26 octobre, un jour, une vie : Evo Morales
Evo Morales, de son nom complet Juan Evo Morales Ayma, est né le 26 octobre 1959 à Isallawi, dans le canton d'Orinoca, en Bolivie. Il célébre aujourd'hui ses 65 ans. Issu d'une famille aymara modeste de cultivateurs de subsistance, Morales est l'un des sept enfants de Dionisio Morales Choque et María Ayma Mamani, bien que seuls trois d'entre eux aient survécu à l'enfance. En grandissant, il a dû travailler dur pour aider sa famille, s'occupant du bétail et cultivant des denrées alimentaires. Son enfance fut marquée par une lutte pour la survie, et il a vite appris l'espagnol alors qu'il assistait aux écoles élémentaires locales, parallèlement à sa langue maternelle, l'aymara.
En 1977, après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, Morales a effectué son service militaire obligatoire, une expérience qui l'a également exposé à la rigueur de la vie publique. Après son service, il s'est installé dans la province de Chapare, où il a commencé à cultiver la coca, une plante traditionnelle en Bolivie mais controversée en raison de son utilisation dans la production de cocaïne. C'est là qu'il a commencé à se faire connaître en tant que syndicaliste, d'abord en tant que secrétaire des sports de la coopérative locale, puis comme leader de la Fédération des cultivateurs de coca. En 1998, il devint président du Mouvement vers le socialisme (MAS), parti qu'il a fondé pour défendre les droits des peuples indigènes et des pauvres.
Evo Morales s'est impliqué dans la politique nationale en 1997, lorsqu'il a été élu député au Parlement bolivien, représentant la région de Cochabamba. En tant que leader du MAS, Morales a mené des actions contre l'éradication de la culture de coca, qu'il considérait comme une atteinte à la culture indigène, et a milité contre les politiques néolibérales, souvent imposées sous la pression des États-Unis et des institutions financières internationales. En 2002, il a été expulsé du Congrès après avoir été accusé d'encourager des manifestations violentes, mais cet incident n'a fait que renforcer sa popularité au sein des couches marginalisées de la population bolivienne.
En 2005, Evo Morales a été élu président de la Bolivie avec une large majorité, devenant ainsi le premier président indigène de l'histoire du pays. Son mandat, débuté le 22 janvier 2006, a été marqué par une série de réformes économiques et sociales visant à améliorer les conditions de vie des populations défavorisées et à réduire les inégalités. Morales a augmenté la fiscalité sur les ressources hydrocarbures afin de financer des programmes sociaux et d'éducation. Sous son mandat, la pauvreté a diminué, l'analphabétisme a été éradiqué, et l'accès aux soins de santé s'est considérablement amélioré. Morales a également promulgué une nouvelle constitution en 2009, qui a fait de la Bolivie un État plurinational, reconnaissant officiellement les droits des 36 groupes ethniques indigènes du pays.
Malgré ses succès, le mandat de Morales a été marqué par des controverses, notamment en ce qui concerne ses tentatives de prolonger sa présidence au-delà des limites constitutionnelles. En 2016, il a organisé un référendum pour abroger les limitations du nombre de mandats présidentiels, mais les Boliviens ont voté contre. Pourtant, la Cour constitutionnelle lui a permis de se représenter, et il a été réélu en 2019 dans des élections controversées marquées par des allégations de fraude électorale, ce qui a conduit à des manifestations de masse et à son exil en Argentine.
Pendant son exil, Morales a continué à jouer un rôle actif dans la politique bolivienne, dirigeant le MAS depuis l'étranger. En 2020, après la victoire de son ancien ministre de l'économie, Luis Arce, lors des élections présidentielles, Morales est rentré en Bolivie. Bien que n'étant plus directement impliqué dans la gouvernance, il reste une figure influente et controversée de la politique bolivienne, admiré par certains pour ses politiques en faveur des indigènes et critiqué par d'autres pour ses dérives autoritaires.
26 octobre, un jour, un décès : Roh Tae-woo
Roh Tae-woo est né le 4 décembre 1932 à Daegu, en Corée (aujourd'hui en Corée du Sud), et est décédé le 26 octobre 2021 à l'âge de 88 ans. Il fut une figure centrale de la politique sud-coréenne, en tant que militaire puis en tant que président de la République de Corée de 1988 à 1993. Roh est issu d'une famille modeste et a rejoint l'armée sud-coréenne durant la guerre de Corée (1950-1953), où il a commencé sa carrière militaire. Il a ensuite gravi les échelons et a participé à des moments clés de l'histoire militaire et politique de la Corée du Sud, notamment la guerre du Vietnam et le coup d'État de 1979.
Roh Tae-woo était un proche allié de Chun Doo-hwan, président de la Corée du Sud après avoir pris le pouvoir par la force. Ensemble, ils ont joué un rôle décisif dans le coup d'État militaire de 1979, qui a mis fin au gouvernement civil de l'époque. Roh a été impliqué dans la répression brutale du soulèvement de Gwangju en mai 1980, un épisode qui reste l'une des pages les plus sombres de l'histoire contemporaine de la Corée du Sud. Malgré ce passé militaire controversé, il a ensuite joué un rôle important dans la transition du pays vers la démocratie.
En 1987, dans un contexte de manifestations massives et sous la pression de la population qui exigeait des réformes, Roh Tae-woo a fait une déclaration historique le 29 juin, promettant une série de réformes démocratiques, y compris l'élection directe du président par le peuple. Ce discours, connu sous le nom de la "Déclaration du 29 juin", a marqué un tournant majeur vers la démocratisation de la Corée du Sud. Lors de l'élection présidentielle de décembre 1987, Roh a remporté la victoire grâce à la division des votes entre les candidats de l'opposition, Kim Dae-jung et Kim Young-sam, devenant ainsi le premier président de la Corée du Sud élu de manière démocratique.
En tant que président, Roh Tae-woo a poursuivi une politique de réformes modérées et de conciliation. Il a encouragé la Corée du Sud à s'ouvrir sur le monde, rétablissant des relations diplomatiques avec des pays qui avaient été jusque-là ignorés par les gouvernements précédents, y compris la Chine et l'Union soviétique. Pendant son mandat, la Corée du Sud a également rejoint les Nations Unies en 1991. Il a dirigé le pays durant les Jeux olympiques de Séoul en 1988, un événement qui a marqué l'entrée de la Corée du Sud sur la scène internationale en tant que pays moderne et prospère.
Malgré ces réalisations, le mandat de Roh a été marqué par des scandales de corruption. En 1995, après avoir quitté la présidence, il a été arrêté et inculpé pour son rôle dans le coup d'État de 1979 ainsi que pour des accusations de corruption liées à des fonds secrets amassés pendant son mandat. En 1996, il a été condamné à une peine de prison mais a été gracié l'année suivante par le président Kim Young-sam, sur recommandation du président élu Kim Dae-jung, dans un esprit de réconciliation nationale.
Roh Tae-woo est décédé le 26 octobre 2021 à Séoul, à l'âge de 88 ans. Son héritage est complexe et ambigu : d'un côté, il est perçu comme l'un des principaux responsables de la transition de la Corée du Sud vers la démocratie, et de l'autre, il reste associé aux violations des droits humains et à la corruption qui ont marqué son parcours. Son régime a joué un rôle fondamental dans la modernisation de la Corée du Sud et sa transformation en une démocratie stable, mais les événements tragiques de Gwangju et les abus de pouvoir de son administration restent des tâches sombres sur son bilan.