Aujourd'hui 15 avril 2025 marque le 121ème anniversaire de la naissance de René Pleven, né le 15 avril 1904 à Rennes et décédé le 13 janvier 1993 à l'âge de 88 ans. Homme d’État français au parcours remarquable, il fut tour à tour haut fonctionnaire, résistant, ministre à plusieurs reprises et deux fois président du Conseil sous la Quatrième République.
Issu d’une famille bretonne aisée, René Pleven effectue ses études secondaires à Saint-Malo puis à Rennes, où il révèle déjà un esprit vif et une curiosité intellectuelle marquée. Il poursuit ses études supérieures à l'École libre des sciences politiques à Paris, établissement d'excellence qui forme les futurs cadres de l'administration française. Son passage dans cette institution confirme son goût pour les affaires internationales et les relations économiques. Brillant étudiant, il se destine rapidement à une carrière hors des frontières françaises.
En 1923, animé par l'envie de découvrir le monde et d'acquérir une expérience professionnelle concrète, il part pour les États-Unis. Là-bas, il entre dans le secteur des télécommunications, en pleine expansion à l'époque. Il est recruté par l'International Telephone and Telegraph Corporation (ITT), un géant américain du secteur, où il gravit les échelons grâce à son sens des affaires, sa maîtrise de l'anglais et sa capacité à comprendre les enjeux technologiques. Il occupe des fonctions importantes de direction en Europe et en Afrique dans les années qui suivent, développant une expertise rare dans la gestion internationale, qui le servira largement dans sa future carrière politique. Son expérience dans le monde de l'entreprise et sa connaissance des rouages économiques mondiaux constitueront un atout déterminant lorsqu’il rejoindra les sphères du pouvoir.
Marié et père de deux filles, René Pleven reste toute sa vie très attaché à la Bretagne, où il possède une maison à Dinan. Peu disert sur sa vie personnelle, il est connu pour sa discrétion et son sens du devoir.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, René Pleven rejoint la France libre dès 1940 à Londres, faisant preuve d’un engagement sans faille pour la libération de la France. Rapidement remarqué par le général de Gaulle pour ses compétences en organisation et ses talents de négociateur, il devient l’un de ses collaborateurs les plus proches. Pleven joue un rôle clé dans la structuration de l’administration de la France libre, notamment en participant activement à la création du Comité national français, organe exécutif de la France libre, dont il devient membre.
En tant que commissaire aux Finances, puis commissaire à l'Économie, il est chargé de coordonner les politiques économiques des territoires ralliés à la France libre et de préparer l’après-guerre. Il met en place des mécanismes de financement pour soutenir l’effort de guerre et œuvre à l’établissement de relations diplomatiques solides avec les Alliés, en particulier le Royaume-Uni et les États-Unis. Il intervient dans les négociations pour garantir à la France libre les ressources nécessaires au combat, notamment en matière de logistique, de ravitaillement et d’armement.
Pleven s’illustre également dans la défense des intérêts français au sein des conférences interalliées, contribuant à donner une visibilité et une légitimité politique au mouvement gaulliste sur la scène internationale. Grâce à son réseau et à sa crédibilité acquise dans le secteur privé avant-guerre, il parvient à rassurer les partenaires économiques et politiques de la France libre. Son action contribue à inscrire la France dans le camp des vainqueurs lors de la capitulation nazie, et à garantir une place pour la France dans l’organisation des Nations unies naissante.
Après la Libération, il est nommé ministre de l'Économie nationale dans le gouvernement de Gaulle en 1944, où il participe à la reconstruction du pays. Elu député des Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes-d’Armor), il cofonde l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), un parti centriste, avec François Mitterrand.
Pleven devient un acteur majeur de la Quatrième République. Il est nommé ministre de la Défense nationale de 1949 à 1950, à une période charnière marquée par la montée des tensions Est-Ouest. À ce poste, il s'attache à renforcer la place de la France dans le dispositif militaire occidental. Conscient des limites de la souveraineté nationale en matière de défense dans le contexte de la guerre froide, il élabore un projet visionnaire qui portera son nom : le plan Pleven. Ce plan proposait la création d'une armée européenne intégrée, placée sous une autorité supranationale. Il s'agissait d'une réponse politique et stratégique à la question du réarmement de l’Allemagne de l’Ouest, très sensible à l’époque. Si ce projet suscite des espoirs chez les partisans de l’unification européenne, il provoque aussi de fortes résistances, notamment chez ceux attachés à la souveraineté nationale. Malgré l'appui de plusieurs gouvernements, le traité instituant la Communauté européenne de défense (CED) sera finalement rejeté par l’Assemblée nationale en 1954, sonnant le glas de cette tentative audacieuse d’intégration militaire.
