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ANNIVERSAIRE

Jean II, 714 ans, le Roi captif

ANNIVERSAIRE

Aujourd'hui 16 avril 2025 marque le 714ème anniversaire de la naissance de Jean II le Bon, né en 1319. Roi de France de 1350 à 1364, il incarne une figure emblématique du Moyen Âge marquée par la Guerre de Cent Ans, les transformations féodales, les crises politiques et les mutations de la monarchie française.

Jean naît le 26 avril 1319 à la cité royale du château de Guéret (selon certaines sources), fils du roi Philippe VI de Valois et de Jeanne de Bourgogne. Dès son plus jeune âge, Jean est immergé dans les traditions féodales et le protocole de la cour royale. Il grandit entre plusieurs résidences princières, notamment à Vincennes et à la cour itinérante de son père, où il est confronté aux enjeux politiques complexes de la monarchie.

Son père, Philippe VI, tout juste monté sur le trône en 1328, veille à offrir à son fils une éducation digne d'un futur souverain. Jean bénéficie des enseignements de grands clercs et précepteurs de son temps, qui lui inculquent les rudiments du latin, de la rhétorique, de la théologie et du droit féodal. En parallèle, il est formé aux arts de la guerre, aux usages de la chevalerie, à la chasse, au maniement des armes et aux joutes, épreuves incontournables de la noblesse de l'époque.

Jean est décrit comme un enfant réservé mais volontaire, marqué par un profond sens de l'honneur. La figure de sa mère, Jeanne de Bourgogne, femme pieuse et instruite, exerce une grande influence morale sur lui. Les tensions politiques grandissantes avec l'Angleterre, les rivalités entre fiefs français, et les prémices de la Guerre de Cent Ans créent autour de lui un climat d'incertitude qui façonnera sa vision de la royauté.

Cette enfance, partagée entre formation militaire, devoirs religieux, et observation des intrigues de cour, prépare Jean à assumer très tôt des responsabilités politiques. Elle contribue à forger une personnalité mélangeant la rigueur, la fidélité aux valeurs chevaleresques et une certaine méfiance envers les puissances extérieures, qui marqueront plus tard sa manière de gouverner.

En 1332, à seulement 13 ans, Jean est marié à Bonne de Luxembourg, fille de Jean l'Aveugle, roi de Bohême. Ce mariage revêt une importance diplomatique considérable, car il scelle l'alliance entre la maison de Valois et l'une des grandes puissances de l'Europe centrale, le Saint-Empire romain germanique. Bonne est une princesse cultivée, raffinée et très influencée par la culture courtoise. Elle introduit à la cour de France des usages empruntés à la noblesse d'Europe centrale, contribuant au rayonnement culturel de la monarchie française.

Le couple, quoique formé très jeune, entretient une relation affectueuse et stable. De cette union naissent dix enfants, parmi lesquels le futur Charles V, dit "le Sage", qui jouera un rôle majeur dans la restauration de l'autorité royale. Les autres enfants occuperont aussi des places stratégiques dans le royaume et en Europe. Par cette descendance nombreuse et politiquement bien positionnée, la famille royale consolide sa présence sur l'échiquier européen, assurant à la dynastie une continuité héréditaire et un réseau d'alliances déterminant pour les décennies à venir.

Jean devient dauphin en 1337 et est couronné roi en 1350 à la mort de son père. La cérémonie de son sacre se déroule à Reims, selon la tradition capétienne, dans la cathédrale où les rois de France sont oints du saint chrême. Lors de cette journée solennelle, Jean prononce ces mots restés célèbres : « Par la volonté de Dieu et pour le salut du royaume, je porterai la couronne en fidélité aux lois de mes aïeux et en défense du peuple français. »

Son règne, entamé dans un climat de crise militaire et économique, est marqué par des événements tragiques et décisifs pour le royaume de France. L’un des faits majeurs de son règne est la bataille de Poitiers, survenue le 19 septembre 1356. Cette bataille oppose les troupes françaises, dirigées personnellement par Jean II, à celles du Prince Noir, fils du roi d'Angleterre Édouard III. Les Français, mal organisés et surestimant leur supériorité numérique, affrontent une armée anglaise aguerrie, bien positionnée et appuyée par des archers redoutables.

Malgré plusieurs charges de la chevalerie française, les lignes anglaises résistent grâce à une stratégie défensive efficace, utilisant les archers à l'arc long pour harceler les assaillants. L'armée française se disloque rapidement. Jean II, refusant de fuir, combat vaillamment au cœur de la mêlée avec son fils Philippe le Hardi à ses côtés. Encerclé, il se rend avec dignité après une lutte acharnée, confiant son épée à Denis de Morbecque, un chevalier français au service des Anglais.

