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ANNIVERSAIRE

Valéry Giscard d’Estaing : architecte d’une France moderne et d’une Europe unie

ANNIVERSAIRE

Aujourd'hui, 2 février 2025, marque le 99ème anniversaire de la naissance de Valéry Giscard d'Estaing, figure emblématique de la politique française. Né le 2 février 1926 à Coblence, en Allemagne, il s'est éteint le 2 décembre 2020 à Authon, en France, à l'âge de 94 ans. Retour sur la vie privée, professionnelle et politique de cet homme d'État.

Valéry Giscard d'Estaing est issu d'une famille bourgeoise et cultivée, dont les racines plongent dans les traditions intellectuelles et politiques de la France. Son père, Edmond Giscard d'Estaing, était un inspecteur des finances reconnu pour sa rigueur et son dévouement au service public, tandis que sa mère, Marthe Clémence Jacqueline Bardoux, descendait d'une illustre lignée d'hommes politiques et d'intellectuels, notamment son grand-père Agénor Bardoux, ancien ministre de l'Instruction publique sous la Troisième République. Cette double ascendance, financière et intellectuelle, a nourri chez Valéry Giscard d'Estaing une curiosité et une discipline exceptionnelles.

Il effectue ses études secondaires au prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris, où il se distingue par son excellence académique. Après son succès au concours d'entrée, il intègre l'École polytechnique, symbole de l'élite scientifique et technique française. Il poursuit ensuite à l'École nationale d'administration (ENA), où il approfondit ses compétences en administration publique et se prépare à une carrière vouée au service de l'État.

Durant la Seconde Guerre mondiale, encore adolescent, Valéry Giscard d'Estaing s'engage comme volontaire dans l'armée française en 1944, rejoignant la 1ère armée commandée par le général de Lattre de Tassigny. Affecté au service de transmissions, il participe activement à la libération de l’Alsace et contribue aux campagnes militaires qui mènent à la victoire alliée. Son engagement lui vaut de recevoir la Croix de Guerre pour sa bravoure, une distinction rare pour quelqu’un de son âge. Cette expérience, à la fois formative et marquante, lui inspire un sens aigu du devoir et de l’engagement envers son pays, qui guidera sa carrière publique.

Après ses études, Valéry Giscard d'Estaing commence sa carrière dans la fonction publique au sein de l'Inspection générale des finances, où il se distingue par son expertise et sa rigueur. En 1956, il fait ses premiers pas en politique en étant élu député du Puy-de-Dôme. Dans ce rôle, il s'engage activement sur des questions économiques et sociales, défendant des mesures visant à moderniser les infrastructures rurales et à encourager le développement économique de sa région. Ses interventions à l'Assemblée nationale révèlent un esprit brillant et pragmatique, soucieux d'équilibrer innovation et responsabilité.

Proche de Charles de Gaulle mais farouchement attaché à son indépendance d'esprit, Giscard d'Estaing est nommé secrétaire d'État aux Finances en 1959, sous la présidence de Georges Pompidou. À ce poste, il joue un rôle clé dans la réforme fiscale et la rationalisation des dépenses publiques. Il contribue également à moderniser les outils financiers de l'État, posant les bases d'une gestion plus efficace et transparente. Sa capacité à concilier vision stratégique et action concrète lui vaut la reconnaissance de ses pairs et le prépare à des responsabilités plus importantes.

En 1969, il accède au poste de ministre de l'Économie et des Finances, un rôle qu'il exerce avec ambition et détermination. Doté d'une vision moderne et libérale, il lance des réformes audacieuses visant à stimuler la compétitivité de l'économie française. Il met en place une fiscalité plus favorable aux entreprises, tout en encourageant l’investissement étranger et la diversification industrielle. Sous son mandat, il réorganise également les finances publiques, réduisant le déficit tout en soutenant des projets d’infrastructures stratégiques.

Parmi ses nombreuses prises de parole, l'une des plus célèbres est sa déclaration : « La France doit retrouver la confiance en son avenir », prononcée lors d'un discours en 1970, symbolisant son engagement à moderniser le pays et à le préparer aux défis d’une économie mondiale en mutation.

En 1974, après le décès prématuré de Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing se déclare candidat à la présidence en affirmant : « Je veux regarder la France au fond des yeux et lui offrir un avenir de modernité et de renouveau. » Sa campagne, marquée par son slogan « Le changement dans la continuité », s'appuie sur un message d'ouverture et de progrès, attirant de nombreux jeunes et centristes.

Lors du premier tour, il arrive en deuxième position derrière François Mitterrand. Pendant le débat de l'entre-deux-tours, il prononce une phrase devenue emblématique : « Vous n’avez pas le monopole du cœur, Monsieur Mitterrand », marquant un tournant décisif dans la campagne en affirmant sa capacité à incarner une vision moderne et empathique. Finalement, il l'emporte au second tour avec 50,81 % des voix, devenant ainsi le plus jeune président de la Cinquième République à seulement 48 ans.

Le jour de son investiture, il marque les esprits en choisissant de remonter à pied les Champs-Élysées jusqu'à l'Élysée, un geste hautement symbolique qui reflète sa volonté de se rapprocher du peuple et de rompre avec les traditions d'apparat. Cette décision inattendue, saluée par les observateurs comme un signe de modernité, met en lumière son désir de représenter une présidence accessible et tournée vers l’avenir.

