, ses choix sont vivement critiqués à gauche, qui dénonce une politique désengageant l’État de secteurs stratégiques et aggravant les inégalités. Balladur reste cependant fermement convaincu que ces réformes sont nécessaires pour préparer la France à l'ouverture des marchés européens et à la mondialisation naissante.
En 1993, dans un contexte de nouvelle cohabitation, il est nommé Premier ministre par François Mitterrand. Il constitue alors un gouvernement composé de nombreuses figures du RPR et de l'UDF, comme Alain Juppé, Nicolas Sarkozy ou François Bayrou. Confronté à une dette publique croissante et à un chômage de masse, Balladur met en œuvre une politique de rigueur budgétaire et de redressement économique. Il s’attelle à la réduction du déficit, au contrôle des dépenses de l’État, et à la modernisation de l’administration. Il engage également des réformes sur la Sécurité sociale et la politique de la ville, tout en essayant de maintenir la cohésion sociale.
Sous son mandat, il adopte une posture de chef de gouvernement serein, réservé, présentant ses choix comme pragmatiques et nécessaires. Dans un discours de 1994, il déclare : « Il n’y a pas d’autre voie que celle de la responsabilité et de la vérité », résumant ainsi sa conception exigeante mais résolue de l’action publique. Face aux critiques de la gauche comme des syndicats, il conserve un ton mesuré, affirmant en Conseil des ministres : « Nous devons gouverner avec calme, sans céder à l’urgence ni aux passions ».
Cette ligne de conduite ferme mais pondérée, et une image d’homme d’État respecté et rassurant, lui valent une forte popularité dans les sondages. Porté par cette dynamique, et soutenu par une partie de la droite et des centristes, il se décide à se présenter à l'élection présidentielle de 1995. Le 18 janvier 1995, dans une déclaration solennelle à la télévision depuis Matignon, il annonce sa candidature en ces termes : « J'ai décidé d'être candidat à la présidence de la République parce que je crois que la France a besoin d'une autorité tranquille, d'une volonté ferme et d'un projet clair. » Il y expose les grands axes de sa vision pour le pays : poursuite de la modernisation économique, renforcement de l'autorité de l'État et maintien de la cohésion nationale dans une Europe en mutation. Cette candidature marque une nouvelle étape dans sa trajectoire, symbolisant l'ambition de prolonger, au plus haut niveau, son action engagée depuis Matignon.
Sa candidature, pourtant non soutenue par Jacques Chirac, son ami et allié de longue date, provoque une rupture définitive entre les deux hommes. Chirac, qui se sent trahi, déclare publiquement : « On ne trahit pas trente ans d’amitié impunément », scellant la fin d'une relation politique fondée sur une longue complicité.
La campagne d’Édouard Balladur, fortement médiatisée, est marquée par une image de compétence, de sérénité et de continuité. Il est soutenu par plusieurs poids lourds de la droite, dont Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, et fait campagne sur son bilan de Premier ministre. Toutefois, sa posture jugée trop distante, son refus des grandes manifestations populaires et sa confiance excessive dans les sondages lui aliènent une partie de l'électorat populaire. En outre, Chirac mène une campagne plus dynamique, axée sur le "fracture sociale", qui séduit les classes moyennes et les milieux populaires.
Le 23 avril 1995, édouard Balladur termine troisième du premier tour de l’élection présidentielle avec 18,58 % des voix, derrière Lionel Jospin (23,30 %) et Jacques Chirac (20,84 %).
Au soir du premier tour, dans une déclaration télévisée, il reconnaît sa défaite et appelle ses partisans à la dignité : « Je vous demande de ne pas huer, de ne pas siffler, de respecter ceux qui ont voté autrement. C'est cela aussi, la démocratie. » Visiblement agacé par les réactions houleuses de certains de ses soutiens, il lance également une phrase devenue célèbre : « Je vous demande de vous arrêter ! », marquant la soirée d’une tonalité solennelle et digne dans la défaite.
Après 1995, Balladur reste député mais s'efface progressivement de la scène politique nationale. Il préside plusieurs commissions, notamment sur la réforme des institutions (Commission Balladur en 2007-2008), et intervient ponctuellement dans le débat public, toujours avec une tonalité sobre et réfléchie.
Sur le plan personnel, Édouard Balladur est marié à Marie-Josèphe Delacour, avec qui il a quatre enfants. Discret sur sa vie privée, il est souvent décrit comme un homme réservé, cultivé et attaché aux valeurs traditionnelles.
Sa carrière politique a été marquée par un style très technocratique, une grande rigueur morale et une volonté d’équilibre entre modernité et continuité. Figure de la droite modérée, Balladur reste, pour beaucoup, l’incarnation d’une certaine idée de l’État et du service public, même si son image a aussi été ternie par des affaires judiciaires liées au financement de campagnes ou à des ventes d'armes, dont il a toutefois toujours nié les accusations.
Aujourd’hui retiré de la vie publique, Édouard Balladur vit dans la discrétion. Son influence demeure importante dans les cercles gaullistes et auprès de ceux qui ont partagé avec lui les débats fondamentaux de la V° République.