Cette capture provoque un véritable choc en France : le roi prisonnier, la noblesse décimée, les caisses vides. Jean est conduit à Londres, où il sera retenu pendant plusieurs années, marquant une profonde crise de l'autorité royale et un tournant dans la Guerre de Cent Ans.

Durant sa captivité, le royaume est gouverné par le dauphin Charles, futur Charles V, qui tente de maintenir l'ordre et de contenir la pression fiscale et sociale engendrée par la guerre. Jean, bien qu'éloigné, continue de jouer un rôle politique à distance, entretenant une correspondance active avec son fils et ses conseillers, donnant son aval sur certaines décisions diplomatiques et militaires.

En 1360, Jean signe le traité de Brétigny, un compromis difficile avec Édouard III d'Angleterre. Par ce traité, il cède des territoires majeurs comme la Guyenne, le Poitou et le Limousin, en échange de sa libération et d'une suspension des hostilités. La rançon imposée est colossale : 3 millions d'écus d'or, un fardeau pour un royaume déjà ruiné.

Libéré la même année, Jean retrouve un royaume affaibli. Il entreprend alors de redonner un élan à la monarchie en engageant des réformes administratives et fiscales, mais leur application reste difficile face à la résistance des grands seigneurs et des villes. En 1364, alors que son fils Louis d'Anjou, remis comme otage à sa place pour garantir le paiement de la rançon, s'évade de Londres, Jean est frappé d'un profond dilemme moral. Fidèle aux idéaux de la chevalerie et à sa parole donnée, il décide de retourner volontairement en captivité, estimant que l'honneur royal ne peut être entaché.

Ce geste, salué par ses contemporains comme preuve de noblesse d'âme, scelle son destin. Installé au palais de Savoy à Londres, où il vit dans une relative dignité mais loin de sa cour, Jean II tombe malade dès le début de l'année 1364. Les chroniques évoquent une fièvre persistante accompagnée de troubles respiratoires, qui pourraient s'apparenter à une pneumonie ou à une infection aiguë non identifiée, aggravée par l'épuisement physique et moral qu'il subit depuis plusieurs années.

Malgré les soins prodigués par ses médecins et les messes dites en son nom, son état se détériore rapidement. Il meurt le 8 avril 1364, à l'âge de 44 ans, entouré de quelques fidèles, dont certains chevaliers restés à son service jusqu'au bout. Avant de rendre son dernier souffle, Jean aurait prononcé ces mots, rapportés par une chronique anglaise : « J'ai tenu parole, que le Seigneur juge mon âme. »

Sa mort en exil, dans la solitude d'une cour étrangère, marque une fin tragique mais symbolique, qui inspirera longtemps les chroniqueurs et les poètes de son temps, soulignant la figure d'un roi chevalier sacrifié pour l'honneur de la couronne.

Sa vie politique est marquée par une volonté de raffermir l'autorité royale, mise à mal par la guerre, la défaite militaire et la crise économique. Jean II tente des réformes fiscales, mais celles-ci suscitent de fortes réactions, notamment avec l'apparition de la grande ordonnance de 1357 imposée par les États généraux, et la montée d'une contestation incarnée par Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris.

Jean II reste aussi un grand mécène, passionné par la culture et les arts. Son goût pour la magnificence, les tournois, et la vie courtoise est légendaire. Il participe au rayonnement culturel de la cour de France, dans la lignée de la tradition capétienne.

En matière de politique européenne, son règne est dominé par le conflit avec l'Angleterre et les difficultés à maintenir l'unité du royaume. Il s’efforce d’obtenir le soutien du pape, d’établir des alliances diplomatiques, mais son autorité reste mise à mal par les mouvements sociaux (comme la Grande Jacquerie) et les divisions internes.

Malgré ces déboires, Jean II reste dans l’histoire comme un roi chevaleresque, attaché aux idéaux de la noblesse, à la parole donnée et au prestige royal. Surnommé « le Bon », moins pour ses compétences politiques que pour ses qualités humaines et sa fidélité aux codes de l'honneur, il laisse une image ambivalente de souverain romantique dans un monde en crise.

Son fils, Charles V, saura tirer les leçons du règne de son père pour restaurer une monarchie plus forte et plus centralisée.

Jean II le Bon repose aujourd’hui à la basilique Saint-Denis, nécropole traditionnelle des rois de France, aux côtés de ses ancêtres et successeurs. Son règne demeure un tournant dans l’histoire de la royauté française, entre l'éclat chevaleresque du passé et les impératifs modernes de gouvernance.