Jaber Al-Mubarak Al-Hamad Al-Sabah, ancien Premier ministre du Koweït et figure politique influente, est décédé aujourd'hui 14 septembre 2024 à l'âge de 82 ans. Il laisse derrière lui une empreinte indélébile sur l’histoire moderne du Koweït, pays qu’il a servi pendant plus de cinq décennies dans diverses fonctions clés. Né en 1942 dans une famille royale profondément ancrée dans les affaires politiques et gouvernementales du pays, Jaber Al-Mubarak a gravi les échelons du pouvoir avec détermination et humilité, gagnant le respect de ses pairs et des citoyens koweïtiens.
Une carrière vouée au service de l’État
Fils de Sheikh Mubarak Al-Sabah, lui-même descendant direct de la dynastie Al-Sabah, Jaber Al-Mubarak a reçu une éducation rigoureuse, centrée sur les valeurs de service et de loyauté envers son pays. Très jeune, il a été préparé à assumer des responsabilités importantes dans l'administration koweïtienne. Après des études supérieures dans le domaine de la politique et de la défense, il intègre rapidement les rouages de l’appareil d'État.
Sa carrière publique débute dans les années 1960, peu après l'indépendance du Koweït. Il occupe d’abord des postes dans la défense et la sécurité du pays, devenant un pilier de la politique de défense nationale. En 1985, il est nommé ministre de la Défense, poste qu’il occupe jusqu'en 1992. Pendant cette période, il est confronté à plusieurs défis, notamment la guerre Iran-Irak qui a impacté l’ensemble de la région. Sa gestion des affaires militaires et de la sécurité nationale durant cette décennie cruciale a contribué à consolider sa réputation d'homme d'État pragmatique et avisé.
Dans les années 1990, il continue son ascension politique en assumant diverses fonctions, dont celle de ministre de l’Information, de ministre des Affaires sociales, puis de ministre de l’Intérieur. Sa capacité à jongler avec des dossiers aussi variés que la sécurité intérieure, la modernisation des institutions et les affaires sociales en fait un atout majeur pour la famille royale koweïtienne.
Premier ministre du Koweït (2011-2019) : stabilité et réformes
En 2011, après une série de changements politiques au sein du gouvernement, Jaber Al-Mubarak est nommé Premier ministre du Koweït, une position qu'il occupera pendant huit années marquantes. Ce poste, bien que complexe, lui permet d’orienter le Koweït dans une période de transformation mondiale et régionale. La gestion des ressources pétrolières, enjeu central de l’économie koweïtienne, est au cœur de ses préoccupations. Conscient de la nécessité de diversifier l’économie du pays pour garantir sa pérennité à long terme, il lance plusieurs projets de réformes visant à renforcer le secteur privé et à moderniser les infrastructures nationales.
Son mandat est également marqué par des réformes constitutionnelles visant à lutter contre la corruption, l’une des demandes récurrentes de la population koweïtienne. En 2012, il supervise la mise en place de réformes électorales qui visent à accroître la transparence et à limiter l'influence des réseaux de clientélisme. Cependant, ces initiatives sont souvent accueillies avec scepticisme, certains observateurs estimant que les réformes ne vont pas assez loin ou sont freinées par les intérêts conservateurs.
En dépit des défis politiques, Jaber Al-Mubarak est salué pour sa capacité à maintenir la stabilité politique et économique du pays dans une région souvent en proie à l’instabilité. Il gère avec diplomatie les relations avec les autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), tout en cherchant à protéger l'indépendance et la neutralité du Koweït dans les affaires régionales. Sa gestion des relations avec l’Arabie saoudite et l’Iran, deux acteurs clés dans la région, est particulièrement remarquée pour son approche équilibrée et pragmatique.
Des relations complexes avec le Parlement
Le système politique koweïtien, unique dans le monde arabe avec son parlement élu et ses pouvoirs constitutionnels étendus, a souvent mis Jaber Al-Mubarak à l’épreuve. Tout au long de son mandat, il a dû composer avec un Parlement souvent en désaccord avec certaines de ses réformes économiques et sociales. Les tensions fréquentes entre le pouvoir exécutif et législatif ont entraîné plusieurs dissolutions du Parlement et des élections anticipées. Cependant, malgré ces défis, Jaber Al-Mubarak a su maintenir un dialogue permanent avec les députés, cherchant à apaiser les conflits et à construire des consensus.
Sa gestion de la crise parlementaire de 2013, où il réussit à former un nouveau gouvernement après des mois de blocages, est l’une des réussites de son mandat. Son approche patiente et son sens de la négociation lui ont permis de sortir le pays d'une impasse politique sans effusion ni rupture.
Démission et retraite politique
En novembre 2019, Jaber Al-Mubarak annonce sa démission du poste de Premier ministre, invoquant un désir de permettre à une nouvelle génération de dirigeants de prendre les rênes du pays. Sa décision intervient dans un contexte de pressions politiques internes et d’appels croissants à des réformes plus profondes. Il se retire avec la satisfaction d’avoir mené le Koweït à travers une période de stabilité relative, tout en admettant que beaucoup de défis restent à relever.
Sa démission est accueillie avec respect, tant par ses partisans que par ses détracteurs, qui reconnaissent tous son rôle crucial dans le maintien de la stabilité politique du Koweït. Après son retrait de la vie publique, Jaber Al-Mubarak continue d’exercer une influence discrète en tant que conseiller de la famille royale et en participant occasionnellement à des événements politiques et diplomatiques.
Vie personnelle et héritage
Jaber Al-Mubarak était un homme de famille profondément attaché à ses proches. Marié, il était père de plusieurs enfants avec qui il a toujours entretenu des relations étroites, malgré la pression de ses fonctions publiques. Discret sur sa vie privée, il était connu pour son humilité et sa générosité. Il soutenait de nombreuses œuvres caritatives, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé.
L’héritage de Jaber Al-Mubarak Al-Hamad Al-Sabah est celui d’un homme d’État dévoué, qui a su naviguer avec intelligence et pragmatisme dans les eaux tumultueuses de la politique koweïtienne. Son leadership, axé sur la stabilité, le dialogue et la modération, aura durablement marqué l’histoire du Koweït. Sa disparition laisse un vide, non seulement au sein de la famille royale, mais également parmi ceux qui ont travaillé à ses côtés durant ses nombreuses années de service.
Le Koweït perd avec Jaber Al-Mubarak Al-Hamad Al-Sabah un dirigeant éminent, respecté pour sa capacité à préserver l’équilibre entre tradition et modernité. Alors que le pays poursuit son chemin dans un monde en perpétuelle mutation, son nom restera gravé comme celui d’un bâtisseur, d’un homme de paix et de compromis, attaché au développement et à la prospérité de sa nation.