Dès son arrivée au palais de l’Élysée, Valéry Giscard d’Estaing se plonge dans le travail en nommant Jacques Chirac comme Premier ministre, un choix stratégique pour allier jeunesse et expérience. Les premières semaines de son septennat sont marquées par un intense programme de réformes. Il lance des consultations pour moderniser les institutions et met en œuvre des mesures sociétales majeures, comme l’abaissement de la majorité civile et des discussions préliminaires sur la légalisation de l’avortement, qui deviendront des marqueurs de son mandat.

Le septennat de Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) est marqué par une volonté de modernisation de la société française. Parmi ses réformes les plus emblématiques figure la légalisation de l'avortement en 1975, une avancée historique portée par sa ministre de la Santé, Simone Veil, qui a suscité un vif débat national. Lors de cette période, Giscard déclare : « Cette loi n'est pas une question de morale, mais de justice sociale, pour que chaque femme puisse disposer de son corps en toute dignité. » Il réduit également la majorité civile de 21 à 18 ans, justifiant cette mesure en affirmant : « Faire confiance à nos jeunes, c'est leur donner les moyens d'assumer pleinement leur rôle dans la République. » Cette réforme visait à responsabiliser les jeunes citoyens et à les intégrer davantage dans la vie démocratique.

Giscard d'Estaing développe les droits des femmes, en facilitant leur accès à la contraception et en soutenant des initiatives pour l'égalité professionnelle. Il affirme notamment : « Donner aux femmes les moyens de maîtriser leur avenir, c'est investir dans l'avenir de la société tout entière. » Sur le plan énergétique, il fait de la France une puissance nucléaire civile en favorisant la construction de centrales, une politique visant à assurer l'indépendance énergétique du pays. À ce sujet, il déclare : « L'énergie nucléaire est une chance pour la France, un levier de souveraineté et un outil de modernité. »

Cependant, son mandat est également marqué par une conjoncture économique difficile, notamment à cause du premier choc pétrolier. Malgré ses efforts pour dynamiser l'économie, le chômage et l'inflation augmentent, ce qui affaiblit sa popularité. Par ailleurs, plusieurs scandales entachent sa présidence, notamment l'affaire des diamants de Bokassa en 1979, où il est accusé d'avoir reçu des cadeaux de la part de l'empereur centrafricain Jean-Bédel Bokassa, ce qui nourrit des critiques sur son sens de l'éthique et son lien avec les anciennes colonies africaines. Ces controverses alimentent un sentiment de déconnexion avec les attentes populaires.

Lors de l'élection présidentielle de 1981, Valéry Giscard d'Estaing affronte François Mitterrand dans un contexte marqué par ces controverses et une perte de confiance dans sa gestion. Le débat de l'entre-deux-tours reste célèbre pour son intensité. François Mitterrand marque les esprits avec une réplique cinglante lorsque Giscard tente de souligner son bilan économique : « Vous êtes l'homme du passif, Monsieur Giscard. » Cette phrase, perçue comme un coup décisif, symbolise la critique de la gestion économique et sociale de son adversaire.

Au premier tour, Giscard obtient 28,32 % des voix, devancé de peu par Mitterrand, qui en recueille 25,85 %. Au second tour, il est battu avec 48,24 % des suffrages contre 51,76 % pour Mitterrand. Cette défaite marque la fin de son septennat et ouvre une période de réflexion pour l'ancien président.

Parmi ses contributions les plus durables figure son engagement pour l’intégration européenne. En collaboration avec le chancelier allemand Helmut Schmidt, il joue un rôle clé dans la création du Système monétaire européen (SME), précurseur de l'euro. Valéry Giscard d'Estaing décrivait cette initiative comme « un pas décisif vers une Europe forte et unie, capable de garantir la prospérité et la paix », soulignant son engagement profond pour l’idée européenne. Helmut Schmidt, quant à lui, louait leur partenariat en affirmant : « Giscard était un visionnaire de l'Europe, capable de transcender les intérêts nationaux pour servir une ambition commune. »

Son européanisme convaincu lui vaut de présider la Convention sur l'avenir de l'Europe entre 2001 et 2003, qui élabore le projet de Constitution européenne.

Marié à Anne-Aymone Sauvage de Brantes en 1952, Valéry Giscard d'Estaing formait avec elle un couple discret mais influent, incarnant une certaine élégance de la haute société française. Anne-Aymone, issue d'une ancienne famille aristocratique, a toujours soutenu son époux dans sa carrière politique, tout en évitant de se placer sous les feux des projecteurs. Ensemble, ils ont eu quatre enfants : Valérie-Anne, Henri, Louis et Jacinte. Chacun a suivi des chemins variés, allant des affaires à la gestion culturelle, tout en préservant une discrétion héritée de leurs parents.

Anne-Aymone, particulièrement investie dans des œuvres caritatives, a fondé l'Association pour les enfants hospitalisés, montrant son engagement personnel en faveur des plus vulnérables. Pendant ce temps, après son retrait de la vie politique active, Valéry Giscard d'Estaing se consacrait à l'écriture et à la réflexion. Son élection à l'Académie française en 2003 a marqué un sommet dans sa reconnaissance intellectuelle et littéraire, renforçant son statut d'homme d'État et de culture.

Valéry Giscard d'Estaing laisse un héritage complexe. Adulé pour sa modernité et ses réformes progressistes, il a aussi été critiqué pour son style jugé élitiste et sa difficulté à répondre aux attentes des classes populaires. Néanmoins, son rôle dans la construction européenne et son empreinte sur la société française restent des éléments centraux de son parcours.

Le 2 décembre 2020, à l'âge de 94 ans, Valéry Giscard d'Estaing s'est éteint des suites de complications liées à la COVID-19. Son nom demeure associé à une époque de transformation et de transition pour la France.