René Pleven est nommé président du Conseil (l'équivalent de Premier ministre) à deux reprises : de juillet 1950 à mars 1951, puis d’août 1951 à janvier 1952. À la tête du gouvernement, il doit faire face à l’instabilité chronique de la Quatrième République, entre coalitions fragiles et majorité difficilement mobilisable. Il engage cependant des réformes concrètes sur plusieurs fronts : lutte contre l’inflation, modernisation industrielle, développement de l’énergie, et surtout soutien à l’agriculture et aux zones rurales, qu’il considère comme essentielles au redressement national. Il défend une politique économique de rigueur accompagnée d'investissements ciblés, avec pour objectif une France plus compétitive et plus équitable.
Sur le plan européen, s’il a dû mettre de côté l’ambitieuse Communauté européenne de défense à la suite de fortes oppositions, il n’abandonne pas l’idéal européen. Il soutient activement la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), convaincu qu’un socle économique partagé peut garantir une paix durable. Il déclare en 1951 : « L’union de l’Europe est notre meilleure garantie de paix », affirmant ainsi sa vision d’un continent réconcilié autour de projets concrets.
Guidé par une volonté de justice sociale, il s’attaque également aux inégalités territoriales. Il encourage les projets d’infrastructure dans les régions sinistrées par la guerre, appuie les politiques de logement et valorise les initiatives locales. Cette approche pragmatique et humaniste se retrouve dans son discours à l’Assemblée nationale : « La France ne peut se contenter d’un rôle passif dans le concert des nations, elle doit être moteur de l’Europe et gardienne de ses valeurs. »
Ses gouvernements, bien que brefs, illustrent une tentative sincère de conjuguer reconstruction nationale, progrès social et projet européen. Pleven y déploie une énergie constante pour faire émerger une France moderne et tournée vers l’avenir, malgré un contexte institutionnel miné par les blocages parlementaires et les crises politiques à répétition.
Après avoir quitté la présidence du Conseil, Pleven continue de siéger comme député et exerce plusieurs fois les fonctions de ministre : ministre de la Justice (1958), ministre de la Défense nationale (1969-1973) dans les gouvernements de la Cinquième République. Il s'éloigne peu à peu de la vie politique nationale au début des années 1970, tout en restant très actif dans sa circonscription bretonne.
Il est également président du Conseil régional de Bretagne de 1974 à 1976, fonction à laquelle il accède dans un contexte de montée en puissance des régions dans l’aménagement du territoire français. Durant ce mandat, Pleven met l’accent sur la valorisation des spécificités culturelles et économiques bretonnes. Il soutient activement la modernisation des infrastructures portuaires et routières, notamment autour de Brest et Saint-Brieuc, favorisant ainsi l’ouverture de la région à l’économie nationale et européenne.
Il défend également le développement de la filière agroalimentaire, pilier économique de la région, en encourageant l’innovation et la structuration des coopératives agricoles. Sur le plan culturel, il œuvre à la reconnaissance de l’identité bretonne au sein du paysage institutionnel français, sans jamais tomber dans le régionalisme étroit. Il impulse enfin une politique de décentralisation des services administratifs dans les villes moyennes afin de renforcer l’équilibre territorial breton. Sa présidence régionale est marquée par une volonté d’intégrer la Bretagne dans la dynamique de modernisation nationale, tout en respectant ses particularismes.
Humaniste, européen convaincu, acteur de la Résistance, René Pleven laisse l’image d’un homme modéré et intègre. Son engagement en faveur d'une Europe unie et défensive le place parmi les pionniers de la construction européenne. Son nom reste lié à un projet avorté mais précurseur, le plan Pleven, qui préfigurait des idées concrétisées des décennies plus tard avec l'Europe de la défense.
Il s’est éteint le 13 janvier 1993 à Paris, à l’âge de 88 ans, des suites d’une insuffisance respiratoire. Après une longue vie de service public, il est inhumé dans sa terre natale, au cimetière de Dinan dans les Côtes-d’Armor, fidèle à l’attachement profond qu’il a toujours eu pour la Bretagne. Plusieurs lieux de la région portent aujourd’hui son nom, perpétuant ainsi le souvenir d’un grand serviteur de l’État français et d’un bâtisseur de l’Europe.